Au secours, les duchesses sont de retour!

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(Québec) Tous les 10 ans ou 15 ans, le Carnaval de Québec traverse une crise existentielle. Une remise en question plus douloureuse que le pouce d'un charpentier aveugle. Ça devient une tradition.

La dernière fois, au milieu des années 90, on avait décrété la fin des beuveries. La fin du tapage dans les rues, avec concentration des activités sur les Plaines.

Bref, la stratégie consistait à attirer le plus de touristes possible avec le moins de carnaval possible. Quitte à singer le personnage de cinéma, qui s'écriait : «J'ai résolu mon problème de stationnement. J'ai acheté une auto déjà stationnée.»

Pour le meilleur et surtout pour le pire, ça nous donne aujourd'hui une fête de la neige bien sage, enfermée sur un site plus clôturé et plus sécurisé que la chambre forte d'une banque suisse. Même qu'à part les défilés de nuit et la course en canot, notre carnaval est souvent invisible.

Dans la basse-ville, jadis le coeur battant de la fête, le carnaval est devenu si discret qu'il faudra bientôt lancer un avis de recherche sur les contenants de lait pour le retrouver.

Sur les Plaines, c'est le festival de la roulotte, avec une concentration de logos de commanditaires digne du maillot d'un cycliste sur le Tour de France. Et comme toujours, quand on ne sait pas trop comment surnommer un bric-à-brac de sport, de junk food et de pub, on appelle cela une activité «familiale».

Ces jours-ci, le Carnaval lance un appel à tous, pour dénicher de nouvelles idées.

Peu importe. Car on jurerait que la seule question qui passionne vraiment, c'est celle du retour des duchesses.

Apparemment, il importe peu qu'on veuille les ramener pour les mêmes raisons qui avaient entraîné leur disparition, il y a 17 ans.

À l'époque, on évoquait le manque d'intérêt de la population. La disparition du sentiment d'appartenance. En 1996, selon une consultation effectuée par le Carnaval, les duchesses n'arrivaient qu'au 10e rang dans les préoccupations des carnavaleux. Loin derrière Bonhomme. Loin derrière le palais de glace.

L'institution semblait dégager la kétainerie avec la même persistance que l'uranium enrichi produit de la radioactivité. Pour vous remettre dans l'ambiance, les petites filles parfaites s'étaient même un peu révoltées, à un certain moment. Tout ça parce le Carnaval ne voulait plus leur payer un voyage dans le Sud, comme c'était la tradition!

En passant, un carnaval d'hiver qui attribue des voyages dans le Sud en guise de récompense, est-ce l'équivalent d'un festival végétarien qui ferait tirer des bons d'achat dans une charcuterie?

Quand on y pense, la plupart des gens ne savaient même pas dans quel duché ils habitaient. Qui savait à quoi correspondaient les frontières des duchés de Frontenac, de Champlain ou de Laval?

Sûr que même la délimitation des zones de pêche à l'esturgeon jaune suscite un plus grand sentiment d'appartenance...

En Chine, la ville de Harbin a construit des immeubles de glace à côté desquels nos palais de Bonhomme ressemblent à des maisonnettes de poupées. À Bâle, en Suisse, toute la ville prend congé pour participer à un immense bal masqué à travers les rues des quartiers historiques. En Allemagne, les chars allégoriques servent souvent à caricaturer les politiciens.

Mais rassurez-vous. Il n'y aura rien de tel à Québec. Ici, les suggestions pour revamper le Carnaval fleurent bon la nostalgie et la soupe à l'orge de l'arrière-grand-tante Lucille. Ramenez les duchesses. Ramenez les voûtes de Ti-Père. Pourquoi pas le grand retour du hockey avec un amas de crottin de cheval gelé, en guise de rondelle, tant qu'à y être?

Cette semaine, c'était au tour du maire Régis Labeaume de se prononcer en faveur du retour des duchesses, «sous une formule améliorée», plus humoristique, un peu en dehors de la fête officielle.

Qui sait? Peut-être que les nouvelles venues refuseront de se laisser transformer en plantes vertes pour faire plaisir aux commanditaires? On peut rêver.

Mais en attendant, si le Carnaval de Québec constitue «le plus grand carnaval d'hiver du monde», comme on le disait encore récemment, moi, je suis Jules César...

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