Les étranges amis d'Obélix

«Vive Poutine! La Russie est une grande démocratie»,... (Photo : archives AFP)

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«Vive Poutine! La Russie est une grande démocratie», s'était écrié Gérard Depardieu, en obtenant son passeport russe, au début de l'année.

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(Québec) Il y a peut-être le virus de la grippe. Ou certains dictons tenaces, comme celui voulant qu'il ne faille jamais acheter un pitbull à un homme qui n'a qu'un seul bras.

Dimanche dernier, l'interprète d'Obélix se trouvait en Mordovie, une république russe où se concentrent une vingtaine de camps de prisonniers, dans un climat aussi enchanteur que celui de la Baie-James. Lundi, il rebondissait en Suisse, pour la remise du Ballon d'or à la superstar du soccer Lionel Messi. Mercredi, il visitait le Monténégro, un mignon petit pays qui essaye de s'imposer comme la destination touristique par excellence des nouveaux riches...

«Vive Poutine! La Russie est une grande démocratie», s'était même écrié l'ami Depardieu, en obtenant son passeport russe, au début de l'année.

Depuis, les farceurs s'en donnent à coeur joie, sur le Web. Dans un montage récent, on aperçoit Gérard Depardieu, les yeux mi-clos, visiblement encore un peu éméché des excès de la veille, s'adressant à une foule réunie dans une petite salle, en Mordovie.

«Y a-t-il quelqu'un parmi vous avec qui j'ai bu le soir du réveillon du Nouvel An? Peut-on m'expliquer pourquoi je suis russe?»

Mais le péché mignon de Mister Depardieu, ce sont les dirigeants à la poigne de fer. À charge pour lui de compter ses doigts chaque fois qu'il leur serre la main...

En octobre, l'acteur sabrait le champagne en Tchétchénie, pour célébrer l'anniversaire du président Ramzan Kadyrov, un tyran surnommé «le chien de guerre» de Vladimir Poutine.

Le mois suivant, il se trouvait en Ouzbékistan pour l'enregistrement d'une chanson d'amour en compagnie de Gulnara Karimova, la fille de l'inamovible dictateur local, Islam Karimov.

«Excuse-moi, excuse-moi, pour tout ce que j'ai pu te dire», susurre l'acteur, au début de la chanson. Qui sait ce que Depardieu voulait se faire pardonner? Avait-il eu l'audace de réciter à la belle le dernier rapport de Human Rights Watch, qui dénonce le recours systématique à l'asphyxie, aux chocs électriques et au viol dans les prisons ouzbeks? Ou encore les notes de diplomates américains décrivant Mme Karimova comme la personne la «plus haïe du pays», soupçonnée de confisquer une partie des revenus de l'État?

Quelle est la différence entre Gulnara Karimova et le dodo batailleur, cet oiseau affublé d'ailes ridicules qui est disparu au XVIIe siècle? disent les opposants ouzbeks.

Réponse : un seul des deux sait voler.

Vrai qu'en observant Gérard Depardieu, on a la troublante impression de voir un personnage en chute libre.

Au fil des ans, on l'a surpris à uriner sur la moquette d'un avion. On l'a vu assommer d'un coup de tête un paparazzi. Récemment, il s'est endormi au volant d'un scooter. En novembre, il était français. En décembre, il était belge. En janvier, il est russe.

Même qu'entre une pub de ketchup russe et une proposition pour devenir le ministre de la Culture de Mordovie, il s'en trouve à demander ce qui reste de l'interprète de Danton et de Cyrano de Bergerac.

Mais ne croyez surtout pas que Gérard Depardieu soit seul à se laisser utiliser par des dictateurs en quête de respectabilité.

Faut-il déjà rappeler les spectacles privés des Nelly Furtado, Mariah Carey, 50 Cent et autres Lionel Richie, en l'honneur du clan Kadhafi? Les concerts de Noël donnés par la chanteuse Patricia Kaas, pour la famille Poutine?

L'an dernier, le président Tchétchène, dont il était question plus haut, s'est même payé un match de soccer amical en compagnie des plusieurs grands joueurs brésiliens.

Qui oserait croire que le peuple n'est pas satisfait de son sort, malgré un taux de chômage de 75 % dans une Tchétchénie où défilent les anciennes stars du soccer comme Diego Maradona ou Fabien Barthez? Sans oublier la chanteuse Lara Fabian?

«Au rythme où vont les choses, on va tous finir par manger de l'herbe», disent les optimistes, en Tchétchénie.

«Le seul problème, ajoutent les pessimistes, c'est qu'il n'y en aura pas pour tout le monde.»

Le mot de la fin, un peu raide, m'a été transmis par un lecteur vaguement dégoûté par tout cela.

«Quand on est mort, on ne sait pas qu'on est mort, c'est pour les autres que ça devient difficile. Quand on est con, c'est pareil!»

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