Double trouble

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(Québec) Je vais commencer par la bonne nouvelle, monsieur X n'est pas seul.

La mauvaise, c'est que tous ceux qui ont le même nom et la même date de naissance qu'un criminel ont du trouble.

J'ai reçu une quinzaine de messages de lecteurs qui ont lu ma chronique de dimanche, qui m'ont tous raconté la même histoire: ils sont nés le même jour, portent le même nom que des malfrats recherchés par la police.

Et chaque fois qu'ils voyagent, surtout aux États-Unis, ils ont la chienne de se faire arrêter, de se ramasser Dieu sait où.

Il y a cette dame qui s'est fait arrêter aux douanes, comme monsieur X, qui a été intimée de sortir de son véhicule, d'y coller les mains. Elle s'est fait passer les menottes, avant d'être relâchée. Personne ne s'est excusé. C'est une constante des douaniers américains, ils ne s'excusent pas.

Une autre constante, ils sont contents quand ils pensent avoir épinglé un dangereux criminel, ils sont contents, se tapent dans les mains. Ça recoupe ce que monsieur X m'avait raconté, quand il s'est fait arrêter en septembre à Lacolle, le douanier s'est retourné vers son collègue.

«Yé, j'en ai attrapé deux aujourd'hui!»

Chacun a trouvé une façon de contourner le problème. Il y en a un qui contourne carrément les États-Unis, n'y met plus les pieds, ne passe même plus au-dessus en avion. Il a eu des problèmes trois fois, chaque fois on lui disait qu'il n'en aurait pas la fois d'après. Il a fini par se tanner.

La même chose est arrivée à cette dame dont je vous parlais plus haut, les douaniers américains ont ajouté une note à son dossier. Lorsque quelqu'un consulte son dossier, ça dit: "Attention, cette dame-là n'est pas celle que vous croyez." Ça ne marche pas à tous les coups, et ladite note s'efface lorsqu'elle renouvelle son passeport.

Il y a un monsieur - c'est mon histoire préférée - qui s'est fait dire par un douanier qu'il n'avait qu'à répondre, «ce n'est pas moi que vous cherchez», lorsque quelqu'un lui demandait ses papiers.

D'autres ont réussi à obtenir un papier de la GRC statuant qu'ils n'avaient aucune tache à leur dossier criminel, qu'ils étaient de bons et honnêtes citoyens. Certains voyagent même avec une copie de leurs empreintes digitales. Un monsieur a dû les fournir pour obtenir un boulot en Colombie-Britannique.

Voilà ce qui s'appelle montrer patte blanche.

Il y en a qui ont changé de nom, ou qui ont ajouté un autre prénom qui figurait sur leur baptistère. Encore faut-il qu'il y en ait un autre, ce qui n'est pas le cas de monsieur X. C'est monsieur tout court, même pas Joseph.

Tous ces citoyens en ont ras le bol. «On doit s'empêcher de voyager et de profiter de la vie parce que nous partageons le même nom que des criminels, m'écrit la dame. Je suis une personne honnête, je n'ai aucun dossier judiciaire et je n'ai jamais tenu une arme dans mes mains. Pourquoi sommes-nous pénalisés de la sorte?»

J'ai posé la question au ministre Steven Blaney. Je lui en ai posé plus d'une, tant qu'à l'avoir au bout du fil.

D'entrée de jeu, le ministre de la Sécurité intérieure du Canada m'a confié qu'il comprenait que c'était «très désagréable d'avoir le même nom qu'un criminel dangereux. C'est drôlement frustrant de ne pas avoir droit à la présomption d'innocence.»

Frustrant tout court.

Quand un Canadien le contacte pour lui signaler un problème de double identité, le ministre (et député de Lévis-Bellechasse) ne fait ni une ni deux, il l'envoie sur le site Internet de Homeland Security, le ministère de la Sécurité intérieure américaine.

Là, il y a une «demande de clarification» à remplir, c'est simple comme bonjour, on écrit qu'on est pas le criminel recherché et, bingo, on reçoit une lettre qui statue qu'on est un bon citoyen.

La plupart des gens qui m'ont raconté leur histoire ont fait ça, ça n'a rien donné.

Et, monsieur le ministre, si ça ne marche pas? «J'invite les gens à renforcer leur identité, pour qu'elle soit distinctive, pour qu'elle ne puisse pas être confondue avec un criminel.» Ce qui veut dire ajouter un nom qui figure au baptistère, ou trouver quelque chose qui marque une différence.

Il m'a donné l'exemple de Guy A. Lepage.

Il semble impossible d'ajouter d'autres éléments dans le dossier, comme le numéro d'assurance sociale, le nom de naissance de la mère. Tant qu'à y être, on pourrait s'inspirer des sites sécurisés des banques.

Quel est le nom de votre premier animal de compagnie?

Quel est votre fruit préféré?

Je blague, il ne reste que ça. Finalement, on revient à ce qu'on a suggéré à notre monsieur X : de changer de nom, carrément. De déclarer forfait, de concéder la victoire au méchant, que lui garde son nom.

Les gens peuvent aussi écrire à l'homologue américain de Steven Blaney, Jeh Johnson, pour lui dire qu'ils sont gentils, qu'ils sont tannés de se faire arrêter à la frontière, de rater un avion parce qu'ils sont nés le mauvais jour, avec le mauvais nom. Le chien de garde des Américains est né le 11 septembre.

Il n'y a rien d'autre à faire, M. Blaney? «Il y a des nouvelles technologies qui nous apparaissent prometteuses, je pense à tout ce qui touche la biométrie. Ce sont différentes avenues qui pourraient éventuellement être explorées. Mais il y a différents paliers, différentes agences, on a affaire à des machines administratives...»

La seule certitude, c'est que le problème n'est pas à la veille d'être réglé.

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