Si Dieu existe

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(Québec) Ça y est. C'est reparti.

À chaque fusillade, on répète qu'il s'agit d'un acte «insensé», «inexplicable». Sans jamais pouvoir s'empêcher de suggérer une explication.

Quand il s'agit des États-Unis, on pointe l'abondance des armes à feu. Après tout, 80 % des assassinats par balle dans les 23 pays les plus riches du monde seraient commis aux États-Unis.

Mais les armes à feu n'expliquent pas tout. Pas plus tard que vendredi, un homme a poignardé 22 enfants dans une école en... Chine.

Pas grave. Très vite, on cherche ailleurs. Au fil des ans, on a accusé les jeux vidéo.

La solitude de la société moderne. La dislocation des familles. La culture gothique. L'animal qui sommeille en nous. Et bla-bla-bla.

On jurerait que chacun voit d'abord dans la tragédie la confirmation de ses préjugés.

En 2006, une chroniqueuse du Globe and Mail a soutenu que les tueries du Collège Dawson, de l'École Polytechnique et de l'Université de Concordia ont été engendrées par les lois linguistiques et l'intolérance des «pure laine» du Québec!

Plus à côté de tes pompes que cela, il faut un GPS pour te retrouver...

Blacksburg, en Virginie. Oak Creek, au Wisconsin. Littleton, au Colorado. Red Lake, au Minnesota. Tucson, en Arizona. Aurora, au Colorado.

Les lieux des fusillades crépitent un instant sur les écrans, avant de disparaître. Comme des étoiles filantes.

Quelqu'un se souvient-il encore du père Noël qui a tué neuf personnes, durant le réveillon de 2009, près de Los Angeles?

Ceux qui ont répondu oui sont de fieffés menteurs. Ou alors des candidats sérieux pour Génies en herbe.

En général, le malheur des autres est vite oublié. Cela relève presque de l'hygiène mentale. Impossible de vivre en pensant continuellement à l'horreur et au danger.

«Il y a 4700 astéroïdes qui se dirigent vers la Terre, est-ce que vous passez votre temps à penser à une collision?» ont résumé des astronomes de la NASA.

Au début des années 2000, les services secrets américains avaient mené une vaste enquête sur les fusillades survenues dans les écoles des États-Unis.

Les enquêteurs s'étaient particulièrement intéressés à une fusillade survenue dans une école secondaire de l'Alaska. Le tueur avait eu la délicatesse de conseiller à des amis d'assister au carnage depuis une mezzanine, pour éviter une balle perdue.

Un étudiant qui s'était réfugié sur la mezzanine s'était même fait dire : «Tu ne devrais pas être ici. Ta place est en bas. Ton nom figure sur la liste [du tueur].»

Pour les gens de la ville de Newtown, dans le Connecticut, on n'ose pas imaginer la suite. Après que le président aura promis «qu'il ne les oubliera jamais». Après que les médias auront remballé leurs bidules. Après que le monde entier sera passé à autre chose.

On souhaite seulement qu'ils s'en tirent mieux que ceux de la petite ville de Beslan, dans le sud de la Russie.

En septembre 2004, un commando tchétchène y avait pris 1100 personnes en otages, dans une école. Au bout de trois jours, les forces russes avaient donné l'assaut dans des circonstances nébuleuses. Trois cent trente et un morts, dont 186 enfants.

Plusieurs mois après, une journaliste italienne est retournée dans la ville, devenue folle de chagrin.

«On ne peut plus prononcer un seul mot sur ce pays d'ombres, écrit la journaliste. Ici, la douleur et l'horreur ont fini par tout tuer, même la pitié. A Beslan, il ne reste désormais plus que la haine. Les mères des enfants morts haïssent les mères des enfants vivants. [...] Les familles s'élèvent contre les enseignants parce qu'ils n'ont pas aidé leurs enfants. Les enseignants haïssent Poutine parce qu'il n'a pas su arrêter le massacre.

Beslan possède deux cimetières : l'un pour les morts, l'autre pour les anges. Un cimetière d'enfants [...] encore tellement vivants dans la douleur des gens qu'on croirait les voir se promener au milieu des tombes. Quelle que soit l'heure, quelqu'un est là, en train de prier. Quelqu'un qui parle aux photographies et à la terre. Une femme arrange un petit arbre décoré de poupées pour sa petite fille : sa tombe est pour elle le seul endroit où fêter Noël. [...] Au fond du cimetière, un homme a posé une table et deux chaises sur la pierre tombale de sa femme et de ses trois filles. La neige tombe, mais le père lit pour elles un livre de contes. Sa maison est ici. Tout le monde fuit ce pays. Mais, lui, il n'a plus personne à sauver.» 1

Que voulez-vous ajouter? Le plus inexplicable, si Dieu existe, c'est que personne ne l'ait accusé de «non-assistance à personne en danger». Ou mieux, de crime contre l'humanité.

1. Un cimetière pour les anges, traduit par Courrier international, 20 janvier 2005.

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