Une blague, vraiment?

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Mylène Moisan

(Québec) Mercredi matin, Carole* a eu peur. Elle a lu sur Facebook les plans échafaudés par deux camarades de classe de sa fille Camille*, qui y avait aussi mis son grain de sel. C'était un plan qui donnait froid dans le dos. Assez en tout cas pour que Carole n'en reste pas là. «J'ai défrisé quand j'ai vu ça. J'ai dit à ma fille que c'est moi qui les ai dénoncés.»

Sa fille a été arrêtée. Elle est accusée de complot pour meurtre, avec les deux autres adolescents, Charles-Antoine* et Simon*. Ils ont 14, 15 et 16 ans.

Carole était au palais de justice jeudi après-midi. Elle avait les yeux rougis de la peine d'une mère qui nage en plein cauchemar. Sa fille a comparu brièvement, la tête basse, les longs cheveux en bataille, avec une grande couette devant les yeux. Toute frêle, elle était figée, abasourdie par ce qui lui arrivait.

«C'est une fille tranquille», m'a répété Carole après la comparution de sa fille, qui a repris le chemin du centre jeunesse où elle est détenue. «Elle n'aurait pas fait de mal à une mouche. Elle n'était pas d'accord avec ses amis. Elle a essayé de les empêcher de faire ça, leur a dit d'arrêter.»

Elle aurait dû l'écrire sur Facebook. Ce n'est pas ce qu'elle a fait. Elle a écrit quelque chose. «Une phrase déplacée», résume sa mère. Une phrase quand même assez déplacée pour que Camille soit arrêtée. «Elle a écrit que le système de sécurité était défaillant pour la porte du secrétariat.»

Camille a aussi fait des recherches sur Internet sur le carnage de Breivik en Norvège. «Elle était tellement touchée par tout ça, elle n'en revenait pas que ça soit des jeunes.» Carole s'est arrêtée de parler, les sanglots ont étouffé sa voix. Sa fille devra maintenant expliquer qu'elle a fait ça pour satisfaire sa curiosité personnelle, pas pour alimenter les scénarios meurtriers de ses deux amis.

Évidemment, dans ce genre d'histoire, on n'a pas beaucoup de détails sur la nature des gestes imaginés. Ni sur l'intention derrière tout ça. Il faut se fier au bon jugement de Carole, qui a choisi de dénoncer malgré ce que ça impliquait pour sa fille. Ça avait l'air sérieux? «Oui, il y avait un plan A, B, C.» Les fusils faisaient partie du plan, on ne sait pas s'ils avaient trouvé où se les procurer.

Carole ne connaît pas beaucoup les deux autres gars. «C'était des amis Facebook de ma fille, des amis d'école. Ils se faisaient intimider. Ils étaient tranquilles, doux. Ma fille avait trop d'empathie pour ses amis.» Camille aussi était «victime d'intimidation. Elle est hyperactive avec déficit d'attention. Elle a des problèmes à l'école». Il y aurait un quatrième intimidé dans la gang, «un autiste».

Carole a confiance de revoir rapidement sa fille, elle pourrait être remise en liberté lundi. «Les deux gars ont dit que ma fille n'était pas impliquée, les policiers aussi.» C'est le juge qui décidera.

Puis, il y aura le procès. Un véritable procès d'intention. Entre l'univers virtuel de Facebook et la réalité, il y a un pas que les accusés devaient franchir. Il faudra déterminer s'ils avaient l'intention de le faire.

Les trois avocats de la défense plaideront probablement l'inconscience. Ou, comme le comprend Carole, «le défoulement». Est-ce que les mots assouvissaient les fantasmes de vengeance ou voulaient-ils aller plus loin?

Reste à espérer que les trois avocats ne plaideront pas la mauvaise blague. Qu'ils ne tenteront pas de nous dire que ces ados en mal d'attention ont écrit, pour rire, des niaiseries sur Facebook avec des mots assassins. Il n'y avait probablement pas de lol ni de smileys dans leurs messages. Quand on fait de l'humour qui n'en est pas, il faut faire attention à ce qu'on dit. Et à comment on le dit.

Si on veut mener à terme des desseins meurtriers, Facebook n'est peut-être pas le meilleur endroit pour faire ça incognito. Mais, au bout du compte, s'ils avaient l'intention de passer vraiment à l'acte, s'être fait déjouer par leur imprudence est peut-être la meilleure chose qui leur soit arrivée.

Ils sont accusés de complot pour meurtre. C'est mieux que meurtre au premier degré.

* Prénoms fictifs pour préserver l'anonymat des accusés

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