Palmarès des municipalités: moins cher ne veut pas dire meilleur

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(Québec) Le classement des HEC sur la gestion municipale soulève davantage de questions qu'il n'apporte de réponses. C'est ce qui en est l'intérêt d'ailleurs.

Un des moyens d'améliorer la gestion est de colliger des faits, de les comparer et de poser des questions sur les écarts.

Pourquoi le déneigement coûte-t-il plus cher dans sa ville que chez la voisine? Pourquoi sa facture augmente-t-elle plus vite que dans d'autres villes de même taille?

Pourquoi l'entretien d'un kilomètre de rue coûte-t-il trois fois moins cher à Lévis que sur la Rive-Nord? Pourquoi deux fois plus de cadres qu'une voisine pour livrer un même service? Etc.

Les écarts peuvent s'expliquer par des erreurs méthodologiques ou de transmission de données. Mais à n'en pas douter, les 750 000 constats de HEC Montréal offrent une matière abondante aux administrations soucieuses d'améliorer leur performance.

Les comparaisons statistiques aident à déceler des problèmes ou anomalies; poussent à la créativité ou, simplement, aident à mieux mesurer l'impact de ses choix politiques.

Comparer les coûts de revient n'a rien en soi de très révolutionnaire. Le problème est que les villes n'en ont pas l'habitude. Le plus souvent, elles ignorent le coût unitaire des services qu'elles offrent. Difficile alors de comparer. Des villes comme Québec travaillent cependant dans cette direction.

Un des modèles dont on a beaucoup parlé il y a quelques années est celui de Baltimore. Son système «CitiStat» collige des données sur les services (coûts, pourcentages, délais, etc.), données qui sont analysées et transmises aux élus.

Périodiquement, les chefs de service comparaissent devant les élus (en public) pour répondre aux questions sur les chiffres et sur leurs performances.

Le décorum évoque celui d'une inquisition ou d'un tribunal, mais il y a moyen de rendre les choses plus conviviales.

C'est ce que fait Québec avec ses comités pléniers thématiques où des chefs de service, responsables de projets ou partenaires privés viennent répondre aux questions des élus.

Cela n'est pas très systématique ni confrontant, mais on y retrouve l'idée de la reddition de compte.

Je verrais bien que les chiffres de HEC servent à un exercice similaire dans les municipalités, soit à l'interne, ou mieux encore, en public.

Les grandes villes ont davantage à y gagner que les petites car elles coûtent plus cher, rappelle l'étude de HEC.

Plus personne ne s'en étonne. S'il fut une époque où des citoyens ont cru aux économies d'échelle, ils ont depuis déchanté.

Bien qu'il soit utile, le palmarès de HEC a ses limites.

Il ne rend pas compte des réalités climatiques, géographiques et historiques des villes.

Entretenir un kilomètre de rue étroite dans le Vieux-Québec coûtera toujours plus cher que dans un champ en banlieue; déglacer une côte abrupte sous un climat rigoureux, plus cher qu'un faux plat dans la douceur de l'Estrie.

Pour comparer correctement les performances de gestion, il faudrait pouvoir isoler toutes les particularités locales, ce qui est pratiquement impossible.

L'autre grande limite du palmarès de HEC est de ne pas mesurer la qualité des services offerts ni la satisfaction des citoyens.

Le classement de HEC convient parfaitement pour des coûts «neutres» comme la production d'eau potable ou le traitement des eaux usées. La ville qui produit au meilleur coût obtient la meilleure note. Il n'y a pas de débat possible.

Il en va autrement des services qui résultent de choix sociaux et politiques : culture, loisirs, police, déneigement, recyclage, etc.

Dépenser moins ne veut pas dire ici être meilleure.

Une ville peut choisir de payer plus pour de meilleurs services si cela rend ses citoyens heureux ou améliore l'environnement.

À moins d'avoir pour religion que toute dépense publique est nécessairement mauvaise, le coût ne devrait pas être le seul critère d'analyse.

Ne pas mesurer la qualité des services et la satisfaction des citoyens peut conduire à de mauvaises conclusions et à un mauvais classement.

Les chiffres de HEC sont utiles. Mais c'est un point de départ pour réfléchir et poser des questions. Pas un jugement final sur la performance des villes.

