Monsieur X et son double

Monsieur X a passé sa semaine de vacances... (SHUTTERSTOCK, ioannis pantzi)

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Monsieur X a passé sa semaine de vacances à côté de son téléphone plutôt qu'aux îles Vierges, parce qu'il a le malheur de porter le même nom et d'être né la même date qu'un criminel.

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(Québec) Plus que quelques heures et ils auront les pieds dans le sable.

Ils ne sont jamais partis. «Il y a une dame de la compagnie US Airways qui est venue nous voir. Elle avait une feuille dans les mains, elle tremblait. Elle nous a dit : "vous ne pouvez pas embarquer dans l'avion". On ne comprenait pas ce qui se passait, on lui a demandé pourquoi, elle a répondu : "je ne peux pas vous le dire".»

L'avion s'est envolé sans eux.

Ils sont restés plantés là, avec leur valise à roulettes. «On est allés voir la fille à l'information, elle nous a dit que les compagnies avaient le droit de refuser des passagers. Elle nous a suggéré de nous présenter au Consulat américain à 9h pour comprendre ce qui venait de nous arriver.»

Au Consulat, dans le Vieux-Québec, on leur a dit d'aller voir la GRC. Les bureaux sont juste à côté de l'aéroport.

«Là, on nous a dit, à mots couverts, qu'il y avait un autre gars, qui avait le même nom et la même date de naissance que moi, que ce gars-là avait un dossier criminel. La policière était super gentille, elle a fait des appels pour qu'on puisse embarquer sur un autre vol. C'était impossible.»

Monsieur X a passé sa semaine de vacances à côté de son téléphone. On est en avril 2013. «Tout le monde se lançait la balle. Homeland Security [le ministère de la Sécurité intérieure aux États-Unis] et US Airways s'accusaient l'un et l'autre d'avoir refusé l'accès au vol. C'était la faute de personne, personne ne pouvait donc m'aider.»

Monsieur X a perdu au moins 4000 $, la location de l'auto et le condo, en plus des billets d'avion. «US Airways maintient que nous avions refusé de monter dans l'avion, que c'était de notre faute.»

Monsieur X veut garder son nom pour lui, il a déjà assez de misère avec celui-ci. Pareil pour sa photo, il paraît qu'ils se ressemblent.

Il y a eu cette autre fois, en septembre dernier, ils avaient le goût de passer quelques jours en famille à Plattsburgh. La deuxième était née, ils sont passés par les douanes de Lacolle. Il avait un mauvais pressentiment. «Le douanier a regardé longuement mon passeport. Il m'a regardé, il m'a demandé : "Are you Mister X?"»

Il a répondu que oui. «Ils ont parti les sirènes, les dix barrières se sont fermées, plus personne ne pouvait traverser. Les agents se sont approchés avec la main sur leur fusil... C'était comme dans un film. Ils m'ont fait sortir, m'ont immobilisé sur l'auto, m'ont mis les menottes et m'ont emmené.»

La petite dernière pleurait. Sa femme a demandé doucement à un des douaniers : «est-ce que je peux l'allaiter?»

Monsieur X avait dans son passeport un visa spécial qu'il s'était payé après le voyage avorté aux îles Vierges. Ça lui a coûté 200 $ pour ce papier qui, en théorie, dit qu'il n'est pas un dangereux criminel. «Sauf que les douaniers ne comprennent pas le code qui est écrit dessus. Quand ils comprennent, il est trop tard...»

Quand les douaniers de Lacolle ont compris, ils l'ont laissé partir. Sans s'excuser, évidemment. «Ils m'ont dit d'aller dépenser de l'argent.»

Ils sont allés passer une nuit à l'hôtel, sont revenus au pays le lendemain.

Tout ça parce que sa mère a accouché le même jour que la mère de l'autre et qu'ils ont été affublés du même nom. «À l'État civil, au tout début, ils nous ont dit de nous trouver un avocat pour changer ma date de naissance. On n'en a pas trouvé un qui voulait faire ça. Après, ils m'ont suggéré que je change mon nom.»

À ses frais.

Ce n'est pas simple, changer de nom. «Ça coûte en tout entre 100 $ et 2000 $ et ça prend, selon ce qu'on nous dit, entre trois et cinq ans pour faire les changements partout. Et il y a mes filles, qui commencent à m'appeler par mon nom, je fais quoi avec ça, je leur dis que leur papa ne s'appelle plus comme avant?»

Apparemment, pas moyen de les différencier par leur numéro d'assurance sociale ni par le nom de fille de leur mère. Au plumitif, ce grand répertoire des dossiers judiciaires, il n'y a que le nom et la date de naissance, basta.

Il a aussi frappé à la porte de politiciens. La palme revient à Steven Blaney, ministre fédéral de la Sécurité intérieure et député de Monsieur X. «On a appelé à son bureau, on nous a donné rendez-vous. Le matin du rendez-vous, ils nous ont rappelés pour nous dire qu'il avait des problèmes avec sa voiture, qu'il ne serait pas là. Il nous a rappelés plus tard pour nous dire qu'il s'occuperait du dossier, qu'il le confierait à quelqu'un.»

Ils n'ont jamais eu de nouvelles.

Monsieur X a croisé Steven Blaney cet été, le ministre participait à une activité dans son comté pour la fête du Canada. «Je lui ai dit mon nom, je lui ai demandé s'il se rappelait de moi. Il m'a dit en riant : "ben oui, c'est vous le motard!" Il est parti en vitesse, il m'a dit qu'il fallait qu'il aille s'acheter une liqueur...»

Un chausson, avec ça?@CHRONIQUE-texte 1er para Actualites:Quatre heures du mat', monsieur X, sa femme et leur petite fille de deux ans se pointent à l'aéroport de Québec. Ça fait des semaines qu'ils préparent le voyage, ils vont fêter leurs 10 ans de couple aux îles Vierges.

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