La revanche des Yvette

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Mylène Moisan

(Québec) La madame s'est approchée de moi avec un formulaire pour une carte de fidélité, du genre Airmiles, mais qui remet de l'argent au lieu de points. Gratuit, facile. Juste à remplir la feuille devant moi. J'ai hésité, dit que j'avais besoin d'y penser un peu. «On comprend ça, les conjoints ne sont pas là aujourd'hui.»

J'étais au Salon national de la femme.

J'ai tourné les talons avec l'air ahuri d'une suffragette à qui on aurait dit que voter ne sert qu'à doubler ou à annuler le vote de son mari.

Je suis arrivée au Centre de foires samedi à 9h, heure d'ouverture, et déjà une file de 100 mètres me séparait de l'entrée. Après avoir casqué 8 $ pour le stationnement et 12 $ pour avoir le droit d'aller voir des entreprises qui veulent me faire consommer, j'avais déjà un mauvais pressentiment. Ce qui m'attendait à l'intérieur allait me faire douter : et si je n'étais pas une vraie femme?

Le premier stand à l'entrée donnait le ton, avec ses moulins à coudre dernier cri. On y annonçait des cours de couture, de broderie, et de courtepointe. Mais je n'en ai pas fait de cas, me disant qu'après tout, la couture reste un passe-temps éminemment féminin. Et, si j'étais vraiment obligée de choisir, j'aimerais mieux apprendre à faire une boutonnière qu'une manucure.

La femme aime se confier, c'est bien connu. L'Église de scientologie n'allait pas rater une aussi belle occasion de convertir quelques brebis égarées. Ils étaient trois, chacun assis devant une table. Ils avaient devant eux une machine en plastique avec trois boutons et trois cadrans, un genre de détecteur de crédulité. Je suis passée devant l'antre de la Dianétique - pas une seule mention de la scientologie - à 9h10 et déjà une dame avait déballé son sac. «Si vous lisez ce livre, vous comprendrez qu'est-ce qui s'est passé avec votre frère», lui répondait sa confidente.

Pas très loin, les représentants de la Commission de l'équité salariale se cherchaient des amies. Tout comme les filles des Folies du coeur, qui font dans la vente d'objets érotiques. Il était peut-être trop tôt.

Les vendeurs de bijoux, de linge, de bouffe et les apôtres des régimes miracles ne fournissaient pas. Même chez Slimband, qui n'a même pas pris la peine de traduire sa documentation pour vendre sa ceinture amaigrissante. Ils aiment mieux que certaines ne comprennent pas les petits caractères sur les grandes banderoles «avant/après» accrochées au mur : Results may vary.

J'ai cherché en vain un stand nommé «mangez mieux, bougez plus». Pas assez payant j'imagine.

Tout au long du parcours de la combattante, j'ai remarqué plein de concours. C'est connu, les femmes adorent les concours. Et qu'est-ce qu'on faisait gagner? Ne cherchez pas trop, restez dans le cliché. Des électroménagers. Des gros, des petits, tout pour faciliter la vie de madame.

«Théâtre-cuisine»

Je n'avais encore rien vu. Le théâtre m'attendait à la toute fin. Pas du genre à présenter Les précieuses ridicules de Molière, un «théâtre-cuisine» où on allait me faire la démonstration que Frigidaire produit les meilleurs électros au monde, suivi d'un cours éclair sur l'art de préparer un tartare. Allez mesdames, prenez des notes, vous pourrez impressionner votre mari ce soir. Et, tant qu'à mettre les chances de votre côté, allez donc faire un petit tour aux Folies du coeur.

L'animatrice du théâtre était particulièrement emballée de porter ainsi la bonne nouvelle sur le révolutionnaire bras gicleur satellite du «meilleur lave-vaisselle au monde», avec sa technologie Sahara Dry. «Plus besoin de linge à vaisselle pour essuyer les verres», qu'elle a annoncé comme si elle présentait l'antidote au cancer. «Nous avons écouté vos demandes, vous nous avez dit : "Je n'aime vraiment pas ça"».

Perso, je laisse la vaisselle sécher dans l'armoire, c'est bon pour le taux d'humidité dans la maison.

Puis, il y a eu le jeu-questionnaire. «Savez-vous qu'en 1918, le premier produit de Frigidaire était un réfrigérateur?» Hmmm, embêtant. Je ne savais pas qu'un frigidaire était un réfrigérateur. Mêlant, tout ça.

Si les organisateurs de l'événement avaient nommé ça le Salon national de la femme au foyer, ça aurait soulevé tout un tollé. Et pourtant, c'est ce que c'était, le salon de la femme qui se fait belle et svelte, qui rivalise d'astuces pour la popote et qui capote sur le bras gicleur d'un lave-vaisselle.

Si c'est ça, non merci pour moi.

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