Drôle de couple dans le Vieux-Québec

Depuis un an, l'âne Aldo et la chèvre... (Le Soleil, Yan Doublet)

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Depuis un an, l'âne Aldo et la chèvre Allie passent leurs journées dehors, à faire les cent pas dans la jolie cour de la cathédrale Holy Trinity.

Le Soleil, Yan Doublet

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Mylène Moisan

(Québec) On ne pourra pas dire que Sarah Blair ne fait pas son gros possible pour redonner vie au Vieux-Québec. Elle y est déménagée avec son homme et ses trois enfants il y a un peu plus d'un an. Elle y a aussi fait venir un drôle de couple qui n'aurait jamais pensé atterrir là un jour. Monsieur est têtu, madame est patiente.

Monsieur est un âne, madame est une chèvre.

Aldo et Allie passent leurs journées dehors, à faire les cent pas dans la jolie cour de la cathédrale Holy Trinity. Ça fait un an aujourd'hui qu'ils paissent là, pour le plaisir toujours grandissant des voisins. Et même des fonctionnaires. «Il paraît que les gens au ministère des Finances dont la fenêtre donne sur la cour ont réaménagé leur bureau pour pouvoir les voir», raconte la propriétaire des deux bêtes.

Sarah est tombée amoureuse des ânes en 2007 pendant un périple hors du commun, une année bohème en Europe, avec son Michael et leurs trois enfants, qui avaient alors 5, 8 et 10 ans. Ils ont marché Compostelle, 1700 kilomètres en quatre mois. «On avait les bagages, la tente, cinq instruments de musique et on se demandait bien comment on allait transporter tout ça. Quelqu'un m'a dit : "Il te faut un âne." Quelqu'un d'autre m'a dit : "Il te faut deux ânes!"» Ils ont loué deux bourriques, Zénon et Lolita.

Lolita était enceinte.

Ils ont marché de Le Puy à Saint-Jacques, s'arrêtant ici et là pour faire un petit spectacle. «Les enfants avaient tous leur violon, on faisait des rigodons. Les pèlerins adoraient ça, ça donnait de l'énergie.» Ils finissaient ça autour d'une crème glacée. «On se faisait environ 22 euros chaque fois!» se souvient Sarah en riant.

Leur énergie, eux, ils la prenaient des ânes. «Ça nous donnait du courage, ça nous faisait faire toujours quelques kilomètres de plus. Les ânes sont des animaux très doux, sensibles, qui comprennent les humains. Ils sont têtus, jamais sans raison. Les enfants aimaient ça, ils étaient contents, ils ne se plaignaient pas.»

Quand ils sont revenus au Québec, en Estrie, les ânes ne les ont jamais vraiment quittés. «Je voulais continuer l'idée des ânes, avoir une ferme, faire de la thérapie avec les ânes, une école d'équitation, faire un endroit pour les vieilles personnes. Mais ce n'est pas arrivé comme ça. La vie ne nous a pas emmenés là.»

La vie s'est faite un peu pardonner en leur envoyant Aldo, qu'un couple d'amis a déniché dans une ferme de Port-au-Persil. Les amis avaient une terre, ils ont gardé l'âne pendant quelques années, jusqu'à ce que Sarah et sa famille décident de venir habiter à Québec. Aldo a d'abord habité à l'île d'Orléans, où Sarah a une maison. Il ira d'ailleurs tous les étés, loin des hordes de touristes.

Sarah a trouvé sa maison dans le Vieux-Québec en juin 2011, a cherché partout un petit coin pour que son âne puisse paître tranquille. Mais où? «Partout où je me promenais, je regardais les cours. Il y en a plus qu'on pense. Puis, un jour où je pratiquais pour la chorale à côté de la cathédrale, j'ai vu la cour. Je me suis dit : "Ça y est, c'est ça, c'est ici la place pour Aldo!"» L'évêque Dennis Drainville et sa femme Cynthia ne se sont pas fait tirer l'oreille. «Ils ont dit oui tout de suite!»

Sarah et sa famille ont emménagé la cour, ont construit un petit abri tout au fond. Puis, le 21 décembre, Aldo a pris possession de son pied-à-terre en ville. Le déménagement s'est fait dans la plus grande discrétion, le règlement municipal étant plutôt frileux là-dessus. Et, tant qu'à y être, Sarah a trouvé une coloc pour Aldo, la chèvre Allie. «Elle s'en allait chez le boucher, je l'ai arrêtée en passant!»

Depuis qu'ils sont là, «ça a ajouté une vie à la cathédrale, ça a mis de la vie dans le quartier», se réjouit Sarah. Les voisins passent régulièrement avec des carottes, des coeurs de laitue. Les élèves des Ursulines passent les voir à l'occasion. «Encore aujourd'hui, je ne comprends pas ce qui attire les gens vers Aldo. Il a un effet sur les gens, je vois la même chose que lorsqu'on marchait sur le chemin de Compostelle.»

Elle cite Anatole France. «Tant que vous n'avez pas aimé un animal, une partie de votre âme sera toujours sans éclat, endormie.» C'est peut-être ça, la mission d'Aldo, un réveilleur d'âmes. Avec l'évêque à côté pour les sauver.

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Salut, cher saltimbanque

C'est arrivé jeudi matin, 9h44. Michel Gariépy a tiré sa révérence, dans le silence engourdi d'un matin d'hiver. Ça faisait deux mois qu'il était à Michel-Sarrazin, un mois qu'il racontait ses derniers jours sur Facebook. Il en aura vécu 29 485. Son fils François a publié jeudi le dernier statut, écrit avec son père lorsqu'il était encore «toute» là.

«Jour 61. J'ai enfin perdu mon pari, ce matin vers 9h44. Je suis devenu un feu follet. Quel merveilleux destin. Désormais, je voyagerai dans le temps... Versailles est beau, une merveille au temps de Louis XIV avec Molière, Racine, Corneille, Lafontaine, le détestable Plapisson et les autres. Je vous embrasse tous, mes merveilleux amis et membres de ma famille que j'aime. Michel xx»

Notez le «enfin»; il contient la fatigue d'avoir livré un combat perdu d'avance, mais aussi la chance d'avoir eu le temps de fermer les livres avec les gens qu'il aime, tout particulièrement sa femme Dinah, son fils François, sa fille Marie-Ève, ses petits-enfants Juliette et Francis. Et ses nombreux amis.

Il avait préparé un testament vidéo pour cette fin qu'il savait proche. À la question «y a-t-il une vie après la mort?», il répond que «des fois, je crois que peut-être que oui. J'aimerais». Il sait, maintenant. À ses petits-enfants, il leur souhaite «d'être heureux, d'avoir des envies. Il faut d'abord avoir soif». Soif de vivre, s'entend. Michel a eu soif, il a bu tant qu'il a pu. Je lui lève mon verre.

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Quant à moi, je m'éclipse pour les deux prochaines semaines, le temps de souffler un peu. On se retrouve le 7 janvier.

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