Le père Noël, un biscuit à l'avoine et une AK-47

Le Scottsdale Gun Club offre chaque année sa...

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Le Scottsdale Gun Club offre chaque année sa classique séance de photos avec le père Noël. Celle-ci a été prise en 2011.

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Mylène Moisan

(Québec) Je déteste le chocolat, mais je m'étais préparée mentalement cette année à cuisiner les biscuits préférés du père Noël pour être certaine qu'il s'arrête chez nous dans la nuit du 24 au 25 décembre. Je n'aurai pas besoin de faire ça, le père Noël n'aime plus le chocolat. Ses biscuits préférés? À l'avoine.

C'est lui-même qui l'a écrit à mon garçon de quatre ans la semaine passée. Quand même, sur quatre paragraphes, il prend la peine de s'étendre sur les recettes de mère Noël, qui m'a tout l'air d'avoir regardé À la Di Stasio cette année. Finis les biscuits aux pépites de chocolat, elle en fait maintenant trois variantes : carottes et canneberges épicées, gingembre et sucre d'orge, ainsi que son, poires et caroube.

Le père Noël est encore moins difficile. Il veut des biscuits au gruau. Et il doit demander à mère Noël pour en avoir deux.

Un verre de lait de soya avec ça?

Et, tant qu'à y être, il lui faudrait probablement un supplément de vitamine D pour pallier le manque de soleil au pôle Nord en cette période de l'année. Pas de veine pour le gros bonhomme, ça tombe pile pendant sa période de stress intense. Et avec tout le gras abdominal qu'il traîne...

Apparemment, il n'y a pas seulement mère Noël qui s'inquiète des mauvaises habitudes de son homme. Une éditrice canadienne, Pamela McColl, vient tout juste d'enlever la pipe au bec de saint Nicolas, qui faisait des ronds de fumée depuis 1823 dans le célèbre conte 'Twas the Night Before Christmas. Dans la nouvelle édition de 2012 publiée par Grafton and Scratch, on a biffé les dangereux mots de Clement C. Moore. La censure vaut bien les vies sauvées, se défend la dame.

Toute cette belle morale me donne subitement le goût de revoir Méchant père Noël avec Billy Bob Thornton.

Mme McColl n'est pas la seule à casser du sucre sur le dos du pauvre bougre. En 2009, le sérieux British Medical Journal a publié une étude d'un non moins sérieux chercheur australien, Nathan Grills, qui écrivait sans rire que, «sur le plan épidémiologique, il y a une corrélation entre les pays qui vénèrent le père Noël et ceux où le taux d'obésité des enfants est élevé».

D'où l'idée des biscuits à l'avoine, j'imagine.

Le chercheur australien ne s'arrête pas là. Il conclut que saint Nicolas envoie le message qu'être gros «est synonyme de bonne humeur et de jovialité». C'est une chose de faire la promotion des bonnes habitudes de vie et d'encourager les gens à atteindre leur poids santé. C'en est une autre de condamner les gros à être malheureux. L'ami Grills est encore plus radical que mère Noël, il suggère au bedonnant gaillard de partager les carottes et les céleris de ses rennes. Un peu d'houmous avec ça?

Et, tant qu'à être en présence d'un si mauvais exemple pour notre belle jeunesse, aussi bien balancer le mythe par-dessus bord. C'est ce que fait chaque année le Scottsdale Gun Club en Arizona, qui invite les familles à prendre une photo de famille avec le père Noël et... des armes qui auraient fait rougir d'envie Adam Lanza.

À la question «pourquoi tant de tueries aux États-Unis?», une partie de la réponse vient du fait qu'il est normal pour ces familles de se faire poser entre un sapin et des mitraillettes, avec un petit bonhomme de même pas six mois sur les genoux de saint Nicolas. Sur une des photos trouvées sur le Web, la main du bambin est amoureusement posée sur la crosse de l'arme. Et le papa et la maman de sourire à pleines dents, pétris du bonheur que confèrent l'amour infini et le deuxième amendement.

Moi qui trouvais que les biscuits à l'avoine tuaient la magie de Noël, la voilà réduite en bouillie.

Jean-Pierre Ferland pourrait adapter son classique pour Santa Claus Is an American. Comme Dieu, le père Noël est une belle idée passée dans le tordeur d'une morale hypocrite et de la rectitude politique.

Y'a des fois j'recommenc'rais tout ça

Sans Ève et sans Adam

Que des chiens et des chats

Que des champs et des bois

Et puis, tiens, je vais la faire quand même, cette recette de biscuits au chocolat. Avec extra pépites.

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