Le sort des villes défusionnées

La nouvelle recherche de HEC relance la réflexion sur l'avenir de L'Ancienne-Lorette et de Saint-Augustin. 

Les données recueillies suggèrent que depuis la défusion, celles-ci sont devenues parmi les plus «coûteuses» au Québec, toutes tailles confondues. 

Parmi les villes de 10 000 à 25 000 de population, L'Ancienne-Lorette se classe 50e sur 52 et Saint-Augustin, 51e.

Pour l'année de référence 2012, le coût des services à -L'Ancienne-Lorette pointait à 158 % de la moyenne des villes de même taille et pour Saint-Augustin, à 208 %.

Les maires Émile Loranger et Marcel Corriveau y verront la preuve que leurs villes sont étouffées par une facture d'agglomération très élevée. C'est possible.

Il faut cependant apporter des nuances. Une première, méthodologique; une seconde, politique.

1- Dans les documents transmis au gouvernement, Saint-Augustin et L'Ancienne-Lorette ont placé la facture d'agglomération dans la rubrique des «coûts de gestion», plutôt que de la ventiler par service (police, incendie, etc.).

Il en résulte une distorsion qui les fait paraître plus «coûteuses» qu'elles ne le sont en réalité. Un choix différent ferait peut-être remonter les deux villes dans le classement.

2- Avant de partir en guerre contre l'agglomération et le gouvernement, les maires Loranger et Corriveau auront intérêt à regarder aussi les indicateurs des dépenses locales.

Pour plusieurs services (culture, loisirs, entretien du réseau d'égout, recyclage, déneigement, voirie), on retrouve à L'Ancienne-Lorette ou à Saint-Augustin (parfois les deux) des coûts plus élevés en proportion qu'à Québec.

Si les villes défusionnées étouffent financièrement, c'est peut-être à cause de la facture d'agglomération, mais cela tient aussi à des choix politiques locaux.

=> Carte interactive du palmarès des municipalités

Dix chiffres à célébrer ou à questionner

1. Le coût d'entretien moyen d'un kilomètre de voirie semble trois fois moins élevé à Lévis (8175 $) qu'à Québec, Saint-Augustin ou L'Ancienne-Lorette. Comment ça s'explique?

2. Pour un service de cueillette privée équivalent, Québec et Lévis paient deux fois plus cher par habitant (plus de 80 $) que L'Ancienne-Lorette et Saint-Augustin. Les grosses villes devraient-elles fractionner leur territoire pour avoir de meilleurs prix?

3. Québec a la facture de cueillette des ordures la plus élevée des 10 grandes villes du Québec; sa facture en 2012 a grimpé 5 fois plus (+ 12,8 %) que la moyenne des autres grandes villes (+2,5 %). Même question qu'au point précédent.

4. Québec est la meilleure des 10 grandes villes du Québec pour les coûts de traitement des eaux usées. On se croise les doigts pour que ça dure.

5. Saint-Augustin (299 $) et L'Ancienne-Lorette (287 $) dépensent davantage par habitant que Québec (278 $) pour la culture et les loisirs. Lévis suit loin derrière à 214 $. Voilà qui ébranle les perceptions.

6. Lévis (157 $) affiche le plus faible coût de gestion par habitant de toutes les grandes villes du Québec. Québec est 8e sur 10 (283 $/hab.). Qu'est-ce que Lévis fait mieux que les autres?

7. Québec consacre 25 % de plus par habitant (224 $) pour sa police que Lévis (179 $). Est-ce que Québec dépense trop ou Lévis pas assez?

8. Lévis, qui est au total la deuxième moins «coûteuse» des grandes villes au Québec, «chute» au 8e rang pour la facture de déneigement. Est-ce à cause du climat, du niveau de service élevé ou de coûts d'opération élevés?

9. L'Ancienne-Lorette (11 016 $) paie plus cher au kilomètre que Québec (8081 $) pour l'entretien de ses égouts. Est-ce le résultat de plusieurs années de sous-investissement dans ses infrastructures?

10. L'Ancienne-Lorette (14 096 $) paie sensiblement plus cher que Québec (10 819 $), Saint-Augustin (9999 $) et Lévis (8876 $) pour le déneigement par kilomètre. Pourquoi?

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