La recette du colonel

(Québec) Depuis 25 ans, j'ai vu les maires et les acteurs locaux déchirer leur chemise (ou leur robe) chaque fois que le gouvernement leur coupait les vivres.

C'est arrivé sous les libéraux; c'est arrivé sous les péquistes. Ça arrive aujourd'hui et ça arrivera encore. 

L'ampleur des coupes a varié selon les circonstances, mais la virulence des réactions s'est maintenue.

«Coup de matraque», «irrespect total», «inacceptable», «carrément indécent», «grand mépris», «façon cavalière».

Les archives regorgent de coups de gueule contre les gouvernements depuis la première coupe dont j'ai été témoin au début des années 90.

J'ai entendu des réactions similaires cette semaine lorsque la «rumeur» d'une ponction de 300 millions $ en 2015 s'est répandue : «retour en arrière», «impossible d'imaginer», «pacte avec le diable», «met à mort la vitalité des communautés rurales». 

Ce qui a par contre changé, c'est la réaction des grands joueurs municipaux, empreinte de retenue et de réalisme. 

Les maires de Québec et de Montréal, la Fédération des municipalités (FQM) et l'Union des municipalités (UMQ) disent comprendre la décision du gouvernement.

Assez pour partager avec lui la tribune au moment de l'annonce officielle. Je ne me souvenais pas avoir déjà vu ça. 

Comme si les poulets allaient couper le ruban avec le chef à l'ouverture d'un nouveau restaurant du Colonel Sanders. Cela dit en tout respect pour les poulets et les élus.

Les maires avaient trois bonnes raisons de réagir comme ils l'ont fait.

1 - Ces coupes étaient une fatalité et on n'empêche pas une fatalité. Quand la santé, l'éducation et des programmes sociaux y passent, il était écrit que les villes y passeraient aussi. 

Ce sera 75 millions $ en moins à Montréal, 20 millions $ à Québec et ainsi de suite dans les autres villes où 1,2 % des budgets seront ponctionnés. 

 2- L'exercice que le gouvernement demande aux villes est le même que celui qu'elles-mêmes exigent de leurs employés : renoncer à des «acquis» et devenir plus efficaces pour réduire les coûts.

Comment les villes pourraient-elles convaincre leurs employés de la nécessité du changement si elles-mêmes s'y refusaient?

 3 - Les villes ont accepté le «pacte transitoire 2015» par stratégie. Sachant qu'elles seraient coupées de toute façon, elles ont «marchandé» leur accord contre des pouvoirs et des juridictions supplémentaires.

Les villes pourront désormais choisir les priorités de l'économie sociale et locale ainsi que le type de structure de concertation régionale qui leur convient.

Cela pourrait signifier la fin ou la transformation des Centres locaux de développement (CLD).

La plus grande motivation des villes est cependant la promesse de considérations futures. 

Le gouvernement Couillard dit vouloir reconnaître aux grandes villes un véritable statut de gouvernement de proximité. L'intention semble sérieuse et les villes font le pari que leur abnégation et leur sens du devoir inciteront le gouvernement à leur faire davantage confiance.

***

Les unions municipales (FQM, UMQ) ont accepté à contrecoeur de «passer à la caisse» pour cette fois, mais préviennent qu'elles refuseront d'y passer à nouveau l'an prochain.

Il y a là beaucoup de candeur. Le premier ministre Couillard s'est d'ailleurs bien gardé de s'y engager, servant plutôt cette réponse évasive : «Ça ne sera plus comparable parce qu'on va être dans une ambiance législative nouvelle avec des responsabilités nouvelles.»

La probabilité est que si les coupes municipales sont nécessaires pour atteindre le déficit zéro en 2015, elles le seront encore pour le maintenir l'année suivante.

Peut-être réussira-t-on à fondre la facture dans un pacte fiscal plus large et donner ainsi l'impression qu'elle n'y est plus. Je parie qu'elle y sera encore lorsque le colonel coupera le ruban du prochain pacte fiscal.

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