Une chape de plomb sur le paysage

Le pont de Québec... (Photothèque Le Soleil, Erick Labbé)

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Le pont de Québec

Photothèque Le Soleil, Erick Labbé

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(Québec) C'est la plus belle porte d'entrée à Québec avec celle du traversier de Lévis. Un panorama unique sur le fleuve et ses berges, hachuré par les poutrelles du vieux pont qui rythment la traversée.

Le vieux pont ferroviaire du Forth, près d'Édimbourg,... (Photo tirée de Wikipedia, Ayack) - image 1.0

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Le vieux pont ferroviaire du Forth, près d'Édimbourg, et son jeune voisin, le Forth Road Bridge. La similitude avec les ponts de Québec est frappante, non? 

Photo tirée de Wikipedia, Ayack

L'érection d'écrans métalliques de part et d'autre de la chaussée du pont de Québec en fera disparaître le plaisir.

Ces écrans, construits à la demande du CN, protégeront les structures et la voie ferrée contre les éclaboussures de déglaçant qui causent la corrosion. L'objectif est louable. C'est le moyen qui est désolant.

Bientôt, on traversera sur l'autre rive dans un corridor d'acier. Comme si, à défaut d'un tunnel sous le fleuve, le ministère des Transports (MTQ) s'était consolé en le faisant passer au-dessus.

Un premier tronçon de 70 m est en place et le reste suivra jusqu'à l'obstruction complète des vues en 2016. Une hérésie.

Peut-être est-ce futile de pleurer un paysage de 1 km en cette période où c'est tout l'horizon des services publics qui se referme.

Mais ce panorama participe à l'expérience d'arriver en ville ou d'en sortir. Une parenthèse, un moment hors du temps. Comme les vues sur le fleuve, la montagne et les gratte-ciels de Montréal depuis le pont Jacques-Cartier.

Un lecteur catastrophé évoque «les levers et couchers de soleil, les glaces, les marées hautes, les vagues déchaînées, les intempéries, les paquebots, les centaines de voiliers... chaque passage un beau moment».

Regardez en avant pendant que vous êtes au volant, l'ai-je grondé.

Serait-il possible de protéger le pont autrement que par des murs d'acier galvanisé? La réponse est oui. Mais pas au même prix. 

Le MTQ a envisagé l'hypothèse de murs d'acrylique transparents. Ces murs coûtent cependant plus cher et les délais de livraison étaient trop longs pour l'échéancier convenu avec le CN.

Combien plus cher pour garder les vues sur le fleuve? Le MTQ refuse de le dire. Cela pourrait nuire à des appels d'offres futurs, semble-t-il croire. Fin de l'argumentation. «C'est comme ça qu'on fait les choses», tranche le porte-parole du Ministère.

C'est vrai que c'est seulement de l'argent public. Pourquoi faudrait-il rendre des comptes?

Je note quand même que les villes qui vont aussi en appel d'offres rendent publics les montants de leurs projets. 

***

Que font les autres propriétaires de vieux ponts d'acier pour ralentir la corrosion? Tous infligent-ils à leurs usagers des écrans aveugles? La réponse est non. 

Cela tient à la réalité particulière du pont de Québec, plaide le MTQ. Ce pont était conçu pour des voies ferrées et non pour évacuer les produits déglaçants des chaussées. C'est différent du pont Jacques-Cartier, pourvu dès le départ de trois voies carrossables.

Le plus vieux pont sur le Saint-Laurent (1859), le Victoria à Montréal, fut longtemps réservé aux trains avant d'accueillir des voies de circulation. 

Malgré son âge, on le dit en bon état. La différence avec le pont de Québec pourrait bien être la rigueur et l'ampleur des programmes d'inspection de son propriétaire, le CN. 

***

Le pont du Forth, près d'Édimbourg en Écosse, est le cantilever le plus long au monde après le pont de Québec. 

Ses trois sections d'acier et deux travées centrales font plus de 2,5 km. 

Inauguré en 1890, il est emprunté chaque jour par 150 trains de voyageurs et une quinzaine de marchandises.

Exclusivement réservé au ferroviaire, il n'a jamais été exposé aux sels de déglaçage, ce qui ne l'a pas mis à l'abri des problèmes. 

Explosion des coûts, rigueurs de climat, abandons de chantier, etc. La saga de la peinture du pont du Forth dépasse celle du pont de Québec. 

Assez que «peindre le pont du Forth» est devenu une expression en Grande-Bretagne pour décrire une tâche qui ne finit jamais.

Mais cela vient peut-être de changer. Les travaux de peinture, entrepris en 1883 pendant la construction et jamais complètement interrompus, ont été achevés en décembre 2011. 

«Après 127 ans, le travail qui n'allait jamais finir est terminé», s'est réjoui le Mail Online. 

Pour la première fois en 10 ans, le Forth Bridge était sans échafaudage, a noté la BBC. Pendant cette dernière offensive, jusqu'à 400 personnes par jour ont travaillé au pont. 

La triple épaisseur de peinture époxy fait espérer qu'il ne sera pas nécessaire de le repeindre avant 25 ans. 

Si le référendum en Écosse ne nous pas inspiré, peut-être son pont le pourrait-il.

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