Les regards de l'ombre

Le tiers des «clients» de la Maison de... (Photothèque Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve)

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Le tiers des «clients» de la Maison de Lauberivière ont des problèmes de santé mentale, souvent mêlés à des dépendances. La politique de l'organisme est d'ouvrir ses portes sans condition.

Photothèque Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

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(Québec) Un soir sans histoire. La routine d'un début de mois. À l'oeil, 200 personnes pour le souper. Il y en aura davantage à mesure que le mois avance.

Dans la file disciplinée menant au comptoir, beaucoup d'hommes dans la cinquantaine et au-delà, victimes d'accidents de parcours ou marginaux à demeure. Le physique de l'emploi, si on peut dire. L'image qu'on se fait des clients des soupes populaires.

La surprise est de retrouver parmi eux autant de jeunes. C'était rare, à l'époque, mais les 18-30 ans comptent aujourd'hui pour la moitié des habitués de Lauberivière.

Ces jeunes de l'ombre me semblent avoir des profils moins typés et prévisibles que les plus âgés. Devant la table où ils s'arrêtent pour ramasser une tasse d'eau ou de thé, je note leurs regards. Allumés, engageants, énergiques parfois. D'autres fuyants, tristes ou perdus.

L'échange est bref, deux ou trois mots, un bonsoir, un «bon appétit», un merci et déjà ils glissent vers la table à dessert.

Un habitué reconnaît à sa couleur que le thé de ce soir, infusé dans le grand thermos, est un peu fort. Il demande à le couper avec de l'eau. Un autre insiste pour avoir la tasse bleue. Je la lui tends.

Il leur faut choisir entre l'eau et le thé. Pourquoi choisir?

Pas compliqué, pour ne pas manquer de tasses.

J'en remplis quelques-unes à l'avance pour ne pas ralentir le service. La soupe populaire est une mécanique rodée où l'empathie n'empêche pas la quête d'efficacité.

Plus de 900 bénévoles différents donnent chaque année un coup de main.

J'ai accepté d'en être pour marquer le début de la campagne annuelle de financement. Lauberivière ne touche rien de Centraide et mène ses propres collectes.

Il y avait là aussi quelques collègues journalistes, le maire Labeaume pour servir la soupe et le cardinal Cyprien Lacroix, le ragoût.

En arrivant devant moi, plusieurs hochaient la tête, incrédules d'avoir été servis par le maire en personne. J'ai essayé de les ramener à la raison.

«Vous croyez vraiment que ce sera meilleur parce que c'était lui?» J'ai vu à leur sourire qu'ils avaient envie d'y croire.

***

La Maison Lauberivière accueille, bon an, mal an, 5000 sans-abri et exclus sociaux. Ce qui donne une quinzaine de nouveaux visages chaque jour. Cela donne surtout la mesure du besoin dans une ville pourtant à l'aise comme Québec.

Ils viennent pour le gîte (une soixantaine de lits), les repas et autres services d'accompagnement.

Quatre-vingts pour cent d'hommes, confirme le directeur général Éric Boulay. La proportion a à peine fléchi depuis le début. Difficile à expliquer.

Même pour les «spécialistes» de Lauberivière, l'itinérance des femmes reste un mystère. Elle est moins visible, plus honteuse peut-être, plus difficile à rejoindre. Souvent plus dangereuse lorsque des victimes isolées tombent dans les griffes de «bienfaiteurs» qui n'en sont pas.

Le tiers des «clients» ont des problèmes de santé mentale, souvent mêlés à des dépendances (alcool, drogues, médicaments). Je n'aurais pas été surpris que ce soit plus.

On y voyait à l'époque une conséquence de la «désinstitutionnalisation». Il faudrait aujourd'hui parler de «non-institutionnalisation».

La politique à Lauberivière est d'ouvrir la porte sans condition, quitte à rediriger plus tard vers d'autres ressources (ex : PECH pour santé mentale).

L'oeuvre est née en 1983 grâce à une quarantaine de communautés religieuses et à l'Archevêché. On sent encore leur présence diffuse, mais «on n'impose pas la religion à Lauberivière», insiste le cardinal Lacroix.

L'objectif n'est pas d'évangéliser, mais de soutenir et, éventuellement, d'aider à la réinsertion sociale par la formation et la recherche d'emploi.

Selon les périodes, Lauberivière emploie 40 à 60 salariés. La Fondation (1) estime avoir besoin de 1,5 million $ par an pour faire tourner la machine, payer les charges et le loyer, etc.

***

L'immeuble de la rue Saint-Paul, où a jadis logé l'hôtel Château Champlain, a vieilli. Un projet de 24 millions $ pour agrandir et rénover est dans les cartons. La Ville cherche comment elle pourra y contribuer.

La gestion des budgets de soutien à des oeuvres communautaires est aussi à l'agenda des discussions sur le pacte fiscal avec le gouvernement.

«On est plus proche de la misère que les bureaucrates», pense le maire Labeaume. La Ville est capable de mobiliser les acteurs locaux et d'avoir un «effet de levier», à l'exemple de la Maison Dauphine, dédiée aux «jeunes de la rue».

Voilà qui donne un premier visage humain au débat sur la fiscalité et sur les pouvoirs municipaux.

(1) http://www.lauberiviere.org/fra/default.asp

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