Quand l'austérité est aveugle

Miguel Ross est aveugle, il devait être embauché... (Le Soleil, Erick Labbé)

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Miguel Ross est aveugle, il devait être embauché par le gouvernement pour developper des logiciels libres pour les personnes handicapées.

Le Soleil, Erick Labbé

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(Québec) Miguel Ross était tout content, il avait décroché un super boulot. Il allait aider le gouvernement à économiser de l'argent en trouvant des logiciels libres, donc gratuits, pour remplacer ceux qui coûtent une petite fortune à l'État.

Il est programmeur analyste, son mandat était de trouver des programmes informatiques conçus pour les personnes handicapées, pour qu'elles arrivent à dépendre moins des services de l'État.

Miguel Ross est aveugle, il sait de quoi il parle.

En 2011, quand la ministre libérale Michelle Courchesne a fait adopter, à l'unanimité, le projet de loi 133 pour que le gouvernement profite des logiciels libres, il s'est dit qu'il y aurait un emploi pour lui. «Je me suis tout de suite dit que j'allais me prendre en main, que j'allais m'organiser pour avoir ma place là.»

Le Centre d'expertise en logiciels libres a vu le jour en juin 2013. Le gouvernement avait changé entre-temps, mais l'objectif demeurait le même, diminuer la facture faramineuse des logiciels du gouvernement.

Miguel a écrit au responsable du centre, qui lui a dit de s'inscrire au concours. Il le fait, le réussit. Le 23 avril, Miguel est convoqué en entrevue, c'est dans la poche. Il correspond exactement au profil de l'emploi, un stage d'un an créé pour se pencher sur les besoins des personnes handicapées.

Pour être embauché, il doit quitter Montréal, déménager à Québec, retrancher une allocation de 200 $ à ses revenus de 1100 $. Pas grave, il aura bientôt un vrai travail, avec un salaire décent, une expérience qui pourrait lui permettre de postuler ensuite d'autres emplois de la fonction publique.

Juste avant de déménager, il trouve ce message sur le répondeur. «Bonjour, M. Ross, on a quelques petits soucis au niveau budgétaire, ce qui fait qu'on a retardé un petit peu. Il n'est pas question d'annuler, mais on va retarder un peu...»

Ce n'est qu'une question de temps.

Miguel s'installe dans son nouvel appartement à Beauport. C'est l'été. Il s'attend à avoir des nouvelles d'un jour à l'autre. Pas de nouvelles, mauvaises nouvelles. Gel des embauches oblige, Miguel ne sera pas engagé.

Miguel se retrouve Gros-Jean comme devant. Cela, même si on a déjà payé pour faire aménager son bureau.

Pour justifier sa volte-face, le directeur des services informatiques a expliqué qu'il avait peur que ça paraisse mal d'embaucher un stagiaire en ces temps d'austérité. Il a admis aussi, reprenant à peine son souffle, que ça ne coûterait pas un sou d'embaucher Miguel, son salaire étant couvert par un programme existant. Il a expliqué ça à Cyrille Béraud, le directeur de la Fédération québécoise des communautés et industries du libre.

En même temps, le gouvernement ne s'est pas gêné pour créer un emploi sur mesure pour Marie-Claire Ouellet, une fonctionnaire pour qui on a taillé le poste de «conseillère stratégique au bureau du sous-ministre» du Tourisme, avec un salaire à la clé de 190 000 $. C'est 5000 $ de plus que Philippe Couillard.

J'ai appelé au Centre des services partagés, pour avoir l'heure juste. Personne ne m'a rappelée.

Miguel, lui, se retrouve le bec à l'eau, sans boulot, avec 927 $ par mois. «Avec cet argent-là, je paye mon loyer, l'Hydro, mes comptes, ma passe d'autobus... Je ne peux pas rester enfermé entre quatre murs! Je suis peut-être non-voyant, mais je suis actif! Quand j'ai fini de payer mes affaires, il me reste 20 $ par mois pour manger...»

Miguel a la chance d'habiter près d'une de ses tantes, qui possède une résidence pour personnes âgées. «Je vais manger là tout le temps. Sans ça, je ne sais pas ce que je ferais. Une chance qu'elle est là...»

Il aimerait bien voir clair dans tout ça.

Est-ce qu'il retournera à Montréal, où il habitait depuis plusieurs années? Où étaient ses amis? Est-ce qu'il tentera sa chance à Québec? Est-ce qu'il devra redemander l'allocation de 200 $ pour arriver à boucler ses fins de mois?

Miguel ne sait plus quoi faire. Il est fâché - et déçu - de s'être fait mener en bateau, il ne comprend pas comment le gouvernement peut disposer ainsi des gens, comme s'ils étaient de vieilles chaussettes.

J'appelle ça gouverner à l'aveugle.

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