Dans le tablier de Madame Charlotte

Les nouveaux propriétaires de Chez Mde Charlotte, Sarah... (Le Soleil, Yan Doublet)

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Les nouveaux propriétaires de Chez Mde Charlotte, Sarah Magnan et Jean-Thomas Grantham, prennent la relève de Charlotte Morel (à droite) au restaurant de la 1re Avenue, dans Limoilou.

Le Soleil, Yan Doublet

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(Québec) Elle est drôle, la vie, parfois, parlez-en à Sarah Magnan et à Jean-Thomas Grantham. Jean-Thomas aimait bien Sarah, il l'a invitée au restaurant de Madame Charlotte sur la 1re Avenue. «Je suis tombée en amour... avec le resto.»

Elle est tombée amoureuse de Jean-Thomas, pas longtemps après.

Et là, ils viennent d'acheter, en amoureux, le restaurant où ils se sont séduits. Ils sont officiellement propriétaires de Chez Mde Charlotte depuis mercredi, juste à temps pour fêter les huit ans de la boîte, aujourd'hui même.

Le 3 octobre 2006, à 52 ans, Charlotte Morel ouvrait ce petit restaurant qui ne ressemble à aucun autre, sur la 1re Avenue, en marge des artères à la mode. Personne n'y croyait, surtout pas sa mère. Charlotte leur a prouvé qu'elle pouvait gagner sa croûte avec son ragoût de boulettes et sa tarte au sucre.

Sarah et Jean-Thomas ne changeront pas les recettes. Ni la déco, faite de mille et un cossins glanés dans les brocantes. Ils aiment tout du resto, ils savent que les clients y ont leurs habitudes. «Les gens ont des dépendances aux plats, il y en a que c'est le hachis, d'autres la lasagne.»

Les Anglais ont une expression pour ça, je la traduis librement : «Quand ce n'est pas brisé, ne répare pas.»

Le portrait de René Lévesque restera à sa place, accroché à un mur qu'on ne remarque que du fond de la salle à manger. La photo est officielle, en noir et blanc, Ti-Poil est en complet cravate. Quand ils se sont connus, Sarah et Jean-Thomas travaillaient chacun dans un cabinet péquiste.

Ils étaient au chômage forcé depuis les dernières élections, se demandaient ce qu'ils allaient faire de leurs 10 doigts. Et puis, boum, le 22 août, j'ai écrit l'histoire de Charlotte, que son corps lui faisait faux bond, qu'elle devait passer son tablier. «On est venus dîner ce jour-là, on s'est mis à réfléchir. Et à rêver.»

Sarah adore faire à manger, elle le faisait déjà pour sa famille, pour ses amis. «Ma grand-mère est italienne, ça fait partie de moi, cette tradition des bons repas, de la cuisine. Chez nous, à Noël, on ne mangeait pas de la dinde, on faisait des pâtes tout le monde ensemble, c'était très convivial.»

Sarah aimerait bien ajouter un plat de pâtes à l'ardoise.

Jean-Thomas, lui, a travaillé huit ans dans la restauration, il a fait tous les boulots, jusqu'à la gestion. Il sait dans quoi il s'embarque.

Je suis allée les rencontrer mardi matin, Charlotte était là, c'était sa dernière journée officielle. Elle reviendra à l'occasion, pour sentir l'odeur de sa sauce à spaghetti, pour goûter la tarte au sucre. «Elle est notre mentore, notre cliente chouchou!» Déjà, depuis le 25 août, Sarah a travaillé tous les midis, pour aider Charlotte, pour apprendre ses recettes surtout. Pour s'imprégner de l'âme de la place.

Ils vont mettre leur grain de sel, quand même. «On va prolonger les soupers un peu, éventuellement ajouter l'alcool.» Ils aimeraient faire de bons déjeuners le dimanche, des pâtes fraîches un jour.

À travers ça, ils aimeraient avoir un enfant.

Là, ils sont juste contents. Ils ont hâte de servir leurs clients, ceux que Charlotte a rendus dépendants à sa boustifaille, ils veulent aussi «aller en chercher de nouveaux, des jeunes, des familles».

Charlotte, elle, déménage ses pénates à la campagne, sur le bord du Saint-Laurent, pas très loin de Saint-Jean-Port-Joli, où, un moment donné, elle se trouvera un boulot. «Je vais pouvoir enfin prendre de l'air. Toutes ces années, je me suis occupée des autres. Là, il faut que je m'occupe de moi.»

Le médecin le lui a ordonné.

Sa gorge se serre quand elle dit ça, ses yeux se remplissent d'eau. Elle n'a pas l'habitude, la Charlotte, de penser à elle. Elle qui a été couturière et nettoyeuse de tapis, qui a élevé sa fille toute seule. Elle qui n'a jamais rien demandé, ni dû, à personne.

Elle se pousse doucement. «Je vais sortir d'ici la tête haute, pas les pieds devant. Je vais sortir tranquillement, par la porte d'en arrière.»

Celle qui donne sur la cuisine.

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