Au plus fort la poche

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(Québec) La saignée est commencée. La semaine dernière, le gouvernement Marois a battu en retraite devant le lobby des chercheurs et accepté de réinjecter 26,5 millions $ dans la recherche pour atténuer les coupes annoncées en décembre. Lundi, Québec a ajouté 16 millions $ à la compensation accordée aux cégeps pour les frais engendrés par le conflit étudiant. La CSN, qui représentait les professeurs, menaçait de boycotter le Sommet sur l'enseignement supérieur. Toujours la semaine dernière, le gouvernement a permis aux universités d'ajouter 125 millions $ par année à leur dette pendant deux ans, pour les soulager des compressions budgétaires qu'il leur impose. Comme le dit la publicité, «achetez maintenant, payez plus tard».

Vendredi, la Conférence des recteurs et des principaux des universités du Québec (CREPUQ) a proposé une nouvelle astuce pour contourner les compressions. Elle a suggéré qu'on permette aux universités d'utiliser en 2013-2014 une partie (125 millions $) du budget prévu dans l'exercice budgétaire 2014-2015 du gouvernement, sous prétexte que l'année budgétaire des universités n'est pas la même que celle du provincial. Un «fling-flang» comptable digne des entreprises au bord de la faillite...

Le gouvernement Marois est sous pression. Il sera de plus en plus tenté de céder à ce genre de demande pour acheter la paix. Le danger qui le guette est de succomber à la tentation de reporter d'un an l'atteinte du déficit zéro, sous prétexte que les compressions budgétaires risquent d'accentuer le ralentissement de l'économie. Lundi, Joseph Facal et Alain Dubuc, deux chroniqueurs crédibles pour qui j'ai le plus grand respect, s'inquiétaient des risques d'un retour trop rapide à l'équilibre budgétaire.

Ce serait une erreur de succomber à la tentation. D'une part, le gouvernement est minoritaire et l'opposition ne lui permettrait pas de modifier la loi antidéficit pour retarder le retour à l'équilibre budgétaire.

D'autre part, s'il faut vraiment stimuler l'économie, c'est du côté des immobilisations et non des dépenses de programmes que le gouvernement doit intervenir. Les dépenses de programmes, ce sont les dépenses courantes des ministères, par opposition aux investissements dans nos infrastructures que l'on finance par des emprunts à long terme. Ouvrir le robinet des dépenses de programmes équivaudrait à défoncer la porte du garde-manger. Tout le monde voudra sa part du gâteau.

Qui plus est, le report de l'équilibre budgétaire par un gouvernement minoritaire qui va de recul en recul enverrait un signal dangereux aux maisons de notation comme Standard & Poor's. C'est vrai que l'Ontario et le gouvernement fédéral l'ont fait, mais leur dette est beaucoup moins élevée que la nôtre. Le dernier plan budgétaire du ministère des Finances nous le rappelle cruellement : «Au 31 mars 2012, le ratio de la dette brute du Québec au PIB s'élevait à 54,6 %, alors qu'il était à 42,6 % en Ontario, et à 38 % en Nouvelle-Écosse, la troisième province la plus endettée.»

Il est toujours plus difficile et risqué de dire non. Les compressions budgétaires comportent toujours une part d'erreurs. Il faudra parfois corriger le tir comme dans le cas de la recherche, mais c'est un incontournable, peu importe le temps que l'on prend à planifier. Le gouvernement Marois doit courir ce risque s'il veut se montrer responsable. S'il commence à céder chaque fois qu'il y a de la grogne, il perdra vite le contrôle des dépenses publiques... et de ses objectifs. À cet égard, le Sommet de la semaine prochaine sur l'enseignement supérieur sera un test important.

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