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Police de Lévis: la fin d'un règne controversé

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(Québec) La réforme administrative lancée en janvier dernier par le nouveau chef de police de Lévis, Yves Charette, a entraîné le départ de deux hauts gradés proches de l'ancien chef Jean-François Roy.

M. Charrette se défend d'avoir ordonné une purge ou un grand ménage, mais le résultat est le même.

Après des absences maladie prolongées, les inspecteurs Denis Blouin (gendarmerie) et Jean Delisle (enquêtes) ont accepté des indemnités pour prendre une retraite anticipée.

MM. Blouin et Delisle formaient avec l'ex-chef Roy un trio controversé à la direction de la police de Lévis, souvent montré du doigt par les policiers pour le piètre climat de travail.

La logique aurait voulu que l'arrivée d'un nouveau chef et le départ de l'ancienne direction permettent d'assainir l'air et de tourner la page.

Dix mois plus tard, l'évidence est que cela n'a pas suffi et que le climat à la police ne s'est pas amélioré.

Le nouveau chef Charette n'a pas côtoyé MM. Blouin et Delisle, qui étaient en congé maladie à son arrivée en janvier dernier. Il a cependant perçu que les «blessures» et les «réminiscences du passé» minaient encore le service.

Il a senti de la «méfiance» à son endroit, comme cela aurait été sans doute pour n'importe quel nouveau chef, évalue-t-il.

Un de ses premiers constats fut qu'il y avait à Lévis trop de «paliers» entre le chef et les policiers sur le terrain.

Il a estimé «urgent d'aplanir» l'organigramme pour rendre les «communications plus fluides». Les postes des inspecteurs Delisle et Blouin ont ainsi été abolis et un nouveau partage des tâches a été effectué.

Les noms de MM. Blouin, Delisle et Roy ont été associés ces dernières années à plusieurs incidents qui ont mis le service de police dans l'embarras ou affecté le moral des troupes : enquêtes externes par la SQ, procédures judiciaires, décisions de tribunaux.

Le cas le plus spectaculaire est bien sûr celui de l'ex-chef Roy, toujours en attente de procès pour conduite avec facultés affaiblies.

M. Blouin a été trouvé responsable par la Commission des lésions professionnelles de harcèlement au travail à l'endroit d'un policier.

Quant à M. Delisle, les policiers le tenaient responsable avec M. Blouin de l'installation de caméras de surveillance dans les aires de repos des postes de police de Lévis.

La Sûreté du Québec a enquêté sur la légalité de cette affaire. Aucune accusation n'a été portée, mais le syndicat a déposé un grief qui sera entendu le printemps prochain.

Au moment de son départ, M. Delisle s'est prévalu d'une clause du contrat des cadres qui permet de toucher 18 mois de salaire lorsqu'un poste est aboli.

MM. Blouin et Roy ont de leur côté signé des ententes de départ confidentielles. Celle de M. Blouin a été ratifiée par le Conseil du 20 février dernier sans que son nom apparaisse au procès-verbal ni le montant versé.

Celle de M. Roy, beaucoup plus médiatisée, remonte à juin 2011, lors de la destitution du chef. Le montant de l'indemnité est ici aussi confidentiel.

Le chef Charrette a perçu que les choses s'étaient «un peu apaisées» après le départ de M. Roy et pendant l'intérim du directeur adjoint Claude Pelletier, mais ce «n'était pas le climat idéal» à son arrivée.

Incidemment, M. Pelletier, qui semble jouir d'une excellente réputation au sein du service, est à son tour en congé maladie depuis quelques mois.

Des rumeurs ont couru dans le service qu'il ne reviendrait peut-être pas, mais le chef Charrette et les Ressources humaines assurent que M. Pelletier sera de retour au travail prochainement.

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Au plus fort de la tourmente, après le départ de l'ex-chef Roy, la Ville de Lévis a commandé un rapport sur le climat de travail à l'anthropologue Jean-Noël Tremblay, spécialiste de l'organisation policière.

Elle refuse toujours de rendre public ce rapport, pour respecter, dit-elle, la promesse de confidentialité faite aux policiers qui ont accepté de parler au consultant.

Selon les informations qui ont filtré, le rapport parlait de surcroît de travail pour les dirigeants, de difficulté à assurer la relève et d'un sérieux problème à la haute direction.

Le chef Charrette a de nouveau fait appel

M. Tremblay au cours des derniers mois, cette fois pour l'aider à préparer un «plan stratégique» qui devrait être présenté l'an prochain.

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M. Charette attribue à la lenteur des négociations le climat de travail difficile qu'il perçoit actuellement au service de police. Un classique des relations de travail qui n'est pas unique à Lévis.

Ce qui n'est pas unique non plus, c'est la résistance naturelle au changement dans une organisation.

Ce qui l'est peut-être davantage, c'est que le mauvais climat de travail semble être un problème chronique à Lévis.

Les fusions ont forcé des «changements de culture», observe le chef Charrette. Des groupes sont restés à «couteaux tirés».

Les signes d'un climat difficile sont cependant antérieurs aux dernières fusions.

Voyez cet extrait d'un texte publié dans Le Soleil en avril 1997 mais qui donne l'impression qu'on aurait pu l'écrire cette année. C'est un président de la Fraternité des policiers qui parle :

Se disant inquiet et préoccupé de la situation difficile à Chaudière-Ouest, M. Martin déplore la dégradation du climat de travail et la prolifération de griefs et autres recours qui «n'est qu'une manifestation bien partielle de l'ampleur de la problématique vécue par les policiers».

Le texte parle aussi de congés maladie, de harcèlement et de plaintes devant la CSST, le Commissaire du travail et le Tribunal du travail, etc.

Quinze ans plus tard, rien ne semble avoir changé.

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