Ne pas mourir à la guerre

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(Québec) Il s'appelait Marc-André, s'était enrôlé pour aller mourir à la guerre.

Il était jeune, c'est peut-être l'idée qu'il se faisait des héros de cette époque-là, des militaires qui donnent leur vie pour la patrie.

Tant qu'à mourir, aussi bien le faire en héros.

Il a fait la guerre de Corée, vers la fin, y est resté avec le 22e Régiment presque un an après l'armistice. Il a bien failli y laisser sa peau, deux fois plutôt qu'une. La première, dans une tranchée, les Coréens ont canardé les soldats tapis au fond. Ils n'ont eu aucune chance. Sauf Marc-André.

«Tous les autres étaient morts à côté de lui. Ils l'ont laissé là, vivant, il priait. Il voulait mourir.» C'est un de ses amis qui m'a raconté l'histoire de Marc-André, je l'ai rencontré mardi au CHUL.

La deuxième fois qu'il a frôlé la mort, c'était sur un champ de bataille. «Ça tirait partout, il y avait des bombes qui explosaient, tout le monde tombait autour. Sauf lui. Quand ça a été terminé, il était encore debout, il regardait autour de lui, tous les soldats étaient morts ou blessés. Il en a tiré deux par le bras, qui avaient l'air un peu moins mal en point que les autres, et les a ramenés avec lui.»

Puis, juste avant la fin de sa mission, en regagnant la tranchée pour se sauver d'une attaque, il est tombé dans les barbelés. «Il s'est perforé un rein et un oeil. Il a été rapatrié, envoyé à l'hôpital militaire.» Au CHUL, qui s'appelait alors l'hôpital de Sainte-Foy. 

L'hôpital était flambant neuf, construit pour les vétérans comme Marc-André qui n'étaient pas morts à la guerre. Pour se changer les idées, Marc-André appelait son ami, lui demandait d'aller l'attendre à une porte de service, sur le côté. «On partait et on allait prendre une bière à l'hôtel Victoria.»

Marc-André, finalement, était content de ne pas être mort à la guerre, même avec un oeil et un rein en moins. 

Il est mort il y a deux ans, de vieillesse.

Aujourd'hui, la «partie militaire» du CHUL trahit un peu son âge, surtout à côté du moderne Centre mère-enfant. C'est l'ami de Marc-André qui m'a rappelé, que dis-je, qui m'a appris que le CHUL a un passé militaire.

Il m'a aussi fait réaliser que, avant, on allait mourir à la guerre. C'était une fatalité, c'est devenu une exception. Les morts qui se comptaient autrefois par milliers ont aujourd'hui un visage.

Avant, on était chanceux de ne pas se faire tuer. Aujourd'hui, on est malchanceux d'y trouver la mort.

À la Première Guerre mondiale (1914-1918), sur 650 000 militaires canadiens, 68 000 sont morts.

À la Seconde Guerre mondiale (1939-1945), plus d'un million de militaires ont été déployés, 47 000 ne sont pas revenus vivants.

À la guerre de Corée (1950-1953), 516 des quelque 27 000 militaires ont été tués.

Depuis 2001, en Afghanistan, sur les 40 000 militaires qui ont participé aux opérations, 158 ont péri.

Les façons de faire la guerre ont changé, les soldats ne sont plus de la chair à canon. Ils sont équipés, protégés. C'est leur boulot de faire la guerre, ils sont formés et payés pour ça. N'empêche, chaque fois que l'un d'eux (ou d'elles) tombe au combat, c'est comme avant, un père ou une soeur qui ne revient pas vivant.

Autant de gens dont il ne reste que des souvenirs.

***

Vendredi, je vous racontais l'histoire de Miguel Ross. C'est ce type, aveugle, qu'on avait embauché pour faire un stage d'un an, pour débusquer des logiciels gratuits qui aideraient le gouvernement à sauver de l'argent.

Programmeur analyste, il avait dû quitter Montréal pour Québec, renoncer à une prime de 200 $ par mois. Il avait tellement hâte de travailler dans son domaine. De travailler tout court. Sauf que le Centre de services partagés du Québec a coupé court à ses ambitions. Au nom de l'austérité, on l'a laissé poireauter chez lui.

Avec même pas assez d'argent pour bouffer.

Eh bien, voilà, l'histoire a fait un peu de bruit, Martin Coiteux, le président du Conseil du trésor, a voulu savoir si Miguel avait été traité de façon juste et équitable. La réponse? Miguel commence à travailler lundi.

Partager

À lire aussi

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer