Je suis un cul-de-sac généalogique

Gabrielle Dussault s'est trouvé une passion pour la... (Photo le Soleil, Steve Deschênes)

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Gabrielle Dussault s'est trouvé une passion pour la généalogie matrilinéaire.

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(Québec) Je ne suis pas juste une Moisan. Je viens d'apprendre que je suis aussi une Targer, de mère en mère, jusqu'à Élisabeth-Isabelle, qui est partie de France en 1659 pour Québec. Je n'avais jamais pensé remonter ainsi le fil du temps. Par les filles du temps.

J'ai découvert ça grâce à Gabrielle Dussault, qui s'est trouvé une passion pour la généalogie matrilinéaire. Tout a commencé il y a deux ans, quand elle s'est proposée comme Fille du Roy après avoir vu une annonce dans Le Soleil. Trente-six femmes étaient recherchées pour personnifier les 36 premières filles du Roy, arrivées il y a 350 ans cet été. Pour fêter ça, les filles du Roy reprendront vie.

L'idée vient d'Irène Belleau, qui a recruté toutes ces femmes. Elles iront en France en juin, pendant deux semaines, sur les traces de celles qui ont accouché du Québec. Elles fêteront ça aussi à Québec tout l'été, surtout pendant les Fêtes de la Nouvelle-France, où elles débarqueront en voilier. Comme dans le temps. Sauf que cette fois, elles partent de l'île d'Orléans. En 1663, il leur a fallu quatre longs mois pour enjamber l'Atlantique, avec ce que ça implique d'odeurs et de maux de coeur.

L'idée derrière tout ça, c'est que ces femmes «reprennent leur place dans l'histoire. Avant elles, la colonie, c'était un poste de traite, des commerçants, des coureurs des bois. Ces femmes-là ont assuré la survie de la colonie, elles l'ont peuplée. Elles ont fait le Québec qu'on a aujourd'hui.» Il y a eu 11 arrivages, un chaque année jusqu'en 1673, «environ 800 femmes en tout». Sans elles, nous ne serions pas ici.

Gabrielle veut aussi réhabiliter ces filles-là. «Les prostituées, Louis XIV les a envoyées dans les îles. Ici, il a envoyé des femmes à marier. Il y avait beaucoup d'orphelines et d'autres dont les parents étaient très pauvres.»

La fille de Gabrielle est de celles-là. Françoise Moisan était une jeune huguenote, qui avait tout juste 18 ans quand elle a traversé l'Atlantique. «J'étais orpheline de mère, mon père m'a élevée tout seul. Il était un laboureur à bras, pas d'outils, il n'avait que ses bras à offrir. Il n'avait pas d'argent pour une dot, c'est pour ça que j'ai fait le voyage. Le roi nous donnait une petite dot, une caissette avec des choses dedans, le nécessaire pour coudre, quelques chemises, quelques bonnets.»

Quand Gabrielle parle de Françoise, on dirait qu'elle parle de sa meilleure amie. «Je l'ai même défendue», me lance la retraitée de 65 ans. Les biographies disaient qu'elle était une guidoune qui traînait dans les cabarets, qui multipliait les amants. C'est le portrait qu'en faisait un acte d'accusation de l'époque. Gabrielle est allée à Montréal, a retrouvé le document dans les archives, a refait l'histoire. «La fille de Françoise venait de laisser son mari, elle était revenue rester chez sa mère. C'est ce gars-là qui a accusé Françoise d'être une traînée pour se venger. Ça ne tient pas la route.»

Alors oui, ces femmes pouvaient choisir leur mari. «Elles étaient 36, ils étaient 400. Elles signaient un contrat de mariage, pouvaient l'annuler si ça ne faisait pas. Il y en a qui ont eu deux ou trois maris. Moi, mon Antoine, on ne s'est jamais quittés. On a eu huit enfants. On en a gardé six vivants, ce qui était beaucoup pour l'époque. J'ai même eu des jumelles qui ont survécu, qui se sont mariées.»

Elle a fait la biographie d'une autre fille du Roy, Jeanne Repoche, dont l'histoire avait perdu la trace. «On présumait qu'elle était retournée en France.» Gabrielle a fouillé les archives à Québec, a retrouvé les traces du frère de cette femme. «Dans ses choses à lui, j'ai retrouvé l'inventaire des biens de sa soeur. Il était écrit qu'elle s'était noyée peu de temps avant avec son mari et ses deux enfants, de trois ans et six mois.» L'histoire est tragique, mais elle a maintenant une fin.

Depuis qu'elle s'est enrôlée comme fille du Roy, Gabrielle trouve que son «esprit est plus allumé. Plus on fait travailler notre cerveau, plus il est en forme. Mon cerveau a repris de la vigueur!» Ironiquement, elle ne sait plus trop où se trouve son logiciel d'exercices de cerveau. Pas besoin.

Dur à croire, mais Gabrielle n'a jamais été une grande passionnée de généalogie. Avec sa soeur Monique, elle s'est enrôlée dans cette aventure-là par plaisir, y a trouvé une passion. Elle fait maintenant des lignées matrilinéaires. Quand j'ai voulu la rencontrer, elle m'a demandé de décliner les noms de ma mère, de la sienne, de leurs maris et leurs dates de naissance.

Au jour dit, elle m'a remis une grande feuille avec plein de noms dessus. Un arbre généalogique de femmes nées l'une de l'autre. Les Targer, de mère en fille, jusqu'à moi. Je me suis arrêtée une seconde pour réaliser que j'étais la fin de ma branche. J'ai deux gars, je suis fille unique.

Je me suis rappelé ma première échographie. Un gars. Ouf. La lignée des Leblanc allait pouvoir se perpétuer. À la deuxième échographie, on s'en foutait, la descendance était sauve. Jamais je n'ai pensé à ma lignée à moi, de maman en maman. Que j'étais, au fond, un cul-de-sac généalogique.

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