Faites-le pour Élaine

Élaine Allard travaille au Centre de tri de...

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Élaine Allard travaille au Centre de tri de Québec, où se ramasse le contenu de tous les bacs bleus de la ville.

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Mylène Moisan

(Québec) Élaine Allard travaille pour l'environnement. Un boulot concret. Elle bosse au Centre de tri de Québec, où se ramasse le contenu de tous les bacs bleus de la ville. Elle a les mains dedans, le nez aussi. Parce que travailler pour l'environnement, ça sent parfois le caca. Quand des tatas mettent des couches pleines au recyclage.

S'il y en avait une de temps en temps, Élaine n'en ferait pas tout un plat. Mais non. «C'est régulier. On voit une couche, une autre, avec le contenu tout étendu dans les autres produits. Pas loin en arrière, il y a le sac au complet. Et il n'y a pas juste des couches de bébé...» Le problème est assez important pour que la Ville ait pris la peine d'envoyer une lettre à tous les centres de la petite enfance.

Ça veut dire que, au moment où vous lisez ces lignes, une personne en chair et en os est en train de sortir une couche - ou, pire, des morceaux de couche - de la chaîne de tri. Elle a des gants, mais pas de pince-nez.

Ils sont une quarantaine comme Élaine à passer leurs journées à sortir les cochonneries du recyclage. Tout ce que vous mettez dans votre bac bleu défile sous leurs yeux sur un tapis roulant. Tout. Ils ont vu le micro-ondes de votre voisine, le boyau d'arrosage du beau-frère. Ils en ont tellement vu que ça ne les étonne plus.

Sur son tableau de chasse, Élaine n'a pas eu la chance de son confrère qui a trouvé un panache, mais elle a trouvé «une patte d'orignal la semaine passée. J'ai aussi trouvé un vibrateur. Les batteries auraient pu aller à l'écocentre!» Élaine rit, je lui lève mon chapeau. Pas certaine que j'aurais encore le sens de l'humour après deux ans à mettre les mains dans la bêtise humaine.

La première étape de la chaîne, c'est le prétri, où les gros intrus sont expulsés. Le genre de choses qui pourraient briser les machines. On y a déjà reçu un fauteuil. Je suis restée plantée là, quelques minutes devant l'abrutissant défilé. Ça passe vite. Tellement que je n'y décelais absolument rien. Puis j'ai vu deux bras sortir un lecteur DVD, deux autres saisir de gros pieux en fer rouillé.

L'étape suivante, c'est le tri. C'est là qu'on sort les couches. On sort aussi des haltères, des roches, des briques, des vieux feux de signalisation. Des feux d'artifice flambant neufs aussi. Il y a des tatas qui mettent ça dans leur bac bleu. Le carton, ça se recycle, non? Oui, sauf quand il y a des explosifs dedans. Un jour, il y en a un qui a sauté. Ça a pété tellement fort que les employés ont dû être évacués.

Élaine est trop bonne, elle parle d'«erreurs de bonne foi». Quand quelqu'un met dans son bac bleu un sac rempli de vêtements lavés et pliés, c'est une erreur de bonne foi. Quand quelqu'un met une couche ou un micro-ondes, c'est de la paresse crasse. Quand quelqu'un balance sa pinte de lait sans la rincer, c'est un peu des deux.

Si vous pensez que c'est facile de recycler, vous ne le faites probablement pas comme il faut. Ce n'est pas facile. Il faut regarder le code des contenants de plastique, à Québec, on ne recycle pas le numéro 6. Il faut nettoyer les contenants. Il ne faut pas mettre des morceaux de papier plus petits qu'un Post-it, à moins qu'ils soient dans un sac de plastique transparent. Il ne faut mettre aucun sac de plastique au recyclage, à moins qu'ils contiennent des petits morceaux de papier.

Pas de styromousse, mais le métal, oui. À moins que ça ne soit un rim d'auto, un amortisseur ou un vieux pieu rouillé. Vous pouvez même mettre vos cannettes consignées, elles serviront à financer le centre de tri. Pas de pot de peinture, de bâton de baseball, de corde à linge. Pas de chaises de parterre non plus.

Quand vous recevez votre Publisac, il faut mettre les prospectus au recyclage, le sac dans la poubelle. Les sacs de plastique sont le cauchemar du centre de tri. Il y en a partout. Malgré la vigilance d'Élaine et de ses collègues, ils se faufilent jusqu'à la fin de la chaîne de tri. Ils s'immiscent dans les ballots de papier, dont ils font diminuer la valeur. Si vous voulez faire plaisir à Élaine, jetez vos sacs de plastique.

L'autre cauchemar du centre de tri, c'est le verre. C'est un casse-pieds pour tout le monde. À la poubelle, il irait narguer l'incinérateur. Au recyclage, il s'éclate en mille miettes, contamine la chaîne de tri pour ressortir à la fin en une grosse butte multicolore, dont on ne sait trop quoi faire. On essaye d'en envoyer le plus possible à Drummondville, où il y a la seule usine capable de le transformer. Pour le reste, votre hypothèse vaut la mienne. J'imagine les éclats maudits enfouis quelque part.

À cause de toutes les cochonneries qui se retrouvent dans les bacs bleus, les produits recyclés sont contaminés. Pas besoin d'observer longtemps les ballots de papier qui sortent du centre de tri pour voir les sacs de plastique et les contenants de métal mélangés dedans. Pas d'assez bonne qualité pour être vendus ici, on les refile aux Chinois, qui sont moins regardants. Bonjour l'empreinte écologique.

Et dire qu'on fait tout ça pour sauver la planète.

Je propose qu'on passe tous une demi-journée à trier les bacs bleus. Avec des gants, sans pince-nez, comme Élaine. On y pensera deux fois avant de mettre une couche, un sac de plastique ou les vieilles guirlandes de Noël.

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