Les méchants et les gentils

De nombreuses personnes, jeunes et moins jeunes, se... (PHOTO JUSTIN TANG, ARCHIVES PC)

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De nombreuses personnes, jeunes et moins jeunes, se sont recueillies devant le parlement à Ottawa à la suite de l'attentat perpétré mercredi contre le militaire Nathan Cirillo.

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(Québec) «Maman, est-ce que le monsieur est gentil ou méchant?»

Nous revenions de l'école, toutes les radios ne parlaient que d'une chose, cet assassinat perpétré à Ottawa par un désaxé. J'aurais pu réduire le volume, et puis non, mon grand de six ans allait finir par apprendre ce qui se passe hors des murs colorés de sa classe, où Roger le crapaud, un vrai crapaud, coule des jours paisibles.

C'est arrivé à mon insu, mais un beau jour, mon grand a su ce qu'était la guerre. Allez donc savoir où il avait appris ça, dans un livre de Spider-Man, ou plutôt dans un épisode de Star Wars, version enfant. Et là, il entend ça à la radio, c'est la guerre. Il veut tout de suite savoir qui sont les méchants et les gentils.

Il m'a déjà posé la question avant, nous nous promenions sur les plaines d'Abraham, il a remarqué les vieux canons. Il m'a demandé si la guerre était finie, c'était qui les gentils et les méchants. Facile. Oui, la guerre est finie. Les gentils, c'était les Français, les méchants, les Anglais. 

«Et ce sont les gentils qui ont gagné?» Pas cette fois-là.

Je lui ai expliqué que, finalement, les Anglais n'étaient pas trop méchants, qu'ils nous avaient laissés parler français, je lui parlerai de la religion et du code Napoléon une autre fois, et qu'ils nous avaient construit le parlement. 

- C'est quoi, le parlement?

- C'est un endroit où des personnes qu'on a choisies décident des consignes et des conséquences.

Ce qui nous ramène à la toute première question. «Le monsieur qui est entré dans le parlement, il est dans les gentils ou dans les méchants?» Je n'allais pas m'en sortir aussi facilement.

Par où commencer? Déjà que c'est une guerre qui n'a pas un vrai début, en ce sens qu'il n'y a pas eu une déclaration de guerre en bonne et due forme. On peut bien dire que c'est le 11 septembre 2001, mais il n'y a personne à l'autre bout qui a crié : allez, ça y est maintenant, on vous déclare la guerre.

À go, on tire.

Il y a eu en février 2011 la révolte en Syrie pour renverser le gouvernement de Bachar Al-Assad, qui a donné de l'erre à l'État islamique, dont le radicalisme atteint des sommets jamais égalés. Al-Qaida, c'est de la petite bière à côté de ça. Les troupes de l'État islamique ont avancé rapidement et sûrement vers l'Irak, pour imposer leur lecture du Coran et établir un califat, but ultime de l'opération.

Ça donne des musulmans qui massacrent des musulmans. Et l'Occident qui essaye de les arrêter.

Pas de début, pas de fin donc. Il n'y aura personne qui lèvera le drapeau blanc à un moment donné, pas d'armistice, pas de conférence de Yalta.

En fait, ce n'est pas une seule et unique guerre, c'est un amalgame d'attaques, d'attentats, qui, mis bout à bout, ont toutes les allures d'une guerre, sauf que, d'un côté, il n'y a pas d'état-major, pas de vraie armée avec des casques. C'est d'ailleurs pour ça que, quand un gamin tue un militaire occidental, il n'est pas considéré comme un enfant-soldat.

Il n'y a pas de règles non plus. Dans les guerres d'avant, on ne tirait pas sur les travailleurs humanitaires.

Là, on leur coupe la tête.

La seule chose qui fait que c'est une guerre, en fait, c'est que des deux côtés, c'est eux contre nous. Une vision manichéenne du monde.

«Alors, Maman, tu me réponds?»

Bon, puisqu'il le faut. Le monsieur qui est entré dans le parlement était un gentil avant, il est devenu méchant parce qu'il avait beaucoup de colère. Il s'est fait de mauvais amis, qui lui ont mis de mauvaises idées dans la tête.

Je vais attendre encore quelques années avant de lui parler du djihad par l'épée, de l'endoctrinement des esprits perméables et de la mince ligne entre le fantasme et l'acte. Le monde est déjà assez fou comme ça.

J'ai fermé la radio, je suis passée en mode CD. Dans le lecteur, l'album de Passe-Partout, à la 23e chanson. C'est Pruneau qui chante :

«Si j'étais le chef du pays/Plus de bing bang bang/Je dirais au monde/On enlève les bombes/On brise les fusils/Y a plus de guerre ici/Plus de bing, plus de bang/Plus de bing bang bang.»

Ça fait du bien d'imaginer ça, ne serait-ce que le temps d'une chansonnette.

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