L'indifférence qui fait rouiller le pont

Une compagnie qui a réalisé 2,6 milliards $... (Le Soleil, Yan Doublet)

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Une compagnie qui a réalisé 2,6 milliards $ de profits l'an dernier pourrait-elle, d'elle-même, décider d'en faire plus? La réponse du vice-président exécutif du CN, Sean Finn, est sans équivoque : «Non».

Le Soleil, Yan Doublet

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(Québec) Le ton est accusateur et sans appel : «C'est pas le CN qui fait rouiller le pont, c'est le ministère des Transports.» C'est à lui de corriger le dommage qu'il cause depuis des décennies.

Après des années de presque silence sur le dossier du pont de Québec, le CN a lancé lundi une tournée des médias de Québec pour marteler son message.

L'offensive avait été donnée dans une publicité dans le journal en fin de semaine. Elle s'est poursuivie lundi dans les entrevues du vice-président exécutif, Sean Finn, que rien n'a fait dérailler des lignes de presse convenues avec ses conseillers stratégiques.

Un message en deux points :

  1. Le pont de Québec est sécuritaire et le CN y veille. À preuve, il va y investir 35 millions $ en 10 ans et a obtenu que son locataire, le ministère des Transports, en mette 60 millions $ pour assurer sa pérennité.
  2. La peinture du pont est un enjeu esthétique qui concerne les autorités publiques. Le CN ne mettra pas un sou de plus que ce qui est nécessaire pour la sécurité à long terme.
Les maires Labeaume et Lehouillier peuvent bien s'agiter et interpeller Bill Gates pour essayer d'infléchir la décision du CN, on comprend que les chances sont minces.

«Je peux vous dire que M. Gates comprend très bien les enjeux du pont de Québec, affirme M. Finn. Il sait très bien que ce qui l'endommage, c'est le sel de déglaçage du MTQ.» Le sujet est discuté depuis des années au C. A. et aux assemblées des actionnaires du CN, rapporte-t-il.

M. Finn ignorait si le message des élus de Québec s'est rendu la semaine dernière au plus gros actionnaire du CN, mais «on parle régulièrement avec nos grands actionnaires», dit-il. «Si on le rencontre [M. Gates], ça va être discuté.»

La position du CN est intransigeante mais l'homme qui la défend est affable. Sean Finn est un Irlandais de Saint-Lambert, sur la Rive-Sud de Montréal. Un bon père de famille.

Il dit avoir élevé ses cinq enfants à 1000 pieds de la voie ferrée. «Je connais l'importance d'exploiter un réseau sécuritaire. Il y a zéro compromis.» Il laisserait sans hésiter ses enfants passer sur le pont de Québec dans le train de VIA Rail. On est content de l'apprendre.

M. Finn considère que le CN agit lui aussi «en bon père de famille et citoyen responsable».

Un bon père de famille qui paye l'hypothèque, remplace la pile dans le détecteur de fumée et met à manger sur la table.

Mais un père de famille indifférent à ce que ses enfants soient la risée dans la cour d'école parce que sales et mal habillés. Pas assez pour que la DPJ s'en mêle, mais assez pour que les enfants en souffrent.

Le CN dit reconnaître le caractère «patrimonial» du pont de Québec, mais rappelle qu'il n'est pas tenu légalement de terminer la peinture laissée en plan.

On comprend.

Mais une compagnie qui a réalisé 2,6 milliards de profits l'an dernier pourrait-elle, d'elle-même, décider d'en faire plus?

J'ai posé la question à M. Finn. Sa réponse fut sans équivoque : «Non».

Le CN dit avoir pour valeur de «s'impliquer dans les communautés» et d'être «à l'écoute de la population».

Le CN prêt à planter quelques arbres pour «rendre ça agréable pour les citoyens». Mais mettre 200 millions $ pour peinturer un pont et devoir recommencer 15 ans plus tard est une «autre affaire», prévient M. Finn.

Sean Finn a été maire de Saint-Lambert de 2004 à 2009. J'aurais cru qu'il serait bien placé pour comprendre les maires Labeaume et Lehouillier. 

Qu'aurait-il fait si un pont rouillé avait traversé son centre-ville?

«Il est clair que j'aurais appelé le CN, dit-il. J'aurais eu une discussion avec eux.»

Il serait «allé aux sources», pour comprendre comment mettre fin à la dégradation du pont. Puis le bon père de famille serait rentré, satisfait.

Il n'y a pas que le sel qui fait rouiller les ponts. Il y a aussi l'indifférence.

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