Tracer la ligne

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Notre chroniqueuse a reçu plus de 250 lettres de lecteurs à la suite de sachronique de dimanche portant sur des enfants qui se sont fait avertir par la police parce qu'ils jouaient au hockey dans ce rond-point du quartier Les Saules.

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(Québec) L'auto-patrouille s'est approchée doucement, le policier en est descendu, s'est approché gentiment des enfants qui jouaient au hockey dans le cul-de-sac.

- Il vous reste un bâton?

- Oui...

Le policier a effectué une couple de passes, déjoué quelques gamins, compté un but. Il est reparti comme il était arrivé, les a salués. Il ne leur a pas dit qu'il était venu parce qu'un voisin avait composé le 9-1-1 pour porter plainte.

Ça s'est passé à Laval, il y a quelques années.

Ce policier m'a écrit après avoir lu ma chronique de dimanche, je racontais une scène semblable qui s'est déroulée fin septembre dans un rond-point du quartier Les Saules. À la différence que les enfants se sont fait avertir de ne plus jouer dans leur rue, règlement municipal oblige. Ils ne jouent plus.

Ce policier de Laval et son partenaire ont remis ça l'été suivant, les jeunes jouaient au basket. Ils n'ont pas réussi de panier.

«On ne se détache pas de nos valeurs lors de nos interventions. Selon moi, c'est ce qui différencie une police d'un robot. Et au pire des pires, le chialeur qui se plaint des enfants qui ne font rien de mal, il nous convoquera en déontologie. Et si je me fais punir avec un jour ou deux de suspension, pour avoir écouté mes valeurs, tant pis! Je vais les prendre entre Noël et le jour de l'An!»

Ce policier ne juge pas sa collègue de Québec.

Un autre lecteur m'a écrit, vous avez été 250 à le faire, pour me dire que s'il s'était assis tranquillement dans le rond-point en enfilant quelques bières dans la quiétude la plus totale, «un parent aurait sûrement porté plainte».

Il aurait pu.

Une lectrice m'a raconté qu'un «voisin grognon» a composé le 9-1-1 parce qu'elle s'amusait avec sa petite-fille de 15 mois dans la piscine de leur immeuble de condos, avec une couche conçue pour la baignade. Une citation de Camus à la toute fin de son message : «Il n'y a pas de honte à choisir le bonheur.»

Une autre lectrice, propriétaire d'un duplex, un jeune couple de comptables en haut, une petite famille en bas. Une fillette de neuf ans qui jouait de la musique 45 minutes, trois fois par semaine, à l'heure du souper. La propriétaire a reçu un beau tableau chiffré, le couple réclamait 30 % du loyer pour perte de jouissance des lieux. La propriétaire leur a suggéré d'appelerla police.

Ils ont déménagé.

Chaque fois, une personne a estimé que la liberté des autres, des enfants, empiétait sur la sienne.

La majorité des messages que j'ai reçus disait ceci : madame, c'est simple, il suffit de tracer une ligne entre le droit des enfants de faire du bruit et le droit à la tranquillité des autres. Ce n'est pas si simple. Plus il y a de tranquillité, moins il faut de bruit pour la troubler. Un peu comme le sang des phoques sur la banquise immaculée, qui détonne plus que celui du sanglier qui dégouline dans un abattoir.

Au hockey, sur une vraie patinoire, les lignes sont claires. D'un côté le but est bon, de l'autre, non. En cas de doute, il y a la reprise vidéo.

Dans la rue, il n'y a pas de ligne.

Dans la rue, il y a des voisins qui ont chacun leur idée de l'endroit où elle devrait être tirée. Qui se disent que l'autre ambitionne, qu'il pousse un peu trop, que sa liberté doit s'arrêter où la leur commence.

À Hamilton en 2002, un père l'a appris à ses dépens quand une voisine l'a traîné en cour parce que son garçon de 10 ans jouait au football devant la maison de la dame. Elle ne se plaignait pas des décibels, mais des balles et des ballons qui atterrissaient dans sa rocaille et sur son auto.

L'affaire a fait grand bruit.

C'est un lecteur, dont je salue l'excellente mémoire, qui m'a rappelé l'histoire. Le juge a débouté la plaignante, par manque de preuves, il n'a pas tranché sur le fond. Le père plaidait que jouer dans la rue était une tradition intouchable, la voisine défendait le droit de ses bégonias de pousser tranquilles.

Une mère m'a écrit, son fils n'a jamais dérangé un voisin. «J'aurais tant aimé l'entendre rire, le voir courir. J'aurais tant aimé préparer des collations pour ses copains, pour les voisins du coin de la rue qui l'auraient invité à jouer au hockey dans la rue, au basket. Malheureusement, ses multiples handicaps l'ont gardé en silence, derrière la fenêtre...»

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