Le petit train du malheur

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Louisette Bilodeau et Michel Soulières, ainsi que le gourou Marcel Pontbriand

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(Québec) La mère de Karine était au téléphone avec un neveu. Il a posé une question à laquelle elle n'a pas su quoi répondre. «Si tu avais à choisir entre Marcel et ton mari, qui choisirais-tu?» Elle a raccroché sans avoir tranché. Ses trois enfants étaient devant elle, bouche bée. Leur mère n'avait pas d'amant. Elle avait un gourou. Leur père aussi.

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Michel a emmené sa fille faire le tour du «petit train du bonheur», un 18 roues barbouillé d'images plus ésotériques les unes que les autres. «Je me rappelle de deux mains qui sortaient d'un nuage. Je n'aimais pas ça», raconte-t-elle.

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Marcel Pontbriand est entré dans leur vie en 2004 comme l'apôtre de la bonne humeur. Michel et Louisette lui rendaient visite à Beloeil souvent, jusqu'à deux ou trois fois par semaine. Ils se tapaient deux heures de route à l'aller et au retour pour passer du bon temps, pour jouer aux cartes, pour apprendre à être heureux. Et surtout, à se détacher des éléments négatifs. Les éléments négatifs, ce sont tous ceux qui n'embarquaient pas dans son petit train du bonheur.

Karine Soulières parle de ses parents au passé, elle les a perdus. Ils ne sont pas morts, mais c'est tout comme. Le train a déraillé. Michel et Louisette n'ont pas donné de nouvelles depuis plus d'un an. Ils seraient quelque part en Arizona, près de Marana, avec une trentaine de disciples, suivant cet homme qu'ils appellent Jésus. Des enfants sont du nombre. La DPJ et la SQ ont été alertées, des médias aussi. Ils restent introuvables.

La dernière fois que Karine a parlé à son père, c'était en octobre 2011. «Je l'ai appelé sur son cellulaire. Sa voix était plus grave. Il n'était pas content que je l'appelle pour sa fête, il me disait que c'était prévisible.» La conversation n'a pas duré longtemps. Il a raccroché sans plus de cérémonie.

Le dernier contact avec sa mère, c'était par courriel, en septembre 2011. Le message venait de Louisette, qui faisait «un tit clin d'oeil» à ses enfants. «Je vais bien........ je dors bien........ je mange bien....... je suis tranquille...... et très calme........ ne vous inquiétez pas pour moi............. prenez soin de vous et ça ira.» C'était signé «I love youssssssss, maman». Elle n'a plus jamais écrit depuis. Ni répondu aux messages de ses trois enfants, qui se rongent les sangs.

Karine garde de son père l'image d'un homme «terre à terre, très rationnel, travaillant. Il avait deux entreprises, il y consacrait beaucoup d'énergie. Il ne parlait pas beaucoup, il ne parlait pas pour rien. Il ne racontait pas d'histoires, mais il fournissait le rire quand quelqu'un en racontait une».

Louisette était «dépendante de mon père. Quand il partait deux ou trois jours, elle s'ennuyait de lui.» D'où l'état de choc de ses enfants quand elle a hésité entre Marcel et Michel. Elle leur a dit, pour expliquer son indécision, que «Marcel avait les réponses, qu'il connaissait l'avenir». Marcel a brisé le couple. «Il a matché mon père avec une autre femme. Ma mère est toute seule.» Elle habillait du 10 ans quand elle l'a vue la dernière fois. Elle prend du zéro maintenant.

Il a brisé la famille aussi. À partir du moment où Marcel est entré dans la vie de ses parents, eux se sont graduellement éclipsés. Le dernier Noël en famille remonte à 2006. «Après ça, ils allaient fêter chez Marcel à Beloeil.» Ils visitaient de moins en moins leurs enfants. «J'invitais ma mère à venir voir les rénovations de la maison et elle me demandait : "Es-tu contente?" Je lui disais que oui. Elle me disait que l'important, c'était que je sois contente. Et elle ne venait pas.»

Michel et Louisette ont renoncé à leurs enfants. Ils ont trois petits-enfants qu'ils ne voient pas grandir.

Il y a une dizaine de jours, Karine et sa petite soeur Katia ont créé une page et un groupe sur Facebook pour rapailler toutes les familles qui vivent ce même drame chacun dans leur coin. Il y en a à l'île d'Orléans, d'autres un peu partout en province. «Il y en a qui commencent à sortir», se réjouit Karine. Le nom du groupe est sans équivoque: «L'affaire Pontbriand - ensemble, on peut les ramener». Plus de 500 personnes sont membres.

Comme une voix d'outre-tombe, un des apôtres de Marcel s'est manifesté sur la page Facebook vers 22h30 lundi. Pat Charbonneau parle à sa mère, qu'il accuse de bien des maux. Dans un des messages, il dit écrire au nom de Michel Soulières, qui accuserait ses enfants de l'avoir mis dans la rue. «Sest dur daccepter que mes 3 enfant aille trafiquer pour avoir mes biens. Oublier pas que votre mère peux témoigner de ca. [...] j'espère que vous dormer bien, avec mes biens», aurait réagi le père de Karine. Elle ne croit pas que son papa ait pu écrire ça.

Karine a déjà rencontré Marcel. C'était à l'été 2005, à Beloeil, dans les bureaux tentaculaires du gourou fraudeur. L'homme était un beau parleur pas très beau, limite macho. Ce jour-là, il expliquait comment il allait manipuler la femme qu'il s'apprêtait à épouser pour qu'elle pense comme lui. Michel a emmené sa fille faire le tour du «petit train du bonheur», un 18 roues barbouillé d'images plus ésotériques les unes que les autres. «Je me rappelle de deux mains qui sortaient d'un nuage. Je n'aimais pas ça.»

En plus d'ensorceler ses ouailles, il leur vidait les poches. Quand Jésus Pontbriand reviendra sur terre, il devra faire face à 24 chefs d'accusation de fraude. Michel a perdu sa maison après l'avoir réhypothéquée pour investir dans les compagnies de l'ami Marcel. «Il a loadé ses cartes de crédit.» Il aurait perdu 500 000 $. Un jour, la soeur de Karine a dit à son père de sortir de là avant qu'il ne soit trop tard. «J'ai commencé ça, j'ai tout mis, je vais aller jusqu'au bout.»

C'est de ce «bout» dont tout le monde a peur. Au début, Marcel Pontbriand promettait le bonheur. Puis, il a promis des profits qui ne sont jamais venus. «Il disait toujours qu'il fallait attendre encore un peu», se souvient Karine, qui a elle aussi investi quelques milliers de dollars dans l'évanescente NewTech, la Norbourg de Marcel. «Maintenant, il parle de la fin du monde.»

Reclus dans leur paradis halluciné, les dizaines de disciples ont tout laissé pour suivre leur gourou. L'avenir dira jusqu'où ils le suivront. Et, comme disait Louisette, «Marcel connaît l'avenir». Lui seul.

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