Le «gratte-ciel» de St-Roch

Le projet de tour résidentielle de 16 étages à la place  Jacques-Cartier, dans... (Image fournie par la Ville de Québec)

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(Québec) Le projet de tour résidentielle de 16 étages à la place Jacques-Cartier, dans Saint-Roch, sera vraisemblablement revu à la baisse.

Son promoteur, la CSD, croit que le projet initial de 100 condos pourrait être rentable aussi à partir de 90 unités. Cela voudrait dire jusqu'à trois étages en moins et des cases de stationnement souterrain réduites en proportion. Les discussions avec la Ville se poursuivent à cet égard, rapporte le secrétaire-trésorier de la CSD, Daniel B. Lafrenière.

Les Comités de citoyens de St-Roch et de St-Sauveur ont dénoncé le projet de la CSD, l'estimant trop haut pour le voisinage.

Cela peut se débattre. Un immeuble plus haut fait nécessairement plus d'ombre et rabat plus de vent au sol. Il peut priver des voisins d'intimité, défigurer un quartier et générer plus de circulation. Cela doit être pris en considération.

Ce qui se défend moins, ce sont les jugements philosophiques et moraux entendus dans ce débat. Le refus que le quartier s'enrichisse et se diversifie.

Comme si la propriété privée était contraire à l'intérêt public et que construire des condos était mal. Même si c'est un syndicat qui les construit.

Comme si seul le logement social était acceptable dans un quartier qui en compte déjà sa large part : 1936 unités; 11 % de tout le parc de l'agglomération.

À propos, la CSD a «regardé» la possibilité d'inclure du logement social dans son projet de la place Jacques-Cartier. Elle y a finalement renoncé, expliquant rechercher d'abord une «rentabilité» pour ses membres.

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Construire un «gratte-ciel» de 16 étages dans un centre-ville n'a rien en soi d'excessif ou de démesuré.

Peut-être pas dans le Vieux-Québec, patrimoine oblige, ou dans Montcalm, mais dans St-Roch, je ne vois pas le problème.

Il y a déjà plusieurs immeubles costauds dans le voisinage de la bibliothèque Gabrielle-Roy. Que la CSD y ajoute une tour résidentielle ne va pas dénaturer le quartier.

Au contraire, elle va contribuer à l'animer en dehors des heures de bureau et y augmenter le sentiment de sécurité; sans parler de la clientèle pour les commerces et des revenus de taxes pour la ville.

Le comité des citoyens de St-Roch parle d'une «coupure de la ligne d'horizon» depuis la haute ville ou depuis le parc Victoria en regardant vers l'est.

Je trouve l'argument peu convaincant. Le «sky line» de St-Roch n'est pas à ce point fragile ou typé qu'on ne puisse y toucher.

On sent ici que l'ombre de l'Hôtel Pur plane sur la rue St-Joseph et sur tout projet le moindrement ambitieux dans le quartier.

Des citoyens ont la hantise de répéter «l'erreur» des années 70; craignent que les 16 étages écrasent le quartier, comme à l'époque le Holiday Inn.

Il fait d'ailleurs consensus que si c'était à refaire, on ne permettrait sans doute pas ce Holiday Inn sur la rue de la Couronne.

À mon avis, le vrai problème de ce Holiday Inn (Hôtel Pur) n'est pas tant sa hauteur, mais le fait qu'il cache la façade, magnifique, de l'Église St-Roch.

Cela tient aussi au béton, le matériau de la modernité des années 60-70, aujourd'hui mal aimé et qu'on trouve laid.

Avec ses 16 étages et plus, l'Édifice Price est aussi en rupture avec ses voisins du Vieux-Québec.

Personne ne parle pourtant d'erreur ni ne lui reproche d'écraser le voisinage. On lui pardonne sa hauteur parce qu'il est beau.

Si on avait écouté à l'époque les critiques, le Price n'aurait sans doute jamais été construit et ne serait pas devenu un des joyaux architecturaux de Québec.

La question est de savoir si un immeuble qui détonne par sa hauteur a le potentiel de traverser les âges et qu'on le regarde un jour en se disant «heureusement qu'on l'a construit», plutôt que le contraire.

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L'immeuble projeté par la CSD ne masquera pas de belle façade d'église ni de perspectives qui mériteraient d'être protégées.

La seule hésitation porte sur le confort de la place publique que la Ville veut aménager au pied de la tour.

Planté au nord-ouest de la place, le futur immeuble ne fera pas d'ombre sur la place, sinon en toute fin de journée.

Le problème est le vent. Tout immeuble qui dépasse les hauteurs moyennes du voisinage provoque un problème de déflexion de vent, explique le professeur d'architecture André Potvin.

Un tiers du vent intercepté est alors projeté vers le haut et les deux tiers vers le bas. L'effet sera amplifié si le bâtiment en amont est très bas. Davantage encore s'il s'agit comme ici d'une place publique dépouillée.

Ce sera encore pire en hiver, avec le facteur de refroidissement éolien, prévient-il.

Il faut ici relativiser. La place d'Youville est très venteuse et le rideau d'immeubles en hauteur qui la bornent y crée un «effet venturi» qui amplifie le vent. Cela n'empêche pas d'y faire vivre des terrasses et une patinoire l'hiver.

Il est possible d'atténuer l'effet du vent par un basilaire au pied de la tour. Sauf qu'il n'y a pas l'espace disponible à place Jacques-Cartier. Il faudrait amputer la place publique, ce qui n'est pas l'objectif.

Si la Ville veut rendre la place publique confortable, il faudra jouer avec la hauteur et les formes du nouvel immeuble. Favoriser les décrochés et les lignes arrondies qui rabattent moins de vent, suggère M. Potvin.

Une ville fière de sa «nordicité» et soucieuse de la santé publique devrait réfléchir à ces choses-là, croit-il.

S'assurer que les espaces publics pourront être fréquentés même quand il fait froid et qu'il vente.

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