La maison intelligente

Partager

(Québec) Ma maison n'est pas intelligente. Et moi pas beaucoup plus.

Pas assez pour programmer le thermostat qui devait permettre d'ajuster quatre fois par jour la température en semaine et les fins de semaine.

J'ai fini par renoncer. J'ai tout bloqué à 68 degrés Fahrenheit (20 °C), de jour comme de nuit, qu'il y ait ou pas quelqu'un à la maison. Si ça devient trop chaud ou trop froid, on corrige manuellement avec la flèche qui monte ou descend.

Pas très économe, ni écolo, mais confortable et beaucoup mieux pour les nerfs. Il faut savoir choisir ses batailles. J'accepte d'avoir perdu celle contre le thermostat techno.

Je n'en éprouve ni honte ni culpabilité, mais j'ai senti comme un réconfort à entendre la chercheuse au doctorat à l'École d'architecture de l'Université Laval Catherine Dubois plaider pour la «maison autonome».

Une maison moins dépendante de l'électricité, des technologies et autres mécaniques du bâtiment. Une maison simple et facile à vivre. J'aime l'idée.

Mme Dubois est une spécialiste des «îlots de chaleur», dont elle fait le sujet de ses recherches. À moins mille avec le vent, c'était mercredi la journée idéale pour lui reparler.

La maison autonome dont elle parle est tout le contraire de ce qu'on présente comme la maison intelligente moderne, truffée de gadgets et de domotique. Avec un décor, un confort et une qualité de vie qu'on contrôle sur un panneau, une télécommande ou un téléphone cellulaire.

À cette maison techno, vulnérable aux pannes d'électricité, d'ordinateur ou de satellites, aux pirates informatiques et aux accidents climatiques, Mme Dubois oppose la maison simple et autonome reposant sur une «architecture de base».

Comme on savait les faire au temps de la colonie et dont l'art s'est progressivement perdu.

La maison aux murs épais qui reste fraîche l'été et tempérée l'hiver; un toit qui s'avance au-dessus des fenêtres pour bloquer les rayons brûlant des midis d'été et laisser entrer le soleil déclinant de l'hiver.

Une cuisine d'été pour ne pas surchauffer l'intérieur; un caveau à patates au frais au sous-sol, là où il faut aujourd'hui un frigo et un congélateur, parfois deux.

L'art de la maison autonome s'est prolongé dans les vieux quartiers de la ville; des logements ventilés avec fenêtres sur rue et sur la cour.

On ne le trouve plus dans les grands immeubles et tours de condos, constate Mme Dubois. Des logements «copiés-collés». Une seule façade sur l'extérieur, l'autre sur un corridor. Pas d'éclairage et de ventilation de façon naturelle.

Ces grands immeubles répondent par contre à d'autres besoins, notamment pour des personnes âgées qui y trouvent la sécurité, des services, des voisins.

-----

Mme Dubois s'intéresse aux changements climatiques, essaye d'imaginer les impacts d'un réchauffement de trois degrés sur le Québec d'ici 2050.

Elle se souvient des conséquences du verglas de 1996. Comment se préparer à un coup dur avec une population qui vieillit et devient plus vulnérable?

Elle cible pour ses recherches les îlots de chaleur, mais sa réflexion éclaire aussi l'hiver. Peut-on imaginer des maisons et des quartiers plus autonomes et résistants au climat?

Il ne s'agit pas de renoncer au confort, à l'électricité ou aux technologies. Mais elle se méfie des gadgets qui seront rapidement désuets ou défaillants.

Elle prône une meilleure coordination entre architectes, ingénieurs et urbanistes pour faire les bons choix dès le début des projets.

S'il fallait résumer, la maison autonome serait...

1. Bien orientée, parce que bâtie dans une rue est-ouest pour profiter de l'éclairage naturel sur la façade sud.

2. Bien isolée et peut-être enserrée entre des maisons voisines, ce qui suggère un quartier d'une certaine densité.

3. Bien ventilée avec des ouvertures sur au moins deux façades extérieures. On y ferait circuler l'air en ouvrant les fenêtres plutôt qu'en activant l'échangeur d'air ou le climatiseur.

4. Tempérée naturellement, avec des aires ouvertes, des brise-soleil, un solarium ou une serre sur la façade sud.

5. Performante. On y choisirait des couleurs et des matériaux qui repoussent ou retiennent la chaleur selon leur emplacement dans la maison.

6. Protégée des températures extrêmes. En été, grâce à la végétation ou à un plan d'eau à proximité; en hiver, en évitant les vents et les tourbillons causés par des immeubles voisins trop élevés.

7. Accessible par le transport collectif et actif, y compris à pied bien sûr, ce qui semble exclure les grands immeubles en hauteur avec ascenseurs.

-----

Le modèle de logement et de voisinage décrit par Mme Dubois se trouve souvent, en tout ou en partie, dans les quartiers centraux de Québec.

C'est aussi celui qu'on imagine pour des écoquartiers, encore que le mot est un peu galvaudé et ne correspond à aucune norme précise de performance.

On le trouve parfaitement dans le projet Cohabitat, dans Saint-Sacrement.

C'est là que Catherine Dubois m'a donné rendez-vous lorsque je lui ai demandé d'illustrer la maison autonome en ville.

Ce projet de condos et de maisons en rangée sera livré en juin, à l'emplacement d'un ancien bâtiment de Transports Québec, à côté du Cégep Garneau.

Il s'inspire de valeurs écologiques et communautaires. Les gabarits sont à échelle humaine, les arbres matures ont été conservés, les eaux de pluie alimenteront un milieu humide avec végétation dans la cour centrale.

Chaque ménage est propriétaire d'une unité et a accès à des aires communes : cuisine, salle de réception, chambres d'amis, jardins, aires de jeu pour enfants.

On misera sur le partage. Seulement 23 cases de stationnement pour 42 unités d'habitation, dont une pour Communauto.

-----

L'esprit de Cohabitat se reflète sur le site Internet du projet. On ne cherche pas à vendre les condos encore accessibles; on recherche des voisins.

On n'y parle nulle part de maison intelligente, mais il me semble que le mot lui irait très bien.

Partager

lapresse.ca vous suggère

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

publicité

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer