Les anges de l'isolation

Nancy Tremblay et Éric Trudel, d'Éconologis, s'occupent des... (Le Soleil, Caroline Grégoire)

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Nancy Tremblay et Éric Trudel, d'Éconologis, s'occupent des problèmes d'isolation des moins fortunés, mais aussi de leur problème d'isolement.

Le Soleil, Caroline Grégoire

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Mylène Moisan

(Québec) Toc, toc, toc! Qui est là? «C'est Éconologis!», répond Nancy Tremblay. La porte s'ouvre. Nancy est là pour réduire les problèmes d'isolation, poser des coupe-froid, tendre des pellicules de plastique sur les fenêtres. Parfois, ce n'est pas seulement l'isolation qui pose problème. L'isolement aussi.

Ça fait 10 ans que Nancy arpente les rues de la très, très grande région de Québec pour que ses concitoyens les moins fortunés ne payent pas pour chauffer le dehors. Toujours avec un collègue, elle arrive chez les gens avec un gros sac d'armée rempli de son arsenal d'économiseurs d'électricité, entre autres coupe-bise, produits de calfeutrage, ampoules fluocompactes et aérateurs de robinets.

Quand elle cogne à une porte, elle ne sait jamais à quoi s'attendre. Elle a fait ça 4000 fois depuis 10 ans. «C'est toujours une aventure!», qu'elle me lance, enthousiaste, par ce frisquet matin où je l'accompagne. Elle a tout vu. Dans des coins comme Charlevoix, il n'est pas rare qu'elle reparte avec des galettes ou des chaussettes tricotées à la main. D'autres fois, ses «clients» ont le moral à zéro. Ils ont plus besoin d'une oreille que d'un exposé sur l'art de lire leur facture d'Hydro.

«Une fois, j'ai visité un appartement dans un sous-sol. La salle de bain était toute noire de moisi et, dans la chambre des enfants, les jouets sur le bord de la fenêtre étaient pris dans la glace.» Elle a voulu dénoncer le propriétaire à la Santé publique, mais la dame a refusé, de peur de se retrouver à la rue. L'escouade d'Éconologis fait une poignée de signalements par année, surtout quand il y a des enfants.

Quand elle entre chez quelqu'un pour jaser efficacité énergétique, elle entre dans son intimité. Pendant une heure et demie. Nancy s'occupe de la jasette, son collègue Éric s'occupe de calfeutrer. C'est étonnant tout ce que les gens leur confient, même quand une maudite journaliste les épie.

On est allés chez un monsieur qui vient d'emménager. Il a froid. Il trouve ça dur. Il vient tout juste de se séparer, s'occupe seul de son fils, travaille comme un fou. On est repartis avec l'unique certitude qu'il aura un tout petit peu moins froid cet hiver. Le monsieur était content, ça lui a fait du bien de jaser. En prime, il a retenu quelques trucs pour payer moins de chauffage.

Je lui souhaite que ça marche avec sa nouvelle copine.

Ils ne sont pas tous gentils comme lui. Parfois, Nancy et les autres ambassadeurs d'Éconologis se font traiter comme des moins que rien. «Un monsieur a intimidé un de mes collègues tout le long de la visite. Il a appelé la police quand il a terminé sa visite, après qu'il soit sorti.» Il est bon, j'aurais sacré mon camp avant.

C'est rare que Nancy sacre son camp. C'est arrivé avec une vieille madame complètement paquetée, même plus capable de se tenir debout. «S'ils sont soûls, mais qu'ils ne sont pas agressifs, je fais la visite pareil.» Si ça sent la fin du monde aussi. Elle a déjà eu affaire à un gars au bord du suicide. Elle lui a proposé de l'accompagner au CLSC, il a refusé. Elle est partie en lui faisant promettre d'y aller. Elle ne saura jamais ce qu'il a fait après avoir refermé la porte.

Les gens qui font appel à Éconologis ne sont pas riches, pas en argent du moins. Le revenu maximum est de 29 004 $ - bruts - pour un couple. «Il y a toutes sortes de monde, ce n'est pas toujours rose. Il y a des cas de détresse psychologique. Quand je pars, ils me disent "Merci, tu m'as aidé". Ils nous appellent leurs sauveurs. Des fois, je suis plus comme une intervenante sociale.» Ça tombe bien, elle a étudié là-dedans.

La plupart du temps, Nancy arrive à donner son cours d'Hydro 101. Avec son ruban à mesurer, elle calcule la grandeur du logement. Elle divise ça par la facture d'électricité pour un an. C'est supposé coûter 1 $ du pied carré. Le premier appart qu'on a fait était à 1,22 $, l'autre à 1,45 $. Elle a déjà vu 2,50 $. Il en faut en maudit des coupe-bise, des plastiques et des ampoules fluocompactes pour faire une différence.

«Ça arrive aussi que les gens invitent leur famille ou des amis. Ils s'assoient tous autour de la table, ils écoutent les conseils, me posent des questions. J'adore ça dans ce temps-là.» Elle se sent utile. Elle fait une différence, un kilowattheure à la fois.

Chaque automne depuis 1999, le programme Éconologis doit être réanimé par notre bon gouvernement. Il a bien failli être aboli en 2010, il a été ressuscité in extremis. Cette année encore, le ministère des Ressources naturelles a fait durer le suspense jusqu'en octobre. L'année prochaine, je suggère d'aller piger dans le bas de laine de la Santé et des Services sociaux. À elle seule, Nancy fait économiser plusieurs heures de consultation avec des travailleurs sociaux. Ça vaut bien des coupe-bise.

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