Peureux, nous?

Le Canada a bien pu tenir un discours... (La Presse, André Pichette)

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Le Canada a bien pu tenir un discours ferme à l'égard des attaques de mercredi, la sécurité autour du parlement a été remise en question à maintes reprises.

La Presse, André Pichette

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(Québec) Pour faire bonne figure, après la fusillade au parlement d'Ottawa, il est conseillé de montrer les muscles. De répéter que les terroristes ne nous font pas peur. Ensuite il faut ajouter, la main sur le coeur, que «le Canada ne se laissera pas intimider».

Au fond, il importe peu qu'en dehors des condoléances adressées aux familles des victimes, ce discours de petit dur sonne totalement faux.

Vous croyez que j'exagère? Prenez le temps de noter les phrases creuses comme «Le Canada ne sera plus jamais le même». Sans oublier «Le Canada a perdu son innocence». À moins que vous ne préfériez ce classique indémodable, répété en boucle par toutes les grands-mamans Harper de la Terre : «Nous devrons apprendre à vivre avec la peur.»

Si c'est cela, refuser d'avoir peur des terroristes, imaginez le jour où nous allons nous transformer en troupeau de pintades affolées.

Au passage, on pourrait dresser une liste des traditions dont on prédit déjà la fin, pour cause de menace terroriste. L'image principalement humanitaire du Canada à l'étranger? Oubliez ça. Le contact entre les électeurs et les politiciens? Le danger croît désormais avec l'usage.

Bon joueur, je n'insiste pas sur la fin annoncée des bains de foule pour les politiciens.

Ne dit-on pas qu'un électeur a autant besoin de la poignée de main d'un politicien qu'un sous-marin a besoin d'une porte-patio dans sa cale? 

Pour impressionner la galerie, il est conseillé de jurer que le Canada ne renoncera jamais à ses valeurs fondamentales. Quitte à rajouter du même souffle que notre démocratie était «engourdie», trop confiante», voire «inutilement permissive» par rapport à la menace terroriste. 

Le plus souvent, on se garde bien de rappeler que dans cette démocratie jugée «trop molle», le budget du Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) a tout de même bondi de 179 à 540 millions $, entre 2001 et 2012. Une augmentation de plus de 200 %! (1)

Peu importe. À la fin, il apparaît légitime de conclure avec un cliché usé jusqu'à la moelle. Du genre : «Les tragiques événements de cette semaine nous démontrent que le Canada n'est pas immunisé contre le terrorisme.»

Quoi? Parce que vous connaissiez beaucoup de gens qui croyaient le Canada à l'abri d'un attentat? Je veux dire, en dehors de quelques analystes conservés dans le formol, sur la colline parlementaire, à Ottawa? 

Apparemment, ceux-là avaient déjà oublié qu'en juin dernier, un tireur a abattu trois policiers de la GRC à Moncton? La ville a même été verrouillée pendant 48 heures.

Mais il est vrai que le tueur voulait en découdre avec la police et les autorités. Il ne s'était pas converti à l'islam. Alors on l'a vite rangé dans la catégorie des tireurs fous.

Même chose pour le suspect de la fusillade meurtrière survenue dans les coulisses du Métropolis, alors que Pauline Marois fêtait sa victoire, en septembre 2012. Monsieur n'était pas relié au groupe armé État islamique. À l'époque, des mots comme «loup solitaire» et «radicalisation» n'avaient pas colonisé toutes les analyses sur le terrorisme, tel le ketchup dans la nourriture de casse-croûte. 

Qui sait? Peut-être que ça ne comptait pas comme du vrai terrorisme, qui doit faire vraiment peur?

***

Pour éviter de passer pour une mauviette, il convient de répéter que nous ne céderons pas à la panique. 

Comme toujours, nous oublierons vite la confusion qui a régné à Ottawa, durant la journée de mercredi. Ou que la sécurité autour du parlement avait été maintes fois remise en question. Avec le temps, on ne s'étonnera même plus que les autorités aient mis presque 24 heures avant de confirmer qu'il n'y avait qu'un seul tireur.

Sans compter que l'affolement a traversé les frontières. La palme revient à un éditorialiste français qui a parlé d'une série d'attentats «minutieusement planifiés», dans la capitale canadienne. La prochaine fois, on lui suggère cet avertissement du musicien Erik Satie : «Bien que nos renseignements soient faux, nous ne les garantissons pas.»

Que voulez-vous, tout le monde n'affiche pas l'assurance du premier ministre Harper, qui a parfois semblé plus pressé d'annoncer un grand complot terroriste que les policiers eux-mêmes. 

- Au fait, quand est-ce que M. Harper va augmenter le niveau d'alerte antiterroriste de moyen à élevé? demandent les cyniques.

- Réponse : quand les intentions de vote en faveur du Parti conservateur descendront en dessous de 30 %.

(1) Alec Castonguay, Les dépenses du SCRS explosent, lactualite.com

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