Qui doit payer pour garder nos enfants?

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(Québec) Tous partis confondus, les politiciens s'entendent pour dire qu'il faut créer de nouvelles places en garderies. On en compte actuellement 225 000 dans les institutions à contribution réduite. L'objectif est de porter ce nombre à 250 000 d'ici 2021.

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Cette semaine, la ministre Lucie Charbonneau a rappelé l'engagement du budget Leitão de créer 6300 nouvelles places d'ici le 31 mars, et 4000 places annuellement par la suite. Pour l'année en cours, le gouvernement prévoit qu'il lui en coûtera 47 millions $. Mais les coûts s'emballent pour les années suivantes. À terme, il en coûtera 575 millions $ de plus pour répondre aux besoins de tous les parents québécois. En 2004, année du gel des tarifs à 7 $, le programme des garderies coûtait 1,5 milliard $. Il dépasse aujourd'hui les 2,7 milliards $.

La grande question soulevée par le débat en cours sur la modulation des frais de garderie est simple: qui va payer pour les coûts supplémentaires à venir? Dans le budget de février déposé sous le gouvernement Marois, le ministre Nicolas Marceau avait opté pour une hausse de 2 $ par jour, portant le tarif quotidien à 9 $. Cette hausse, combinée à l'indexation des tarifs, devait porter à 16 % la participation des parents. Elle était de 20 % lors de la création du programme en 1997. Actuellement, il en coûte plus de 59 $ par jour pour maintenir une place en CPE. La part assumée par le gouvernement est de 52 $.

En proposant une modulation des frais, le gouvernement libéral protégerait les familles moins bien nanties, mais les autres devraient assumer une facture plus lourde.

Le défi est quadruple:

> revenir sur la promesse électorale de s'en tenir à l'indexation

> mettre fin au tarif unique qui est encore perçu comme un droit acquis par les tenants de l'universalité

> aller chercher plus d'argent dans les poches des familles québécoises de façon vraiment équitable, sans leur imposer un fardeau budgétaire démesuré

> répondre aux critiques qui affirment que la hausse des tarifs serait un frein à la participation des femmes au marché du travail

***

La place des femmes sur le marché du travail

Les villes de Montréal, Québec, Laval et Gatineau sont parmi les villes où les garderies sont les moins chères au Canada, a révélé cette semaine une étude du Centre canadien de politiques alternatives. Ce n'est pas une grande surprise : la mise en place des garderies à 5 $ par Pauline Marois, en 1997, a placé le Québec en position de tête à ce chapitre.

Ce qui est surprenant, c'est de coupler ces résultats aux statistiques canadiennes sur l'emploi, pour vérifier s'il est vrai que c'est notre régime de garderies qui a provoqué une entrée massive des femmes sur le marché du travail. Vérification faite, c'est faux. Les femmes ont quitté le foyer dans les mêmes proportions partout ailleurs au pays, indépendamment des services de garderies en place. Et malgré la générosité du régime québécois, le Québec traîne toujours de la patte derrière l'Ontario au chapitre du travail des femmes. Or l'Ontario est la province où les garderies sont les plus chères au Canada! Et exception faite de Terre-Neuve, le Québec ne fait même pas meilleure figure que l'Île-du-Prince-Édouard, la Nouvelle-Écosse et le Nouveau-Brunswick.

L'analyse prend tout son intérêt dans le débat provoqué par l'intention du gouvernement Couillard de moduler les tarifs des garderies selon le revenu des familles. Le débat partisan entourant ce dossier commande donc une véritable analyse des faits.

***

Les frais de garderies

L'étude du Centre canadien de politiques alternatives a porté sur les frais moyens des garderies non subventionnées dans les 22 villes canadiennes les plus populeuses. Les frais étaient comparés au revenu moyen des femmes âgées de 25 à 34 ans dans chacune de ces villes. Les villes ontariennes de Brampton, London, Toronto, Windsor, Missisauga, Hamilton et Kitchener sont sorties parmi les 10 villes canadiennes où les garderies sont les plus chères. Les femmes doivent y consacrer plus de 30 % de leurs revenus pour faire garder leurs enfants. Le contraste avec les villes québécoises est énorme: la part du revenu des femmes consacré aux frais de garde s'y situe entre 4 et 6 %.

Personne ne doute que la mise en place des garderies ait facilité et facilite toujours la présence des femmes sur le marché du travail. Tout comme la politique des congés parentaux d'ailleurs.

Mais ce qui ressort des données de Statistique Canada, c'est que l'arrivée des Québécoises sur le marché du travail a commencé plus tôt, dans la décennie de 1976 à 1986, soit bien avant la mise en place des garderies à 5 $ en 1997.

Les tableaux de Statistique Canada montrent que seulement 37 % des femmes du Québec occupaient un emploi en 1976. Ce taux a grimpé à 45 % en 1986, à 48% en 1996, et à 55 % en 2006.

Si on compare le Québec à l'Ontario sur toute la période couverte par Statistique Canada, soit de 1976 à 2009, le taux d'emploi des femmes a grimpé de 19 points au Québec et de 13 points en Ontario. L'écart peut sembler avoir un lien avec nos politiques familiales, mais il s'explique plutôt par le fait que les Québécoises partaient de beaucoup plus bas, tout comme dans les autres provinces de l'est.

***

Le diplôme mène au travail

C'est entre 1976 et 1986, soit bien avant les garderies à 5 $, que le plus gros du rattrapage a été effectué au Québec, passant de 37 à 45 %. C'est la scolarisation des jeunes femmes après la réforme de l'éducation, dans les années 60 et 70, qui en est la principale raison. Les femmes scolarisées sont plus présentes sur le marché du travail, et sont donc moins vulnérables. Chez les 26 à 44 ans, seulement 59 % de celles qui ont huit ans et moins d'années d'études occupent un emploi, selon Statistique Canada. Le pourcentage grimpe à plus de 80 % chez les femmes qui un diplôme postsecondaire ou universitaire. Les mères de familles biparentales sont également un peu plus nombreuses à occuper un emploi que les mères seules, mais l'écart n'est que de 5 %.

***

Les plus vulnérables

Une étude publiée l'an dernier par l'économiste Ruth Rose et effectuée pour le compte du Comité consultatif Femmes en développement de la main-d'oeuvre constate sans surprise que c'est chez les mères monoparentales et les femmes ayant de jeunes enfants que le taux d'activité est le moins élevé. L'étude de Mme Rose porte sur les «taux d'activité», ce qui inclut les gens en recherche d'emploi, alors que celle du fédéral porte sur celles qui occupent un emploi. Mais les tendances observées sont les mêmes: «le taux d'activité des femmes est lié de près à leur niveau de scolarité».

Or, si on se fie aux prémisses de cette étude, la hausse de la participation des femmes au marché du travail n'est pas terminée, parce qu'elles continuent d'occuper une place de plus en plus grande dans nos universités. Elles dépassaient les hommes sur le plan du baccalauréat, en 2011, et elles les avaient presque rattrapés au niveau supérieur.

«On peut en conclure qu'une grande partie de la hausse d'activité global des femmes est due à l'amélioration de leur niveau de scolarité», concluait Mme Rose.

C'est donc dans cette direction que les efforts du gouvernement doivent aller.

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