Charité (trop) bien ordonnée

Entre 7h et 9h jeudi, les guignoleux des... (Photo Le Soleil, Yan Doublet)

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Entre 7h et 9h jeudi, les guignoleux des deux rives ont recueilli 197 000$, plus 13 700 kilos de denrées.

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(Québec) Monsieur le juge, je me déclare coupable. J'ai enfreint la loi. De la petite délinquance, rassurez-vous, mais c'est comme ça que ça commence, non? Mon crime? Passer la Guignolée des médias hors du périmètre de sécurité.

Les consignes étaient pourtant très claires, il fallait rester à l'intérieur de la zone délimitée par 45 cônes orange, à l'intersection du boulevard Charest et de la rue de la Couronne. Nous étions une vingtaine de gobe-sous à se cannibaliser deux coins de rue en essayant de nous faufiler entre les voitures immobilisées par le feu rouge ou le «p'tit bonhomme». Je ne vous parle même pas des voies réservées qui compliquaient déjà notre quête de l'automobiliste généreux.

On était dur à manquer avec notre dossard de sécurité fluo, modèle voirie. Avec bandes réfléchissantes, svp, absolument indispensables sous le soleil. On ne badine pas avec autant de vies humaines en danger. Fini les beaux dossards clairement identifiés à Moisson Québec ou à la Guignolée, on avait l'air d'une bande de zoufs en train de ramasser de l'argent pour boucher les nids-de-poule.

Ah oui, la cause était écrite sur notre chaudière blanche, en tout petit. Si un automobiliste avait ralenti assez pour pouvoir lire ça, il se faisait rentrer dans le cul garanti.

Heureusement que toutes les radios de la ville s'étaient donné le mot pour expliquer au monde ce qu'on faisait planté là avec nos gueules de déterrés. Parce qu'il ne fallait pas trop sourire non plus, et absolument pas oser d'irresponsables steppettes qui auraient pu provoquer un carambolage.

Si au moins j'exagérais. Encore une fois cette année, la police de Québec a cru bon de «former» des ambassadeurs de la sécurité dans chacune des boîtes qui participent à la collecte. Au Soleil, deux personnes ont été déléguées pour apprendre comment aider son prochain sans mettre sa vie en péril. Trois policiers ont donné la formation d'une heure à une trentaine de personnes.

Ne riez pas, un accident est déjà arrivé à Amos en 2009 et un autre à Alma l'année suivante. Un et un font que la Guignolée est une menace à la sécurité publique. Ça fait 12 ans qu'on fait ça à Québec, personne ne s'est encore fait rouler sur un orteil. Ce n'était qu'une question de temps avant que la mort frappe.

Toujours est-il que j'en ai eu marre de poireauter comme une conne dans les cônes. J'ai subtilement échappé à la vigilance du policier affecté à notre coin de rue. J'ai marché, l'air innocent, vers la discrète rue Sainte-Hélène, une belle échappatoire au trafic du boulevard Charest, mais surtout une souricière lorsque le feu est rouge. Il n'y avait qu'une seule voie jeudi matin, un sens unique.

Un piège à dons.

Je ne fais pas dans la générosité à pression. Je souris, simplement. J'établis un contact visuel, question de m'assurer que mon vis-à-vis sait à quoi il a affaire. J'appliquais la même technique quand je faisais du pouce. Si on ne donne pas, je fais un bon bonjour pareil. Si on donne, je dis un gros merci, je souhaite une bonne journée. J'en ai dit, des mercis, à peu près 7 autos sur 10, allant de la Jaguar au bazou en passant par tout ce qu'il y a entre les deux. Un peu plus de femmes que d'hommes.

C'est plus fort que moi, je n'ai pas pu m'empêcher d'analyser les quidams qui passaient devant moi.

* Le prévoyant, qui écoute la radio et qui a sa mise prête pour le premier collecteur qui croisera sa route.

* Le spontané, qui fouille dans ses poches lorsqu'il est interpellé personnellement.

* L'influençable, qui fouille dans ses poches quand il voit que tous les automobilistes devant lui le font.

* Le donateur blasé, qui donne comme on s'acquitte d'une tâche ingrate. Il doit faire la même tête quand il passe la moppe.

* Le joyeux luron, qui est vraiment content de donner, même cinq sous.

* Celui qui a «déjà donné», qui prend parfois la peine de me dire où.

* Celui qui n'a «pas de change», qui prend parfois la peine d'ouvrir son portefeuille pour me le prouver.

* Le lunatique, qui regarde dans le vide pour être certain de ne pas croiser mon regard.

* Le D.J., qui se défile en jouant avec les boutons de sa radio.

* La maquilleuse, qui dévisse nerveusement son rouge à lèvres pour créer une diversion.

* La femme de parole, qui m'a dit qu'elle reviendrait après s'être stationnée. Et qui est revenue.

Et moi, est-ce que je reviendrai pour la Guignolée l'an prochain? Pas certaine. J'étais là dans les tout premiers débuts, quand Le Soleil était sur le chemin Saint-Louis. On avait du fun, on chantait, on dansait. On ne se plantait pas devant les autos pour qu'elles arrêtent, on tenait assez à la vie pour ça. Les automobilistes aussi avaient du fun à nous voir, ils ne s'emboutissaient pas pour autant.

À petite échelle, la festive Guignolée des médias a goûté à la même médecine que la Saint-Jean-Baptiste. On a beau se faire des acroires, mais le plaisir décroît avec l'usage de cônes orange et de périmètres de sécurité.

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