Il était une fois Nez rouge

Aujourd'hui âgé de 80 ans, Claude Albert est... (Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve)

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Aujourd'hui âgé de 80 ans, Claude Albert est bénévole pour Nez rouge depuis 1984.

Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

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(Québec) Claude Albert se souvient du premier gars qu'il a raccompagné, il y a 30 ans. «Le monsieur était costaud, ben saoul, il a fallu que je l'aide à monter les escaliers. Quand sa femme a ouvert la porte, elle m'a regardé avec des fusils dans les yeux. J'ai dit : "Madame, ce n'est pas moi qui l'ai pacté, je vous le ramène!"»

Quelque chose me dit que le monsieur a passé un mauvais quart d'heure.

Claude, lui, a ramené des dizaines de gars saouls depuis, des filles aussi. Il ne les a pas comptés.

Il était de la première brigade de Nez rouge, en 1984. À part Claude et le chef des pompiers, les bénévoles étaient les nageurs de l'équipe de Jean-Marie De Koninck. CHRC prenait les appels, De Koninck dirigeait le trafic. «Le territoire était petit, c'était la ville proche. Vanier n'était pas sur le territoire, Sillery non plus.»

Au tout début, ils allaient dans «les tavernes et les clubs de danseuses».

«On portait une calotte jaune, une calotte d'été. On passait pour des fous à l'époque, d'aller chercher des gars saouls et des prostituées. Maintenant, c'est un honneur d'appeler Nez rouge, les gens ne se posent même plus la question. Tellement qu'ils sont mieux d'appeler à l'avance, ça peut prendre deux heures d'attente...»

Claude a encore sa calotte.

À 80 ans, il est encore partant pour aller raccompagner quelques fêtards éméchés. «Je fais au moins trois soirs. Avant, on finissait vers 4h-4h30, mais là, on arrête autour de 1h-1h30. Quand la fatigue embarque, on ne prend pas de chance. On a le temps de faire minimum deux ou trois voyages.»

Claude travaille en équipe, il choisit ses deux partenaires. «C'est la clé pour avoir du fun. Si t'es avec quelqu'un qui veut bosser, avec qui ça ne marche pas, tu vas trouver la soirée longue. Il faut que les trois s'entendent.»

Il se rappelle de la première affiche pour faire la promotion de Nez rouge. «C'était un enfant étendu dans une mare de sang, c'était assez macabre. Après ça, ils sont allés chercher des vedettes!» Il se rappelle aussi qu'André Arthur avait «poivré» un restaurant qui avait interdit l'accès aux gars de Nez rouge.

Les temps ont bien changé.

Même chose pour le pourboire. «Avant, on était chanceux si on avait 2 $. Là, ça y va à coups de 20 $!»

En 30 ans, la machine Nez rouge a grossi. De la douzaine de bénévoles en 1984, Opération Nez rouge en comptera 56 000 cette année, aux quatre coins du Canada. Le plaisir est le même, mais «l'ambiance n'est plus celle du début». Est-ce que la clientèle a changé? «Les gens sont plus civilisés... Je devrais dire plus sensibilisés. Ils sont moins baveux.»

Ils ont intérêt, Claude n'a pas la langue dans sa poche.

Maintenant, plus de 60 villes au Québec ont leur Opération Nez rouge, la formule a été adoptée dans six autres provinces canadiennes, et dans d'autres pays, entre autres la France, la Belgique, la Suisse et le Portugal.

Tout ça parce qu'un certain Jean-Marie De Koninck a eu cette idée, par un beau jour de septembre 1984, de ramasser de l'argent pour son équipe de natation en raccompagnant les gens qui avaient trop bu pour conduire. L'opération finance d'ailleurs encore le sport, plus d'un million de dollars par année, dans l'ensemble du pays.

Pour Claude, c'est une façon de se tenir occupé. «L'oisiveté est la mère des vices!» lance l'octogénaire, attablé à sa cuisine, dans son appartement de Limoilou. L'homme est un moulin à paroles, il a une phrase toute faite pour tout.

- «Je ne suis pas plus haut que personne, personne n'est plus haut que moi.»

- «Ce qui est bon pour moi est bon pour toi. Ce qui n'est pas bon pour moi n'est pas bon pour toi.»

- «Le chemin le plus court est la ligne droite.»

- «Si je veux être respecté, je vais commencer par me respecter.»

- «Si tu veux bosser, attends-toi à te faire poivrer.»

- «Le coffre-fort ne suit pas le corbillard.»

Ce sont les leçons qu'il a tirées de la vie, à l'aube de ses 81 ans. Ça vaut bien des traités de savoir-vivre.

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