Parle, parle, jase, jase...

Partager

(Québec) Il est tentant, à la lumière de la grande opération de consultation sur l'enseignement supérieur lancée jeudi par le gouvernement Marois, de conclure à la futilité de l'exercice. Une grande séance de «parlote» dans les meilleures traditions du PQ... Il faut cependant convenir que si le gouvernement avait opté pour une formule plus expéditive comme le forum sur le financement universitaire du gouvernement Charest en 2010, il se serait condamné à l'échec.

Il est impossible de réconcilier le financement des universités et le niveau des droits de scolarité dans une discussion de 48 heures qui se limite à opposer ces deux questions. La promesse initiale du Parti québécois de tenir un Sommet sur l'enseignement supérieur dans les 100 premiers jours après sa prise du pouvoir n'aurait mené nulle part. On vient de corriger le tir.

Cela dit, le ministre Pierre Duchesne met la barre bien haute en inscrivant sa démarche dans la suite du rapport Parent et de la réforme de l'éducation des années 60. Ce rapport en cinq tomes, publié en 1963-1964, était le fruit d'une Commission royale d'enquête mise sur pied en avril 1961. Par opposition, la démarche de consultation sur le Web et dans quatre villes du Québec, annoncée jeudi, ressemble davantage à une vaste opération de relations publiques.

Pierre Duchesne va me trouver sévère, mais s'il était encore journaliste, il serait lui aussi sceptique sur la valeur d'une telle opération. On l'a vu aux audiences de la commission Bouchard-Taylor sur les accommodements raisonnables, ce genre de forum mène rapidement à l'étape où tous les arguments ont été entendus et deviennent répétitifs.

Le ministre va peut-être contourner ce piège en divisant la discussion sous quatre thèmes différents qui seront débattus en novembre, décembre et janvier dans quatre villes. Mais on voit mal ce qu'il gagnera en confiant à l'Institut du Nouveau Monde le mandat d'organiser une rencontre de 500 jeunes pour «imaginer l'université québécoise de demain» et quatre rencontres d'animations citoyennes. Quel sera le coût de ces palabres dont il faudra attendre les sommaires et les conclusions avant d'avoir un semblant de décision de la part du gouvernement?

Les politiciens sont élus pour prendre des décisions et c'est ce que fera le gouvernement Marois. La démarche qu'on nous propose risque fort de mener à un beau rapport qui prendra le chemin des tablettes pendant que le conseil des ministres imposera ses choix.

Mais bon! On a élu un gouvernement qui a promis de gouverner autrement, il faut donc donner la chance au coureur. La crise provoquée par la hausse des droits de scolarité du budget Bachand a fait de ce dossier, après les finances publiques, l'un des plus grands défis auxquels le gouvernement Marois devra faire face.

Les attentes seront aussi grandes que le scepticisme. La facilité serait de se contenter d'une indexation des droits de scolarité assortie d'un engagement vague de doter nos universités de nouveaux moyens pour améliorer leur offre et faire concurrence aux institutions universitaires des autres provinces. Mais ce serait également un constat d'échec.

Le gouvernement Marois est minoritaire et doit travailler en fonction d'un retour devant l'électorat plus tôt que tard. Compte tenu de son appui aux étudiants le printemps dernier, mais également de ses engagements à l'endroit du monde universitaire, il n'a pas le droit à l'échec.

Pierre Duchesne s'engage sur un terrain miné. Il serait décevant que sa démarche ne serve qu'à préparer la position électorale du Parti québécois en vue des prochaines élections. On aurait perdu deux ans. Souhaitons-nous donc collectivement qu'il réussisse.

Partager

lapresse.ca vous suggère

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

publicité

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer