Femme du monde

Cendrine Chénel... (Le Soleil, Yan Doublet)

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Cendrine Chénel

Le Soleil, Yan Doublet

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(Québec) Cendrine Chénel a 40 ans, une entreprise qui va bien, deux beaux enfants, un mari qu'elle adore. Le prototype de la femme accomplie et comblée par la vie. Alors, pourquoi se pousse-t-elle six mois, toute seule avec son sac à dos, dans des pays où les touristes ont la chienne d'aller?

Je l'ai rencontrée mercredi, à quelques heures de son départ dans un café du centre-ville. Son sac à dos était fin prêt. Elle aussi, autant qu'on peut l'être quand on part vers l'inconnu. «Il y a un mélange de joie, de fébrilité, de tristesse aussi. Je quitte mon mari, mes enfants, mon confort.»

Elle quitte aussi la Cendrine qui adore les foulards, les bijoux et les souliers, celle qui gagne sa vie à donner des leçons de savoir-vivre. Elle a écrit des bouquins sur les bonnes manières, donne des conférences là-dessus, organise depuis deux ans le Dîner en blanc, cet élégant festin qui attire des centaines de convives tirés à quatre épingles.

Pendant les six prochains mois, «madame étiquette» dormira sur des sofas, dans des hôtels bon marché. Voilà qu'elle troque les escarpins pour les bottes de sept lieues. L'expression femme du monde prend un tout autre sens. «Je suis née bohème, je suis née dans une valise. Je ne suis pas une touriste, je suis une voyageuse. Je veux découvrir les gens, leurs façons de penser.»

Elle commence par l'Algérie, «sur les traces de mes origines». Née en France, elle foulera la terre de son grand-père maternel à Tlemcen. Un retour aux sources dans un pays qui se remet lentement de son printemps. Ensuite, elle verra. Le Kazakhstan assurément, le Liban, Israël, peut-être la Tunisie, l'Arménie, l'Inde absolument, l'Azerbaïdjan, la Mongolie, puis la Chine, «pour marcher sur la muraille». Il y a des incontournables, même quand on bourlingue hors des sentiers battus.

Ses destinations sont «très aléatoires», elle se laissera porter par les hasards - nombreux - du voyage, par les rencontres qu'elle fera. Elle sait aussi qu'«il y aura de grands moments de solitude. Je sais qu'à un moment donné, je vais me ramasser en boule quelque part à me demander pourquoi j'ai fait ça».

Elle sait aussi qu'elle prend des risques. Elle a la trouille. «Il faut oser vaincre ses peurs et aller au bout de ses rêves. Ce n'est pas un voyage sans peur. Il faut accepter le risque de l'agression, particulièrement comme femme. On doit toujours faire attention, respecter les coutumes de chaque pays.»

Peu importe où on se trouve dans le monde, le savoir-vivre est une des meilleures cartes de visite. Et là-dessus, elle a une longueur d'avance. «Mon travail n'est pas à l'opposé de ce voyage. Ils découlent du même respect, du même intérêt pour l'autre. En voyage, il faut savoir poser le bon geste au bon moment. L'étiquette, après tout, ça tient beaucoup au respect de l'autre, peu importe leur statut.»

L'étiquette, au fond, c'est l'art de se faire caméléon. «Le milieu diplomatique dans lequel j'évolue est à l'opposé de ce voyage et, pourtant, je suis comme un poisson dans l'eau autant chez un ambassadeur que dans un hôtel miteux au fin fond de la Bulgarie.» J'aurais de la misère chez l'ambassadeur.

Organiser un voyage comme ça, ce n'est pas de la tarte. Il y a les visas à demander et à redemander, les informations à glaner sur les pays qu'elle veut visiter. Le sac à dos à remplir, avec tout ce qu'on ne peut pas mettre dedans. «J'ai juste deux foulards et deux paires de souliers pour six mois», rigole Cendrine, qui n'apporte même pas d'appareil photo. Son iPhone suffira.

Pire que tout, il y a les préjugés. Pour plusieurs, le rêve de Cendrine tient plutôt du cauchemar. «C'est déroutant à quel point les gens nous amènent des choses auxquelles on ne pense même pas. Ils conçoivent souvent le voyage comme une fuite, pas comme un accomplissement,. Il y a même quelqu'un qui a laissé entendre que j'allais voir des amants. Chez les hommes, c'est marqué. Je pourrais en avoir au Québec si je voulais, pas besoin d'aller au Kazakhstan!»

Alors, pour les ceuzes qui doutent, Cendrine est catégorique. «Je ne fuis rien. Mon couple va bien, j'ai un mari extraordinaire qui m'accompagne là-dedans, une belle situation, une belle vie, je suis sereine et heureuse.» Et, pas de panique, ses enfants ont 14 et 17 ans. Ils ne sont pas traumatisés de voir leur mère partir.

Ils sont peut-être jaloux, en fait.

Ils ont voyagé souvent en famille, surtout pendant les neuf années où ils habitaient en Allemagne, qu'ils ont quittée en 2008. Cendrine a voyagé avec sa fille pour lui enseigner les rudiments du voyage en solo. Sa grande partira trois mois dès qu'elle aura 18 ans, au printemps. Son fils, lui, viendra la rejoindre pour le dernier mois du voyage «s'il travaille bien à l'école».

Il y en a même qui lui ont carrément suggéré de renoncer et de rester tranquillement à la maison.

C'était hors de question. «J'ai perdu un ami il y a un an et demi. Ça m'a fait réaliser à quel point la vie peut nous échapper n'importe quand. Depuis ce temps-là, je vis plus carpe diem. Ce voyage est devenu un besoin vital, c'était un rêve depuis longtemps, mais là, le temps est venu de le réaliser.»

Et vous, votre rêve, c'est quoi?

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