La version officielle

Le policier Louis-Georges Dupont a été trouvé mort... (Photo fournie par Jean-Pierre Corbin)

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Le policier Louis-Georges Dupont a été trouvé mort dans sa voiture le 10 novembre 1969.

Photo fournie par Jean-Pierre Corbin

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(Québec) Il y a 45 ans aujourd'hui, le policier Louis-Georges Dupont est parti travailler, n'est jamais revenu. Il a été retrouvé sans vie cinq jours plus tard, dans un boisé, à l'intérieur de sa voiture de service.

Selon la version officielle, il est parti de la maison, est allé au travail, a laissé son auto personnelle, a pris celle avec laquelle il patrouillait, il a erré dans les rues de Trois-Rivières, vers le nord, s'est stationné dans le boisé, a écrit un message à son épouse, a pris son Colt, s'est enlevé la vie.

Cela malgré qu'aucune empreinte digitale valable n'a été trouvée sur le fusil, qu'il n'y avait pas une seule goutte de sang dans la voiture. Et pas de crayon non plus, avec lequel il aurait pu écrire ses derniers mots.

Je sais, je vous ai déjà parlé de cette histoire.

Je vous parlais de ce gars, Jean-Pierre Corbin, qui a travaillé pendant des années dans les débits de boisson de Trois-Rivières, où les policiers contrôlaient entre autres la prostitution et où d'autres gens contrôlaient les policiers.

Corbin a reçu les confidences il y a plusieurs années d'un des trois policiers qui auraient fait disparaître Dupont, au sens propre. Louis-Georges Dupont avait témoigné, deux mois avant sa mort, contre ses collègues corrompus. Témoignage qui avait d'ailleurs conduit à la suspension immédiate de deux des trois.

Les collègues corrompus n'ont pas apprécié.

À la tête de ce triumvirat, Jean-Marie Hubert est celui qui aurait tiré dans le dos de Dupont, pendant qu'il montait à l'arrière de l'auto personnelle de Hubert, une belle décapotable. C'est dans cette voiture que Dupont aurait perdu son sang. 

Drôle d'adon, la décapotable est passée au feu dans la nuit du 9 au 10 novembre, quelques heures avant qu'on ne trouve Dupont dans le boisé. La voiture de Hubert a été découverte au petit matin, carbonisée, sur une butte de sable. 

J'ai parlé à celui qui était propriétaire de la compagnie de remorquage à l'époque, il se souvient de ça. «C'est nous autres qui a été là, moi ou un de mes gars.» Il y a eu quatre enquêtes depuis le 10 novembre 1969. Jamais un policier n'est venu le voir pour lui demander ce qu'il en sait.

Drôle d'adon, c'est Jean-Marie Hubert qui a été chargé de l'enquête.

Drôle d'adon, le médecin qui a réalisé l'autopsie, Jean Hould, n'a pas pris le temps de mesurer la quantité de sang que Dupont avait perdu. Il n'a pas fait non plus d'analyse pour voir si Dupont avait des traces de poudre sur la main. Il a écrit que le trou dans le dos, de 10 mm, et celui au thorax, de 12 mm, étaient deux plaies d'entrées.

L'autopsie a duré une trentaine de minutes. Il n'a pas noté que Dupont avait le nez déplacé et la main droite tuméfiée. 

Le médecin Hould n'a pas pris la peine de produire de rapport, tout comme le coroner, qui a mené son «enquête» le soir du 2 décembre, dans une cabane sans chauffage. Pourquoi aurait-on fait un rapport? La seule thèse sur la table était le suicide.

C'est encore le cas.

La dernière enquête de la Sûreté du Québec (SQ) en 2010 est arrivée aux mêmes conclusions. Quarante-cinq ans plus tard, c'est encore la police qui enquête sur la police. Le rapport de l'enquête n'a d'ailleurs jamais été rendu public, il ne le sera pas. Même les fils de Louis-Georges Dupont, Robert et Jacques, n'y ont pas eu accès. 

Au Ministère, on répète être prêt à rouvrir l'enquête s'il devait y avoir un élément nouveau. Après 45 ans, il n'y en aura pas. Il reste peut-être une poignée de personnes qui savent ce qui s'est passé. Qui étaient là, qui ont vu, su. 

***

Je suis allée en visiter un lundi, à Trois-Rivières, un des policiers qui étaient sur les lieux le 10 novembre, lorsque Louis-Georges Dupont a été retrouvé dans le boisé. Je lui ai posé la question qui tue: «Si vous aviez été en charge de l'enquête, est-ce que je vous auriez conclu au meurtre ou au suicide?»

L'homme de 93 ans m'a regardée fixement, il a choisi de ne pas répondre. «Je ne veux pas parler de ça.»

Il a laissé intacte la version officielle. 

Si Louis-Georges Dupont ne s'est pas suicidé, il faudra un témoignage extrêmement fort pour que la SQ change son fusil d'épaule, pour que le gouvernement accepte de regarder sérieusement la thèse du meurtre, au lieu de seulement travailler à valider celle du suicide. À répondre aux questions sans réponses.

La clé de l'énigme ne réside pas dans la trajectoire de la balle, elle est dans la mémoire de ceux qui étaient présents. Qui sait? Peut-être qu'un jour, on pourra arrêter de raconter cette histoire au conditionnel...

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