Librairie à donner, la suite

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Steeve Veilleux (à gauche) n'est pas seul dans l'aventure, il s'est allié un vieux chum, Alexandre Prieur, et sa blonde, Cassy Giguère, qui viennent d'arriver du Yukon.

Le Soleil, Yan Doublet

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(Québec) Steeve Veilleux habite depuis quatre ans près de l'avenue Maguire. Il vient de lâcher sa job pour devenir libraire.

Sa librairie, c'est L'Ancre des mots, que Gaëtan Genest lui donne, avec les 50 000 bouquins qui viennent avec. Après 27 ans à exploiter son petit commerce, Gaëtan n'arrivait plus à joindre les deux bouts. Il a essayé de vendre sa librairie, a décidé de la donner. J'ai raconté son histoire le mois dernier.

Steeve, comme bien du monde, a été touché par ce curieux libraire, à la fois désabusé et serein. Depuis qu'il habite le quartier, il achetait un livre de temps en temps, voyait bien que le bonhomme assis au fond du local bâillait d'ennui.

«Je suis allé le voir, il me connaissait. Je lui ai parlé, lui ai expliqué ce que je voulais faire. Je pense qu'il s'est revu au début, quand il a acheté sa librairie, à 34 ans, avec de l'énergie et des projets.» Steeve a 32 ans, de l'énergie et des projets. Mais, contrairement à Gaëtan en 1986, il n'a pas de famille à faire vivre.

Je suis allée le voir à la librairie, mardi passé, il avait classé une tablette. Une seule, avec une vingtaine de livres côte à côte où les auteurs étaient alignés en ordre alphabétique. Et plus de livres cachés derrière. «Il faut commencer quelque part», m'a lancé Steeve, conscient de l'ampleur de la tâche. Il écrit tout à la mitaine, enregistre ça dans son ordinateur après. Il n'a pas de portable.

Steeve n'est pas seul dans l'aventure, il s'est allié un vieux chum et sa blonde, qui viennent d'arriver du Yukon. Alexandre Prieur a 26 ans, sa blonde, Cassy Giguère, 24. Ils ont passé l'été au Yukon, se cherchaient quelque chose pour passer l'hiver. «J'ai pensé à eux pour embarquer là-dedans; on a des goûts similaires. Quand je leur en ai parlé, ils étaient au courant, ils avaient vu ça par Internet là-bas.»

Le monde est petit.

Alex et Cassy sont arrivés jeudi passé, ont déposé leurs sacs à dos, sont allés rejoindre Steeve à la librairie. Alex ne savait pas où regarder. «Mon Dieu qu'il y a des livres! J'avais le goût de rester pour les voir, mais il était tard, il fallait aller se reposer. On aura beaucoup de travail pour déplacer ça.»

Ils en sont là. C'est bien beau se ramasser avec 50 000 livres d'un coup, encore faut-il les mettre quelque part. Et Gaëtan a très hâte de revoir les murs de son logement, qui était aussi son entrepôt. «Il faut que ça sorte.» Il a hâte de tourner la page, de fermer les livres. Si tout va bien, la passation se fera le 1er novembre. À partir de là, les livres vendus feront vivre Steeve, Alex et Cassy.

Le couple a loué un logement dans le même immeuble que Gaëtan, deux étages plus haut, où ils empileront les bouquins. Pas grand, 450 pieds carrés. Ce sera à leur tour de vivre entourés de livres. 

Gaëtan a choisi Steeve et ses amis parmi une quinzaine de candidats. «J'ai eu plein de propositions, je les ai toutes regardées. Je voulais des jeunes, des gens pas riches, qui allaient s'investir là-dedans. Steeve a de beaux projets, il a surtout l'énergie et l'enthousiasme que je n'ai plus.»

Steeve veut d'abord «faire de la place. Je vais dégager le local, garder des livres dans des étagères le long des murs. Ils seront classés par sujets, par maisons d'édition, par auteurs. Tout sera informatisé. Si quelqu'un cherche quelque chose, on le trouvera dans la banque de données, on ira le chercher à l'entrepôt. J'aimerais mettre des fauteuils pour que les gens puissent bouquiner.»

Gaëtan n'avait pas de téléphone, ouvrait au gré de son humeur et de la météo. «Je vais rebrancher le téléphone, Internet et mettre un horaire à la porte.» Quand il arrivera à voir les murs, il veut les peindre. Il veut mettre de la musique, éventuellement servir du «café de qualité».

Le local n'est pas grand, 8 pieds sur 30, il y a quand même moyen de moyenner. Il ne changera pas le nom de la librairie : «L'Ancre des mots, c'est approprié, les livres, ça nous situe. Il y a une richesse dans le livre de papier, on est un peu nostalgiques, on n'aime pas lire sur Internet.»

Avant de prendre la barre de la librairie, Steeve prenait soin de déficients intellectuels. Il adorait ça, presque trop. «Ils sont vrais, ils n'ont pas de filtre. Je suis vraiment attaché à eux. Quand ils sont parfois délaissés par leur famille, on prend le rôle de pilier dans leur vie. Je me donnais trop corps et âme, je n'avais pas de vie. C'est pour ça qu'on est trois à la librairie, pour se partager le travail.»

Gaëtan part la tête haute et, surtout, il ne se demande plus comment il passera l'hiver. Son histoire a touché des gens, dont Annick Laliberté, qui a invité les internautes, via Facebook, à aller acheter un livre. L'appel a été entendu, Gaëtan a vendu des centaines de bouquins. «J'ai fait en 10 jours le trois quarts d'une année. J'ai été épaté par les jeunes qui sont venus, qui me donnaient parfois plus que le prix que je demandais. J'ai été extrêmement ému de tout ce qui s'est passé.»

Ces trois jeunes qui reprennent la barque sont à l'autre bout du rêve de Gaëtan, tout au début, quand tout est possible. C'est leur rêve à eux, maintenant. Il se réalisera à une seule condition, et tout simplement : en vendant un livre à la fois.

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