Des pouliches et des hommes

Quelques Bronies, des fans de la nouvelle génération... (Le Soleil, Erick Labbé)

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Quelques Bronies, des fans de la nouvelle génération de l'émission My Little Pony (Ma petite pouliche). En haut, de gauche à droite: Julien L. Yannick, Julien S., Anthony, Christo et Roxanne. En bas: Dalton, Alexis et Olivier. Ils ont entre 14 et 21 ans.

Le Soleil, Erick Labbé

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(Québec) Maudit que Julien a ri de son grand frère Alexis. «Je l'ai tellement écoeuré avec ça.» Ça, c'est My Little Pony, un dessin animé conçu pour les filles de six ans. À 17 ans, Alexis était accro. Julien a ri jusqu'à ce qu'il finisse par regarder quelques émissions. Il ne rit plus de son frère. Il a craqué pour les pouliches.

Ça s'est passé aussi comme ça pour Dalton. Maudit qu'il a ri de son ami Anthony, «qui me lâchait pas pour que j'écoute une émission. Je l'ai fait pour qu'il arrête, pour que je lui dise: je l'ai écoutée, c'est niaiseux. Je me disais que ça se pouvait pas que j'aime ça, que c'était une émission pour les filles.»

Il a aimé ça.

Ils sont quelques millions en Amérique et en Europe à être tombés sous le charme depuis 2010, quand Hasbro a décidé de faire une nouvelle mouture de sa série télé. Des gars surtout, fin dizaine, début vingtaine. Ils se sont baptisés Bronies, une contraction de brother et de ponies. Au Québec, ils sont quelques centaines. Deux d'entre eux ont été invités à l'émission de Catherine Perrin la semaine passée, ça a piqué ma curiosité.

Je n'étais pas au défilé du Carnaval samedi soir. Je me suis rendue à Saint-Romuald, chez Dalton, qui avait invité sa gang de Bronies à écouter le dernier épisode de la troisième saison. Rarement je me suis rendue à un rendez-vous avec autant de questions. J'avais beau retourner ça de tous les bords, je n'arrivais pas à comprendre. Je me suis même tapé une émission avant d'y aller, en vain.

Huit gars et une fille m'attendaient. Un est même descendu de Montréal pour l'occasion. Ils trépignaient d'impatience de me raconter le pourquoi, le comment. Ils savaient exactement quelles questions je me posais, ils se sont posé les mêmes.

Quand son ami lui a suggéré d'écouter My Little Pony, Yannick l'a traité de «fif». Quand Yannick a aimé My Little Pony, il a ravalé sa chique. Il s'est retrouvé de l'autre côté du doigt qui pointe. Pareil pour Dalton. «Depuis que je suis devenu Brony, j'ai mis une croix sur les préjugés.»

Ils ont tous eu honte au début. Puis, ils ont vu qu'ils n'étaient pas seuls. Ce qu'ils aiment dans My Little Pony? Les personnages, le scénario, l'animation. Tout. La scénariste de la nouvelle série a pensé aux parents des fillettes en écrivant, elle ne pensait pas que des millions de gars allaient mordre à l'hameçon.

Les créateurs de la série ne peuvent plus ignorer la horde de Bronies qui ne cesse de grossir. Les gars ont leur pouliche, Derpy, un pony de l'ombre à qui ils ont donné un nom et une personnalité. Quand elle fait une apparition, ce n'est pas innocent. Les fillettes n'y voient que du feu.

Le phénomène est tel que des centaines de Bronies se sont approprié les petites pouliches pour créer des animations, des chansons, des t-shirts. Il y a des DJ Bronies, des étuis de iPhone, une pléthore de produits dérivés. Les Bronies sont hyperactifs sur YouTube, Alexis y a même fait une petite vidéo, Faque, j'chuis un Brony. Un genre de coming out. «Il faudrait plus qu'une vie pour voir tout ce que la communauté a fait», mesure Anthony, qui est guitariste heavy metal à ses heures.

De sérieux universitaires s'intéressent aussi à la chose. Un sondage auprès de 24 000 Bronies nous apprend que 86 % sont des gars, 84 % se disent hétéro, 70 % sont des étudiants. Et 96 % sont célibataires.

Des militaires américains sont aussi du lot, certains iraient même jusqu'à afficher sur leur uniforme des cutie marks inspirés des dessins que les pouliches ont sur le haut de leur cuisse. Un autre savant chercheur voit dans la bronitude une réaction au terrorisme et aux mauvaises nouvelles, comme si les jeunes avaient besoin de pastel dans un monde qui broie du noir.

Yannick marque un point là-dessus. «On reproche aux jeunes de gamer à des jeux violents, dans le négatif. Call of Duty, c'est de la violence. Les pony, c'est beau. C'est vraiment l'fun. Les valeurs de la série, c'est love and tolerate. C'est l'amitié pure qui nous réunit, on devient une famille.»

Au fond, les Bronies, ce sont des Trekkies des temps modernes, qui ont leurs codes, leur monde à eux. Avec les couleurs de l'arc-en-ciel en plus. Ils seront d'ailleurs 6000 à Baltimore en août pour le cinquième congrès de Bronies. Dalton, Alexis, Yannick et Olivier seront à la BronyCon. Tout seuls, ils avaient honte. Ensemble, ils sont fiers.

Je sais, ça reste difficile à comprendre.

****

Mentir. Lundi, je vous parlais de Cédric et de Jessica, deux enfants de la DPJ qui ont deux enfants aujourd'hui. Je vous disais combien ils partaient de loin pour donner à leurs enfants la famille qu'ils n'ont pas eue. Cédric devra aussi leur apprendre à ne pas mentir. Il l'a fait quand il m'a parlé de sa famille, qu'il a associée aux Hell's et aux Rock Machine. Rien à voir. Peut-être pas tous des enfants de choeur dans leur jeunesse, mais des gens qui ont fait leur chemin, qui ont appris de leurs erreurs. Cédric devrait s'inspirer d'eux.

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