Jean Soulard: le goût de vivre

Jean Soulard a poussé les limites en devenant... (Photothèque Le Soleil, Patrice Laroche)

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Jean Soulard a poussé les limites en devenant son propre jardinier, cultivant des fines herbes, gardant des poules et même des abeilles sur le toit du Château Frontenac.

Photothèque Le Soleil, Patrice Laroche

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(Québec) Il nous avait donné rendez-vous dans le hall du Château. C'était il y a deux mois, un vendredi, fin de l'après-midi.

J'aurais imaginé que pour un chef, c'était la pire heure, juste avant le rush du souper et du début de week-end.

Il a pris tout le temps, lentement, comme s'il avait la vie devant lui.

Cela faisait quelques années qu'il m'invitait à ses cuisines chaque fois qu'on se croisait au hasard de la ville. De la fierté mais pas la moindre prétention.

J'ai pris prétexte des 75 ans de ma mère pour demander si l'invitation tenait toujours. On allait juste faire un tour, pas même rester à souper.

Jean Soulard fut charmant. Comme s'il avait reçu sa propre mère. Généreux de ses détails et de ses anecdotes.

Il nous a entraînés dans la logistique éreintante de ses cuisines (il y en a quatre au Château); à la boucherie, à la pâtisserie, à la plonge, aux frigos; nous a montré les comptoirs d'acier où on brasse les soupes et les sauces et ceux où on dresse les plats. Puis par la fenêtre, le jardin intérieur où poussent ses herbes en été et l'autre avec ses ruches à miel.

Il nous a expliqué que le Château allait bientôt entreprendre des travaux majeurs aux cuisines. Il a confié qu'il aimait mieux ne pas trop penser à ce que cela allait impliquer dans le quotidien.

Il n'en a rien laissé paraître ce jour-là, mais je comprends qu'il avait déjà amorcé sa réflexion.

Quand on se voit courir jour après jour et qu'on songe à réduire le rythme, sans doute y pense-t-on à deux fois avant de s'engager dans un grand dérangement qui exigera d'en faire plus.

Débarqué l'année du centenaire, en 1993, Jean Soulard aura servi le Château avec «vocation». «Comme si c'était ma propre business», dit-il.

Il ne s'est pas levé un matin en se disant : c'est fini. Il a mûri sa décision pendant la dernière année. A vu mourir une proche à 54 ans. Cela fait réfléchir. «J'étais rendu là.»

Après 20 ans, il part avec «tristesse» et «beaucoup de mélancolie». «Tout ce qui m'est arrivé, c'est grâce au Château», dit-il.

Être associé à l'hôtel le plus en vue et le plus prestigieux de la ville a sans doute bien servi la carrière de Jean Soulard.

Le Château y aura gagné en retour un visage plus humain. Jean Soulard était partout. À la radio, à la télé, dans le journal, sur les Plaines à courir, au café de la Taverne Belley, participait à la vie de la ville.

Son charme, sa chaleur, son enthousiasme, son humour et son humilité en ont fait un ambassadeur exceptionnel pour le Château. Ce qu'il continuera d'être pendant quelques mois encore. Peu d'hôtels de cette taille ont ce luxe.

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Originaire de Vendée, Jean Soulard a travaillé en France, en Suisse, en Angleterre, à Montréal et en Asie avant d'atterrir à Québec. Pour ne plus repartir.

On le croisera encore à Québec. «C'est ma ville. C'est là où je suis heureux; c'est là que je veux vivre.»

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À première vue, aucun lien, sinon l'annonce à quelques heures d'intervalle, d'un départ pour les mêmes raisons.

D'abord Mme Marinelli, mairesse de Lévis. «J'ai le goût d'aller marcher tous les jours et de prendre un bon café tranquille... Le goût de vivre plus au ralenti, pendant que je suis en santé.»

La «retraite en bonne et due forme» d'une vie à 300 à l'heure pour faire d'autres choses. Mme Marinelli a 58 ans. A deux petits-fils dont elle «veut profiter plus».

Jean Soulard quelques heures plus tard. «Je suis rendu là. Je veux respirer; je veux voir autre chose; faire autre chose.» On le retrouvera pas loin des cuisines et des communications. «Je ne m'arrêterai pas; j'ai besoin de ça.»

Mais plus au rythme frénétique du Château six jours par semaine. Jean Soulard a 60 ans. Trois petits-enfants.

Tous deux déchirés et tristes de partir. Tous deux sereins avec leur décision.

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