Frappeur désigné

Bien qu'il trouve les Québécois ouverts d'esprit, s'il... (Photothèque Le Soleil, Yan Doublet)

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Bien qu'il trouve les Québécois ouverts d'esprit, s'il avait à choisir, Yunieski Gurriel resterait à Cuba.

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(Québec) Yunieski Gurriel a deux frères, Yulieski et Yunielki. Répétez les trois rapidement, c'est un excellent exercice de diction.

Yunieski est l'enfant du milieu, Woody Allen a beaucoup écrit là-dessus, ce n'était pas ça dont je voulais parler. On a parlé de Cuba. Yunieski est débarqué à Québec cet été pour jouer au baseball avec les Capitales, il est reparti pour La Havane, juste à temps pour sa 15e saison dans la «Serie Nacional de Béisbol».

Si tout va bien, il reviendra à Québec l'été prochain.

Ça a l'air niaiseux comme ça, mais c'est le deuxième joueur que Cuba prête avec les compliments de la maison. Le premier, c'est le grand frère Yulieski, qui va jouer au Japon. Pour 1,8 million $.

Yunielki joue à Cuba avec papa, une légende du baseball chez lui.

Ça a pris cinq ans de négociation entre les Capitales, une association canadienne et une association cubaine pour sceller cette entente, impensable il y a quelques années seulement. Yunieski est content, il peut vivre le rêve de bien des Cubains et revenir passer l'hiver au chaud chez lui.

Il sait qu'il a de la chance, que les autres Cubains qui jouent ailleurs ont dû faire défection. Ils sont nombreux, je vous en nomme quelques-uns pris au hasard, Yoenis Céspedes et Yasiel Puig. «Eux aussi, ils veulent atteindre leurs rêves», a constaté Yunieski, durant une entrevue cet été avec le collègue Maurice Dumas.

C'est ce qu'il m'a dit aussi. «C'était un rêve de venir ici.»

Pourquoi? Il n'a pas voulu me dire pourquoi, il ne voudrait pas avoir l'air de se plaindre de Cuba.

Je lui ai demandé ce qu'il a le plus aimé à Québec, les filles, les bars, les restos ou le Dollarama, j'ai voulu savoir aussi s'il nous trouvait obsédés par la consommation. J'ai essayé de tourner la question dans tous les sens, juste pour savoir ce qu'il trouvait ici qu'il ne trouvait pas là-bas. Et vice-versa.

Échec et mat. Il m'a parlé du sens de la famille et de la solidarité des Cubains, de l'ouverture d'esprit des Québécois.

S'il avait à choisir, il resterait à Cuba.

Je suis allée quatre ou cinq fois au pays de Fidel, j'y retourne cet hiver d'ailleurs. Comme chaque fois, je logerai chez les Cubains, je prendrai des taxis conduits par des neurochirurgiens. J'irai peut-être voir un match de balle des Gurriel, tant qu'à y être. J'aimerais visiter leur maison, voir si elle est pareille aux autres. Ou plus grande. De mauvaises langues prétendent que les frères ont pu sortir du pays à cause de leurs liens avec le régime.

Yunieski jure que non, je lui ai posé la question cinq fois.

Il ne pourrait pas dire oui, même si c'était vrai, ce n'est pas tellement important au fond. Yunieski et Yulieski, peu importe ce qui est en trame de fond, ont fait une brèche, une petite lézarde dans une dictature anachronique, aussi hermétique que la capsule Soyouz. Ils ont défriché le chemin.

Yunieski est convaincu que d'autres pourront faire comme lui dans les années à venir, pouvoir vivre leur rêve américain assis dans un avion, plutôt que sur un bateau de fortune, entassés comme des sardines, escortés par les requins.

Ils pourront revenir aussi, si la réalité rattrape leur rêve.

Cuba a changé, depuis que Raul a remplacé Fidel? «C'est le même régime, avec la même philosophie, mais il y a plus d'ouverture.» Depuis un an, les Cubains peuvent être propriétaires de leur terrain, s'acheter une voiture, se brancher, sous certaines conditions, à Internet. Ils peuvent consommer.

C'est une grosse partie de leur rêve américain.

L'autre partie, c'est la liberté. Et c'est là que Yunieski et Yulieski entrent en jeu. Encore aujourd'hui, aucun Cubain ne peut sortir du pays sans avoir une invitation officielle venant d'un autre pays, sans garantir qu'il reviendra.

Cela ne réglera pas demain matin les problèmes à l'interne. L'article 53 de la Constitution cubaine stipule que la presse doit être contrôlée par l'État, comme la justice d'ailleurs et l'écrasante majorité des libertés individuelles. Le régime reste extrêmement chatouilleux à la critique, n'hésite pas à mettre les grandes gueules derrière les verrous.

Sans compter le rationnement de la nourriture.

Quand je regarde Cuba aujourd'hui, je vois une marmite d'eau tout juste sur le point de bouillir. Si on est attentif, on voit de petites bulles partir du fond, venir éclater à la surface. Les frères Gurriel sont deux petites bulles.

Tôt ou tard, le couvercle ne tiendra plus sur la marmite.

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