«Le silence est un message»

Avec les textos, les jeunes ont développé leur... (Photo Shutterstock, Ponsulak)

Agrandir

Avec les textos, les jeunes ont développé leur propre langage sténographique. Abrégé, il est incompréhensible pour l'adulte moyen.

Photo Shutterstock, Ponsulak

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Sur le même thème

(Québec) «Psst!» Je me retourne, la fille me tend un papier. Veux-tu être mon amie? Deux carrés en dessous et deux mots : «oui» et «non».

C'était ça, les textos, quand j'allais à l'école. Des bouts de papier qu'on faisait passer d'une main à l'autre ou qu'on laissait tomber dans le casier. On pouvait y répondre quand on voulait, on ne voyait pas la face de l'autre quand elle lisait notre réponse. On recevait parfois un autre papier, avec une autre question dessus.

C'était plus long que se texter, mais l'idée était la même. Cette possibilité de tenir une discussion chacun dans son coin. Sauf que nous n'abusions pas du procédé, c'était pour les choses que nous jugions importantes, les amitiés, les amours. Une étude réalisée par la firme Nielson, publiée en 2010, calculait que l'ado américain envoyait en moyenne 3339 textos par mois. Plus d'une centaine par jour.

À ça, il faut ajouter Facebook et Twitter, où les jeunes conversent chacun au bout de son clavier. Ils peuvent y tenir plusieurs conversations en simultanée, une avec la meilleure amie, une autre avec un gars, une troisième avec maman. 

On ne s'adresse pas à chacun de la même façon. Avec le nombre effarant de messages échangés et les innombrables codes qui régissent ces conversations, les malentendus sont partout.

Ils sont aussi dans les silences.

«Le silence est un message.» Marilou Houde travaille pour Tel-Jeunes, elle m'a expliqué récemment les conversations post-petits bouts de papier. Elle donne des conférences dans les écoles, même les jeunes ne s'y retrouvent plus.

Les jeunes sont habitués à la vitesse, ils sont la génération tac au tac. Tac, je t'envoie un message, tac, j'en reçois un. La vitesse des échanges défie les lois de la physique et la vélocité des doigts sur le clavier. 

Nous sommes à l'ère des conversations ping-pong.

Ils ont leur propre langage sténo, qui a l'avantage d'être abrégé et incompréhensible pour l'adulte moyen. «Les jeunes ont besoin de s'éloigner de l'adulte, pour ne pas être compris par lui.»

Mais, souvent, entre deux messages, il y a un silence, une réponse qui ne vient pas. «Les silences pour eux, ce sont des inquiétudes. Ils s'attendent à une réponse immédiate et, si elle ne vient pas, ils se mettent à douter.»

Plus le silence est long, pire c'est. 

Dans ces temps immémoriaux où on se parlait au téléphone, on avait la personne à l'autre bout du fil. Quand on lui posait une question délicate et qu'elle ne répondait pas, on la savait à l'autre bout. On attendait qu'elle réponde.

Devant l'écran, on ne sait pas. On ne sait pas si l'autre personne est partie aux toilettes ou si elle cherche les mots pour vous laisser tomber comme une vieille chaussette. Ou si la pile de son téléphone est à plat.

«Et, quand la réponse arrive, les jeunes vont penser qu'ils comprennent. Mais, ce n'est pas comme dans une conversation, ils n'ont pas le non-verbal, le ton. Ils ne sont pas portés à demander «qu'est-ce que tu veux dire par là?», ce qui peut causer d'autres malentendus. On les amène à voir les limites de ça.»

Même les émoticônes sont des visages à deux faces.

Le phénomène est tel que Tel-Jeunes offre depuis plus d'un an et demi un service de consultation par textos, c'est le premier organisme du genre qui fait ça. Il y a de tout, surtout des questions sur les relations amicales et amoureuses, sur les silences et le choix des mots. Il y a aussi, parfois, des jeunes qui textent leurs idées suicidaires. 

Les silences, ici, sont plus inquiétants.

«Ça fonctionne bien. Il y a des jeunes qui sont plus à l'aise de nous parler comme ça. Il y en a qui nous textent régulièrement, ce sont des jeunes qui ont des détresses, ça leur permet de sentir une proximité avec quelqu'un. Même si ce n'est pas toujours la même personne qui est au bout du clavier.»

Une conversation par textos peut chevaucher deux quarts de travail.

De plus en plus de textos, de courriels et d'appels reçus par Tel-Jeunes concernent des malentendus entre deux écrans. C'est parfois un silence trop long, un mot flou, un message trouvé en fouillant sur le téléphone de l'autre.

Presque toujours, l'intervenante donnera ce conseil : «Parlez-vous.»

Partager

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer