Il pleut des idoles

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L'athlète sud-africain Oscar Pistorius

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(Québec) Les grandes vedettes du sport ressemblent à des astéroïdes. De temps à autre, il y en a un qui tombe sur terre avec fracas.

Tiger Woods. Lance Armstrong. Barry Bonds. Andre Agassi.

Les dégâts sont plus ou moins considérables, selon les circonstances.

Boum! Ces jours-ci, l'athlète sud-africain Oscar Pistorius, alias «Bladerunner», est accusé de meurtre.

Un jour, t'es un héros. Un handicapé prodigieux. L'homme le plus sexy, selon People Magazine. La plus belle découverte depuis l'eau chaude. Le chouchou des Nike et des British Telecom de ce monde.

Le lendemain, t'es Jack L'éventreur.

Entre les deux, t'es passé entre les griffes d'une redoutable machine à fabriquer du rêve jetable. Une machine à côté de laquelle même Walt Disney passerait pour un castor nain essayant de chanter de l'opéra malgré une laryngite carabinée.

Signe des temps, Pistorius a demandé l'aide d'un expert des relations publiques, tout de suite après son arrestation.

Lui aussi, il a probablement entendu dire que les requins n'attaquent jamais les spécialistes des relations publiques. «Et vous savez pourquoi?» demandent les langues de vipère.

Courtoisie professionnelle, tout simplement.

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Promis. Je vous épargne le blabla sur les athlètes transformés en véhicules publicitaires. Mais à une condition. Vous arrêtez de pleurer sur le sort des jeunes qu'on prive de leurs idoles.

Je me souviens encore du jour où le boxeur Julius Francis avait vendu ses semelles à un commanditaire, à la veille d'un combat contre Mike Tyson. Pour environ 40 000 $, un tabloïd britannique avait apposé son logo sous les chaussures du boxeur, qui se dirigeait vers une défaite spectaculaire.

Chose promise, chose due. Francis a été envoyé au tapis dès le deuxième round. Et le monde entier avait pu admirer le logo du commanditaire, pendant de longues minutes, sur les semelles du boxeur K.-O.

Après ça, je sais pas pourquoi, je m'ennuie de la sincérité d'un Charles Barkley.

- Je ne suis pas un modèle, a-t-il répété. Ce n'est pas parce que je suis bon au basketball que je dois éduquer vos enfants.

Sans oublier sa déclaration célèbre, un jour où il avait été insulté par une journaliste.

- J'ai songé à la poursuivre en justice pour atteinte à ma réputation. Et c'est alors que je me suis souvenu que je n'ai pas de réputation.

****

Grand-papa, ça se passait comment dans ton temps?

À quel moment le sport est-il vraiment parti en orbite?

Il y a 10 ans? 30 ans? 50 ans?

En 1950, le salaire annuel de 100 000 $ versé à Joe DiMaggio, joueur étoile des Yankees de New York, équivalait à 36 fois le salaire moyen aux États-Unis. En 2011, le salaire de 31 millions $ versé au troisième-but des Yankees, Alex Rodriguez, équivalait à 746 fois le salaire moyen.

En 1959-1960, le salaire annuel de 25 000 $ versé à Maurice Richard, du Canadien de Montréal, équivalait à 17 fois le salaire moyen d'une famille québécoise. En 2012, le salaire annuel de 5,75 millions $ versé à Andrei Markov, joueur étoile du Canadien, équivaut à 146 fois le salaire moyen au Québec.

Mais il ne s'agit que de chiffres. Ça ne prouve rien. C'est pas d'hier que les vedettes sportives appartiennent à un autre monde.

Dans les années 20, le propriétaire des Dodgers de Brooklyn avait voulu récompenser son joueur vedette, Herman Floyd, en lui offrant un voyage «autour du monde». «Pour être franc, avait répondu ce dernier, je préférerais aller à un autre endroit.»

****

Les grandes vedettes sportives ressemblent à des astéroïdes. De temps à autre, il y en a une qui tombe sur terre.

Pas grave. On ramasse les débris et on recommence à neuf. Malgré le mensonge. Malgré le dopage. Malgré la triche.

Comme dans l'histoire de l'éternel optimiste qui aboutit en enfer. À son arrivée, il s'aperçoit que tous les damnés baignent jusqu'au menton dans un énorme lac de purin.

- Bof. Ça pourrait être pire, finit-il par s'exclamer, après être entré dans l'eau nauséabonde. Après tout, nous en avons seulement jusqu'au menton.

C'est alors qu'il entend un bruit de moteur qui se rapproche.

- De quoi s'agit-il? demande-t-il à son voisin.

- Ça, lui dit l'autre, c'est le diable qui arrive avec son énorme bateau hors-bord.

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