L'automne des peurs

Des policiers de la Ville d'Ottawa évacuant de... (Photo Le Droit, Étienne Ranger)

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Des policiers de la Ville d'Ottawa évacuant de jeunes familles au centre-ville de la capitale fédérale.

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(Québec) Difficile encore de trouver un sens ou une explication à la fusillade d'Ottawa. Ou à celle de lundi à Saint-Jean-sur-Richelieu.

Dans la frénésie du moment, on avance à tâtons au hasard des informations qui jaillissent, jamais sûrs de rien, contraints à spéculer à défaut de savoir.

La confusion des faits entraîne celle des mots. A-t-on affaire à des illuminés ou des terroristes? À des criminels ou des déséquilibrés? À des kamikazes ou des loups solitaires?

On se met à chercher un sens au calendrier. Pourquoi ce jour-là? Est-ce parce que tous les députés sont au parlement le mercredi ou parce que ce mercredi est venu au lendemain d'un lundi meurtrier, comme une réplique au séisme initial?

Ce qui me frappe dans l'actualité de cet automne, c'est la trajectoire de la peur. Celle du terrorisme et celle du virus.

Combien ces peurs se ressemblent par leur façon de se répandre, par les questions qu'elles soulèvent, leurs conséquences et les actions qu'elles commandent.

C'est parti d'un jeu de mots facile échappé autour de la table avec des amis il y a quelques jours. Peut-être l'avez-vous fait aussi : Hezbollah, Ebola. Au-delà du jeu de mots, un fil conducteur.

Deux menaces sourdes, un peu théoriques parce que lointaines. Le terrorisme de la mouvance islamique était pour le Moyen-Orient et l'Asie, pour l'Europe et, depuis le 11 septembre, pour les États-Unis. Difficilement pour le Canada.

Le virus Ebola était pour l'Afrique et l'Europe. Accidentellement pour les États-Unis, et encore.

On a fini par comprendre que ça arrivera ici aussi. Que les virus de l'Ebola et du terrorisme voyagent et peuvent surgir à tout moment. Si ce n'était pas mercredi à Ottawa ou à Saint-Jean, ce sera demain.

On a aussi compris que malgré toutes les vigilances, il restera toujours un risque.

Martin Couture-Rouleau était suivi par la GRC qui l'avait arrêté l'été dernier et lui avait retiré son passeport. Ses proches savaient qu'il s'était radicalisé et pouvait être une menace. Ce ne fut pas suffisant.

L'hôpital de Dallas où est décédé un patient atteint de l'Ebola était bien équipé et connaissait le danger. Malgré les précautions, deux infirmières ont été infectées.

Lorsque le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, affirme que les hôpitaux du Québec sont prêts pour l'Ebola, on comprend ce que ça veut dire.

Et tout ce que ça ne dit pas sur le risque de failles dans les protocoles et sur la possibilité (probabilité) qu'une personne infectée ne se présente pas à l'hôpital. Ou pas assez vite.

Jusqu'où faut-il mobiliser les ressources publiques pour contrer la menace et la peur? Et à quel prix pour nos libertés?

C'est le grand dilemme de tout débat sur la sécurité. Il ne peut y avoir de liberté sans sécurité, mais trop de sécurité brime les libertés.

L'engagement militaire du Canada contre des groupes terroristes en Asie expose sans doute le pays à une menace accrue. Mais il y a aussi un risque à ne rien faire et à laisser prospérer un terrorisme qui finira par nous rejoindre.

****

J'étais jeune journaliste lors de la fusillade au parlement de Québec. La différence avec celle de mercredi? L'uniforme militaire, pas au même bout du fusil.

En 1984, c'est le tireur qui était en uniforme; mercredi à Ottawa, c'était la cible.

****

Les militaires de la région ont reçu la directive de ne plus porter l'uniforme à l'extérieur des bases militaires pour éviter d'être pris pour cibles.

La police de Québec a emboîté le pas et demandé à ses policiers de ne plus porter de pantalons de camouflage de l'armée, les invitant plutôt à porter le jean.

Une question comme ça : pourquoi ne pas leur avoir suggéré tout simplement de porter leur uniforme?

Ça ferait d'une pierre deux coups. Réduire le risque d'être pris pour cible et montrer du respect pour l'image et leur fonction de policier.

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