L'art de nourrir le cynisme

L'ex chef de police de Levis, Jean-Francois Roy... (Le Soleil, Yan Doublet)

Agrandir

L'ex chef de police de Levis, Jean-Francois Roy

Le Soleil, Yan Doublet

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(Québec) L'image de la police de Lévis avait souffert de l'arrestation de son chef Jean-François Roy pour conduite avec facultés affaiblies à l'automne 2010.

L'abandon des procédures, quatre ans plus tard, pour cause de délais déraisonnables vient amplifier le malaise.

Le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) a confirmé jeudi qu'il ne fera pas appel de la décision ordonnant l'arrêt des procédures.

Son porte-parole Me Jean Pascal Boucher estime ne devoir aucune explication à personne sur ce qui a conduit à la décision du tribunal.

Il résulte de tout ça une détestable perception que justice n'est pas rendue de la même façon pour tout le monde.

Le maire de Lévis, Gilles Lehouiller, avait bien raison de dire que l'échec de la poursuite contre l'ex-chef de police envoie un «mauvais message à la population».

«Le citoyen ordinaire qui aurait été devant cette situation n'aurait jamais eu les moyens d'aller chercher ces éléments-là», croit-il.

M. Roy n'est pas le premier à obtenir un arrêt des procédures à cause des délais trop longs.

La différence est que ces délais ne sont pas attribuables à un malheureux concours de circonstances.

La juge Johanne Roy de la Cour du Québec impute à la couronne la responsabilité de 34 des 48 mois de délais : manque de disponibilité, remises à répétition, résistance à ne pas transmettre à la défense des informations sur la preuve, dont le fait que la technicienne de l'alcootest avait échoué peu après à un test de qualification.

On pourrait toujours débattre du partage exact des responsabilités. La défense a le plus souvent été consentante ou silencieuse chaque fois que s'ajoutait un nouveau délai.

La juge Roy a estimé ici qu'après quatre ans, le droit de M. Roy à un procès équitable était compromis.

Il n'y a pas de règles absolues sur ce qu'est un délai raisonnable pour tenir un procès. La juge évoque 8 à 10 mois pour une procédure sommaire, mais les tribunaux l'évaluent au cas par cas.

Cela dépend du temps écoulé, des raisons des délais, du consentement (ou pas) des parties, des préjudices subis, etc.

Au-delà des questions de droit, le fait d'abandonner les poursuites contre un ex-chef de police n'a pas le même impact public que contre un citoyen ordinaire.

Il y a une forte sensibilité sociale lorsque la conduite d'un policier est en cause et il suffit de peu pour nourrir le cynisme. Bien qu'elle ait ordonné l'arrêt des procédures, la juge Roy convient qu'il est dans l'intérêt de la société «que les accusations soient jugées au fond». Raison de plus s'il s'agit d'un haut gradé de police, aurait-elle pu ajouter.

La même vigilance devrait guider tous les acteurs dont le rôle public ou politique est associé à la justice.

On ne demande pas de les traiter plus sévèrement, mais de ne pas «échapper» un procès sans même avoir pu exposer ses preuves. La crédibilité du système en dépend.

***

Toujours pas d'informations officielles sur l'enquête de la Sûreté du Québec (SQ) sur la mort d'un cycliste frappé par une voiture de police dans Saint-Roch le mois dernier.

Ça n'a pas empêché le chef de police de Québec, Michel Desgagné, d'avoir déjà tiré ses conclusions : «C'est un accident et on le déplore. Si ça avait été un citoyen qui avait été en cause, c'est ce que tout le monde aurait dit.»

M. Desgagné se trompe. Tout le monde n'aurait pas conclu si vite à un accident. Pas avant de savoir pourquoi la voiture a reculé brusquement dans un sens unique voisin d'une place publique fréquentée. Que la personne au volant ait été un policier ou un citoyen ordinaire ne change pas les questions.

Quelle urgence y avait-il à reculer à toute vitesse dans un sens unique à côté d'une place publique très fréquentée? Le conducteur n'a-t-il pas en le faisant commis une grave imprudence? Voilà ce que tout le monde se serait demandé et se demande encore.

Le chef Desgagné connaissait-il déjà les résultats de la SQ au moment de sa déclaration? Ou a-t-il conclu à partir de la seule version de ses policiers?

Dans l'un ou l'autre cas, cela crée un malaise. Une désagréable impression que lorsque la police est en cause et que la police enquête sur la police, il y a des ficelles qui se tirent en coulisses.

Et comme si ça ne suffisait pas, le policier impliqué dans la mort du cycliste a été promu enquêteur sans même attendre les résultats de l'enquête. Ça s'appelle nourrir le cynisme.

Partager

À lire aussi

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer