La réalité dépasse toujours la fission

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(Québec) La bombe atomique, ça sonne rétro. Ça appartient à un âge révolu. Est-ce que vous songez souvent à votre vieux Rubik's Cube? Ou à la photo sur laquelle vous arborez une magnifique coupe Longueuil assortie d'une énorme moustache de morse, en 1977? Non! Cent fois non!

La bombe atomique, c'est la même chose.

Franchement, de nos jours, qui redoute l'apparition du champignon atomique? Pour la peur, nous avons le virus Ebola, l'État islamique, les superbactéries, le vortex polaire et même - au risque d'être accusé de cabotinage - la maladresse extrême de certains personnages publics.

Il suffit de rappeler comment un célèbre politicien espagnol a tenté d'esquiver l'appel téléphonique d'un animateur de télé. Monsieur ne voulait pas être interrogé sur une affaire gênante, alors il s'est écrié :

«Ce n'est pas moi qui est à l'appareil. C'est mon frère.»

***

La bombe, on ne veut plus en entendre parler. Hélas, elle se rappelle sans cesse à notre souvenir.

Il y a quelques jours, le Pentagone a été embarrassé par deux études évoquant le délabrement de plusieurs installations de missiles nucléaires aux États-Unis. Un comble, quand on sait que les armes atomiques ont coûté 8750 milliards $ au Trésor américain, entre 1940 et 1996(1).

Sur trois bases en particulier, la pénurie de matériel frôle le ridicule. Avec le temps, toutes les clés à molette spécialement conçues pour détacher l'ogive nucléaire des missiles Minuteman III ont disparu. Toutes, sauf une. Alors au besoin, les bases s'échangent le précieux outil par messagerie Fed Ex!

«Ne vous inquiétez pas, a plaisanté un soldat désabusé. En cas d'urgence, nous n'avons qu'à l'envoyer par fax

***

L'affaire n'est pas nouvelle. L'an dernier, le journaliste d'enquête Eric Shlosser avait publié un livre dévastateur sur les sites de missiles, intitulé Command and Control (Penguin Press).

Parfois, Shlosser n'avait besoin que d'une simple carte de crédit pour déjouer les lecteurs magnétiques sur les sites sécurisés.

Plusieurs anecdotes valent leur pesant d'uranium enrichi.

En 2007, lors d'un exercice, un bombardier B-52 a décollé de sa base du Dakota du Nord en emportant par erreur six missiles chargés de vraies ogives nucléaires. Le pire, c'est que la base a mis plus de 36 heures avant de remarquer la disparition des missiles!

En 1980, en Arkansas, lors d'une opération de maintenance, un soldat échappe un outil dans un silo contenant un missile. En tombant, l'outil perfore le réservoir de carburant de l'engin, déclenchant une série de réactions catastrophiques. Le silo finit par exploser. Un mort et 27 blessés.

L'ogive nucléaire, d'une puissance équivalant à 600 fois la bombe larguée sur Hiroshima, est catapultée dans les airs. On la retrouve 200 mètres plus loin. Par miracle, elle n'a pas explosé.

«Notre capacité à créer des objets dangereux excède de loin notre capacité à les contrôler», conclut poliment Schlosser.

***

La bombe atomique, le monde s'y est habitué. Il faut dire que le plus puissant engin jamais testé, la Tsar Bomba russe, atteignait à peine 3125 fois la bombe larguée sur Hiroshima, en 1945.

Si elle explosait sur Québec, à proximité de l'Assemblée nationale, la Tsar Bomba générerait une boule de feu de six kilomètres de diamètre. Mais rassurez-vous. L'onde de choc ne défoncerait les murs de béton que sur une distance de huit kilomètres. Et les êtres humains ne risqueraient des brûlures au troisième degré que dans un rayon d'un peu plus de 50 kilomètres, ce qui inclut Montmagny, Saint-Raymond et Sainte-Marie de Beauce.

Pour clore ce sujet insensé, je voulais une citation songée. J'avais trouvé celle-ci : «J'ai testé votre nouvelle invention. Elle ajoute une nouvelle terreur à l'existence, et fait apparaître la mort comme une délivrance.» Sauf que l'auteur n'évoquait pas l'invention de la bombe atomique. Il parlait plutôt du... grammophone.

Alors le mot de la fin appartient au Journal de l'armée britannique, pour ce sage conseil, publié en 1949 : «La meilleure défense contre l'arme atomique, c'est de ne pas se trouver sur les lieux quand elle explose.»

(1) Brookings Institution. En dollars de 2014.

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