Cent jours de «grands détours»

Partager

(Québec) «Je ne veux absolument pas que mon gouvernement soit attaqué sur des questions d'éthique», a déclaré Pauline Marois en annonçant qu'elle revenait sur sa décision d'accorder une permanence à André Boisclair dans la fonction publique.

C'est le côté noble de ce recul du gouvernement. La chef du PQ a promis la «tolérance zéro» sur les questions d'éthique lorsqu'elle a été élue. Elle a reconnu jeudi que le parachute offert à André Boisclair ne passait pas le test de la transparence et de l'éthique et elle a corrigé le tir sans délai. Il était préférable d'agir ainsi, au lieu de s'entêter à défendre l'indéfendable, comme l'ont fait les libéraux dans le cas de Tony Tomassi.

Le côté moins flamboyant de ce recul, c'est qu'il s'ajoute aux erreurs de jugement, aux difficultés de parcours et aux «grands détours» - les mots sont de Mme Marois - qu'a du prendre ce gouvernement depuis le 4 septembre. Jeudi, tous les parlementaires ont applaudi au succès du ministre Bernard Drainville sur le financement des partis politiques. L'image faisait contraste avec les échecs qui ont terni les 100 premiers jours de ce gouvernement.

Le premier échec a fait le plus mal parce qu'il a mis en doute les compétences de son équipe en matière de finances publiques. Il a porté sur la rétroactivité de la hausse d'impôts que Nicolas Marceau a tenté d'imposer pour remplir sa promesse d'abolir la taxe santé. L'entêtement du gouvernement sur cette question a fait durer la controverse pendant des semaines, pour aboutir finalement à l'admission que le remplacement suggéré de la taxe santé était impossible pour l'année en cours, et qu'il faudrait se contenter d'une demi-mesure pour les années suivantes.

L'autre grande promesse du gouvernement portant sur l'abolition de la hausse des droits de scolarité universitaires est en train de se retourner contre lui. La controverse de cette semaine entre le ministre Pierre Duchesne et les recteurs des universités a jeté un pavé dans la mare et compromis la recherche d'un consensus sur l'accessibilité à l'université et le financement de ces institutions. Même les leaders étudiants comme Martine Desjardins, qui vantaient hier la démarche gouvernementale, dénoncent aujourd'hui les coupes budgétaires annoncées. Comme ingratitude, c'est assez particulier...

La principale ligne de presse gouvernementale en réponse aux questions ou aux critiques de l'opposition a porté invariablement sur l'héritage laissé par le gouvernement précédent, une recette usée à la corde par le gouvernement Charest. C'est vrai que le déficit laissé par les libéraux est plus élevé que prévu et que l'économie tourne plus lentement que projeté par le budget Bachand. Mais l'équipe de Mme Marois a contribué à ses malheurs en gelant les droits de scolarité et ceux des garderies, et en abolissant la hausse des tarifs d'électricité du bloc patrimonial.

Les reculs du gouvernement sur les sujets les plus controversés ont fait de l'ombre à ses avancées sur d'autres sujets. Mercredi, Pauline Marois a cité la loi 1 sur l'intégrité des contrats publics, la loi 2 sur le financement des partis politiques, la loi 3 sur la tenue d'élections à dates fixes, et la loi 10 qui permet de relever de ses fonctions un élu accusé au criminel. Le même jour, elle a présenté les modifications promises à la Charte de la langue française. Il y a eu beaucoup de travail au cours des 100 premiers jours du gouvernement, mais c'est sur les projets à faibles coûts ou à coûts nuls que les péquistes ont été en mesure de bouger. Les contraintes budgétaires ont bousillé leurs promesses électorales, et les contraintes du pouvoir leur ont imposé une très grande prudence sur les dossiers comme celui de la langue ou des redevances minières. À ces contraintes s'est ajouté le manque d'expérience des ministres qui explique la visite inappropriée de Daniel Breton au BAPE, le cafouillage de Jean François Lisée dans le dossier Boisclair, ou l'erreur de Pierre Duchesne qui a cru que le contenu de sa discussion avec les recteurs resterait confidentiel.

Les gouvernements en place sont généralement soulagés de voir arriver les fins de sessions. Pauline Marois n'a pas fait exception à la règle. Elle aura grandement besoin de la pause du temps des Fêtes pour se reposer, faire le point sur ses bons et ses moins bons coups, et apporter les correctifs nécessaires à son entourage pour lui éviter les cafouillages inutiles.

Partager

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

publicité

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer