Au secours, mon enfant est surdoué!

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Dans un système où on intègre les moins bons dans l'espoir qu'ils s'améliorent, on accepte que les meilleurs s'emmerdent. Et décrochent.

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«Il a quel âge votre enfant?

- Deux ans.

- Est-ce qu'il parle?

- Oui. Et il compte par multiples de deux.

- Ah, comme il est intelligent, votre enfant! Il ira loin dans la vie. »

Ça dépend. Être surdoué dans une école au Québec n'est pas un gage de succès. Loin de là. Les parents doivent se battre pour qu'on s'occupe de leur problème, parce que c'en est un. Dans un système où on intègre les moins bons dans l'espoir qu'ils s'améliorent, on accepte que les meilleurs s'emmerdent. Et décrochent.

J'ai rencontré cinq parents d'enfants surdoués. Ils avaient emmené leurs fils, six garçons, qui aimeraient bien apprendre quelque chose à l'école. On m'a demandé de changer leur nom parce que «c'est déjà assez compliqué comme ça».

À deux ans, Nicolas comptait par multiples de deux. Quand il est arrivé en première année, il savait déjà multiplier les centaines et les dizaines les doigts dans le nez. «Il pouvait calculer mentalement 580 X 40, il me fallait la calculatrice pour vérifier», se souvient sa mère. Le prof suivait le programme, un élève de première année doit savoir additionner jusqu'à 10. Nicolas a pété les plombs. Il a fait une dépression.

Ça me fait penser à un poème de Jacques Prévert.

Deux et deux quatre

quatre et quatre huit

huit et huit seize...

Répétez! dit le maître

Deux et deux quatre

quatre et quatre huit

huit et huit font seize

Mais voilà l'oiseau-lyre

qui passe dans le ciel

l'enfant le voit

l'enfant l'entend

l'enfant l'appelle :

Sauve-moi

joue avec moi

oiseau!

C'est souvent ce qui arrive avec les surdoués. Ils s'inventent des oiseaux-lyres pour endurer le supplice de la goutte. «Ces enfants-là mettaient beaucoup d'espoir dans l'école. On leur disait qu'ils allaient apprendre quelque chose. Et là, ils se rendent compte qu'ils n'apprennent absolument rien. La première journée, ils savent déjà ce que le professeur enseigne. La deuxième journée, il enseigne la même chose. Rendus à la huitième répétition, ils ont totalement décroché», résume Marianne.

Les profs, eux, en ont plein les bottes avec les élèves qui en bavent. C'est pour eux qu'ils répètent 8, 10, 12 fois la même chose. Certains enseignants s'en tirent en permettant aux surdoués de lire en classe. Nicolas, lui, fait des sudokus. Il est en quatrième année, il s'emmerde depuis la maternelle.

Sylvie Regnier est chanceuse, elle est tombée sur une école où on accommode ses deux enfants. Son fils a sauté sa deuxième année, il s'en porte très bien. Il peut faire ses examens avec un ordinateur. Son cerveau écrivant plus vite que sa main, il en arrache plus que les autres en écriture. Le clavier suit la cadence.

Il y aurait environ 1 % des enfants plus vite du ciboulot que les autres, souvent au grand dam des familles, qui ne savent pas trop quoi faire avec ça. Sylvie et d'autres parents ont d'ailleurs eu l'idée de créer une association pour démystifier le phénomène, ça s'appelle Haut Potentiel Québec.

En France, on estime que 30 % des enfants surdoués deviennent des décrocheurs. Ça doit être pareil, sinon pire, au Québec. C'est ce qui arrive quand on passe à travers le système d'éducation sans faire d'efforts. Sylvie se rappelle la fois que son «aîné est arrivé avec un beau A +, avec une note du professeur : «a travaillé très fort». Il n'avait pas travaillé du tout pour ça. C'est ce qui est le plus difficile à leur faire apprendre, l'effort.»

Non seulement l'école ne les encourage pas à se forcer, on les décourage parfois. «Quand il était en première année, Nicolas faisait des soustractions négatives pour se donner un défi de plus, comme 2 - 3 = - 1. Il avait zéro comme note parce que ce n'était pas dans le programme», raconte sa mère. Nicolas seconde. «Je déteste les maths, on ne fait rien. Il faut que je calcule 8 X 8, je fais ça depuis que j'ai trois ans. Et en plus, il faut que je fasse une démarche», peste l'enfant. Une démarche, c'est souvent un dessin, une pure perte de temps pour un surdoué.

Les dessins ont presque eu raison du fils de Kevin, un perfectionniste de sept ans qui écrit comme un élève de sixième année. «Si tu lui demandes de faire 6 X 10 et qu'il doit dessiner 6 carrés de 10 espaces, ça va lui prendre un temps fou pour dessiner les carrés à la perfection, alors qu'il connaît la réponse. Le prof nous a dit qu'il était au-dessus de la moyenne, mais qu'il serait meilleur s'il était plus rapide. Ils ont juste à arrêter de lui faire dessiner des carrés!» proteste le père.

Les p'tits gars de sa classe rêvent d'être pompiers, lui aspire à devenir paléontologue spécialisé dans les dinosaures herbivores de grande taille. Les p'tits gars de sa classe ne savent pas c'est quoi un paléontologue.

Le fils de Sophie, six ans, fait contre mauvaise fortune bon coeur. Il fait semblant d'apprendre. Il est en maternelle. «Là, ils sont rendus à apprendre la lettre V, il fait semblant qu'il ne le sait pas, même si ça fait deux ans et demi qu'il le sait. Il ne veut pas que ça paraisse qu'il le sait.» C'est habituellement la tactique des filles surdouées, qui sont plus difficiles à détecter que les gars. Pendant que Sophie me racontait ça, fiston lisait tout seul Mon premier Larousse des comment.

Son dada du moment, ce sont les plateformes pétrolières. Il connaît les différents modèles, celles qui flottent, celles qui coulent aussi. Il a tout lu sur le fiasco de Deepwater Horizon. Quand il se promène en ville avec ses parents, il s'arrête devant chaque plaque, chaque monument. Il ne repart pas avant d'en connaître l'histoire. À la maternelle, on lui enseigne les couleurs.

Pas besoin d'un cours classique pour comprendre que ce p'tit gars-là ait plus envie de s'évader avec l'oiseau-lyre que d'être captif d'un prof qui doit faire semblant que tous ses élèves sont égaux.

... et les murs de la classe

s'écroulent tranquillement

Et les vitres redeviennent sable

L'encre redevient eau

Les pupitres redeviennent arbre

Le porte-plume redevient oiseau.

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