Il faut rassurer la population

Depuis le 26 octobre 2012, des relevés démontrent... (Photothèque Le Soleil, Patrice Laroche)

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Depuis le 26 octobre 2012, des relevés démontrent que l'air dans Limoilou est toujours pollué, qu'il est jugé impropre à la respiration une journée sur trois.

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(Québec) Ça a fait deux ans dimanche qu'une pluie de poussière rouge s'est doucement posée sur mon balcon.

Depuis, 75 articles ont été publiés dans ce journal, dans lesquels on a pu apprendre, entre autres, que l'air de Limoilou était saturé de métaux lourds et nocifs. Dans lesquels on a d'abord vu les autorités nier, pour ensuite minimiser, promettre d'agir, agir un peu, assurer que tout était réglé et conclure, finalement, que ce n'était pas si pire que ça.

Je résume, évidemment.

La poussière rouge, c'était de l'oxyde de fer, qu'on gros coup de vent avait balayé vers Limoilou et Saint-Sacrement. Et, dans la poussière rouge, des analyses ont détecté d'autres substances, des métaux surtout, en grande quantité. 

Le port de Québec et Arrimage ont admis quatre jours plus tard être à l'origine de la poussière rouge, mais ont balayé sous le tapis le reste des contaminants. La vice-présidente de la compagnie disait ceci, le 22 novembre 2012, «que ça fasse un nuage de poussière jusque dans Limoilou, dans des concentrations comme celles-là, je suis vraiment dépassée».

Elle promettait des canons à eau, «rapidement».

J'avais trouvé étrange cette promesse de flamber sept millions pour régler, disaient-ils, un incident de parcours.

Cela dit, j'avais confiance. Je suis comme ça dans la vie, pas du tout adepte des théories du complot. Dans une entrevue à la radio avec Gilles Parent, peu de temps après cette poussière, j'avais donné la chance aux coureurs. Je m'étais dit que, maintenant que le problème était connu, il allait être réglé rapidement. Surtout que les solutions sont connues, suffit d'y mettre l'argent.

Je ne trouvais aucune raison d'en douter.

Le 16 janvier 2013, la citoyenne Véronique Lalande déposait en Cour supérieure une demande pour un recours collectif. Il a été autorisé la semaine dernière, le Port de Québec ayant multiplié les recours pour gagner du temps.

Il y a eu, aussi la semaine dernière, cette conversation entre la coordonnatrice marketing d'Arrimage et le député libéral de Limoilou, André Drolet. Ce député, rappelons-le, qui représente les gens les plus touchés par la pollution du Port, a dit qu'il ne comprenait pas pourquoi on faisait tout un plat avec ça.

Il a dit : vous savez madame, mes électeurs ne me parlent jamais de ça.

La dame d'Arrimage a opiné du bonnet, ajoutant que, «ce n'était pas si pire que ça» et, je paraphrase, que les citoyens devraient être reconnaissants, que si le port n'était pas là, l'économie de Québec en arracherait. Nous devrions donc applaudir sans rouspéter le projet d'agrandissement.

Nous voilà tous rassurés, non?

Juste comme ça, en passant, la grande majorité des relevés sur la qualité de l'air dans Limoilou faits depuis ce désormais célèbre 26 octobre 2012 démontrent que l'air est toujours pollué, qu'il est jugé impropre à la respiration une journée sur trois. Les concentrations de nickel ne sont jamais descendues sous la norme québécoise, elles les ont deux fois dépassée d'au moins 1000 %.

Cela malgré les fameux canons à eau.

Si ces canons sont parvenus à laisser s'envoler moins de poussière de nickel, ils auront surtout servi à rassurer la population. Quoi de mieux qu'une bonne douche froide pour venir à bout des esprits qui s'agitent.

Tout ça me fait penser au Bisphénol A. En 2008, les États-Unis ont déclaré, le plus sérieusement du monde, que le produit était absolument sans danger, malgré un nombre grandissant d'études qui démontrent le contraire.

Depuis 1930.

En 2008, le Canada a été le premier pays à interdire le BPA dans les biberons, la France a emboîté le pas deux ans plus tard. Les États-Unis traînent la patte, ils ont du bout des lèvres suggéré aux compagnies de faire pareil.

Les effets négatifs du BPA sur la santé sont nombreux, notamment sur tout ce qui touche la puberté et la reproduction. Le BPA est partout, entre autres à l'intérieur des boîtes de conserve, dans la composition des bouteilles de plastique, des reçus de cartes de crédit et des billets de banque.

Plus de 90 % des Américains, et des Canadiens, ont du BPA dans leur pipi.

Interdire le BPA dans les biberons, c'est bien la moindre des choses, sachant que les bébés sont particulièrement vulnérables à cette contamination. C'est l'équivalent des canons à eau. Les biberons servent à faire diversion.

À rassurer la population qui, ça adonne bien, est naturellement portée à vouloir être rassurée.

Qu'ont reçu les musiciens du Titanic quand le bateau coulait? L'ordre de jouer des morceaux joyeux.

Dans son rapport sur la contamination au nickel publié en juin, la Santé publique ne fait que ça. D'abord, en excluant les autres métaux, puis en insistant sur l'absence de risques immédiats pour la santé. On ne se cassera pas le fémur en respirant du nickel, on peut par contre développer des problèmes cutanés et de l'asthme. «Des effets indésirables» pour la Santé publique.

Pas de panique, pour un cancer du poumon, il faudrait respirer l'air pollué 24 heures sur 24 pendant 70 ans.

Pourtant, un médecin très au fait du dossier a confié, loin des micros, que la population qui vit aux abords de la Saint-Charles est exposée à de grands dangers. On ne dit pas ça dans le rapport de la Santé publique, qui prend très au sérieux son mandat de rassurer la population. La fille des relations avec les médias me l'a dit clairement, «on a des façons de faire pour calmer la population».

Un petit rigodon avec ça?

Et puis, pour les gens du port de Québec, la poussière rouge et le nickel, c'est d'abord et avant tout une grosse gestion de crise.

C'est cette poussière-là qu'ils aimeraient voir retomber.

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