La main dans l'engrenage

Carol Vachon, Michel Chaloult, Gaston Brosseau et Francine... (Photo Mylène Moisan)

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Carol Vachon, Michel Chaloult, Gaston Brosseau et Francine Vachon

Photo Mylène Moisan

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(Québec) Premier mercredi matin de novembre, il fait un froid de canard. Le gazon a du frimas dans les sourcils. Francine s'habille comme il faut, met sa pancarte dans son auto, file au lieu de rassemblement. C'est jour de manif aujourd'hui, comme tous les premiers mercredis du mois. Pas de temps à perdre, il faut sauver le zoo.

Fin mars 2006, ils étaient 5000, choqués noir. Ils s'étaient donné rendez-vous au zoo pour pester contre sa fermeture. Ils ont crié, brandi des pancartes, scandé des slogans. Au fil des mois, 4995 d'entre eux sont passés à autre chose, ont avalé la pilule. Six ans et demi plus tard, il en reste une poignée. Toujours choqués noir.

La bande d'irréductibles se plante le nez au vent devant feu le zoo, rue de la Faune, qui n'a plus de faune dessus. Ils font ça depuis presque un an maintenant. Carol Vachon arrive en premier, vers 7h15, le temps d'installer deux pancartes à une centaine de mètres de distance, sur chaque côté du chemin. «ZOO ZOO Klaxonnez.»

Francine Vachon, la cousine de l'autre, arrive pas longtemps après, suivie de Michel Chaloult et de Gaston Brosseau. René Reid les a rejoints un peu plus tard. Un ancien beau-père, dont j'étais bien contente d'avoir des nouvelles. Le monde est petit. Pas autant que ce noyau de résistants, plus motivés que jamais, maintenant que le Parti québécois a repris le pouvoir. «Ça va bouger», croit Francine dur comme fer.

Francine, c'est la cellule souche du groupe. Quand le zoo a fermé, elle a épousé la cause. Elle a jeté son dévolu dessus. Chaque fois qu'il y avait un rassemblement, elle cherchait les journalistes, prenait leurs coordonnées. Elle avait ses taupes derrière les portes closes, se faisait un devoir de refiler les informations. Le groupe SOS Zoo est né dans l'urgence, le voilà confiné à la salle d'attente.

Le fait que le zoo soit fermé depuis plus de six ans ne les badre pas. «C'est encore un jardin zoologique», lance Francine en pointant les installations désaffectées. Peut-être sur papier, mais dans les faits, c'est un no animal's land. Les derniers ours bruns, Toupie, Kody et Mary, sont partis il y a presque un an jour pour jour. Régis Labeaume n'a jamais cru bon de se prononcer sur le sujet, c'est tout dire.

Ils ne décolèrent pas. Francine confie qu'ils ont été «plus tranquilles en 2008 pour ne pas écoeurer le monde» pendant le 400e, mais ils sont toujours «dans le maquis». Francine «che» Vachon tire les ficelles de son réseau de résistance. Il y a les «hyperactifs» du mercredi matin, mais il y en a d'autres qui donnent un coup de main au besoin soit pour SOS Zoo, soit pour le Comité citoyen pour la relance du zoo.

René est de ceux-là. Retraité de Parcs Canada, il n'a pas la fibre du manifestant. C'est un homme de contenu. Il écrit les lettres, les rapports, organise les rencontres. Il ne rate pas une occasion pour interpeller les élus, pour leur présenter le projet de relance concocté en mars 2010. Ça prendrait 35 millions $ en partant, un peu plus d'une vingtaine de millions $ par année pour le garder ouvert.

Après toutes ces années, ils ont un développé un argumentaire bien rodé. Le zoo n'a pas été fermé parce qu'il n'était pas rentable, mais parce que des gens retors voulaient s'en mettre plein les poches lors de la vente du terrain, qui n'a pas eu lieu finalement. Le zoo s'autofinançait à 56 %, à peu près le double des autres attractions publiques. À Parcs Canada, ça n'atteint pas 20 %.

Fermé, le zoo coûtera 247,5 millions $ pour les 11 prochaines années. Ouvert, 169 millions $. Je suggère que les 80 millions $ sauvés servent à financer le nouveau colisée, voilà qui pourrait attendrir Régis.

Francine n'a pas l'intention de lâcher le morceau. «Quand on met la main dans l'engrenage, il faut aller jusqu'au bout.» Elle admet quand même qu'elle a «hâte que ça aboutisse. Six ans et demi, c'est long». Ça prendra le temps qu'il faut. La manifestation du premier mercredi du mois est une idée de Michel, inspiré par cet homme qui a manifesté tout seul devant le parlement pendant 30 ans pour faire reconnaître une maladie industrielle. Il a finalement eu gain de cause.

En fin de journée hier, ils ont reçu le verdict de la Commission municipale du Québec, qu'ils avaient interpellée pour contrecarrer la volonté de la ville de densifier le secteur du zoo. Ils ont perdu. Pas pour Francine. «On a gagné deux mois et demi.»

À ceux qui leur disent qu'il est trop tard, qu'il faut faire son deuil, ils leur parlent de Paris, qui investit presque 200 millions d'euros pour rénover son zoo. Ils brandissent un article du Quotidien, daté du 19 septembre, dans lequel on apprend qu'un jardin zoologique vient d'obtenir son permis au Saguenay. Et qu'on avait invoqué la concurrence avec le zoo de Saint-Félicien pour fermer celui de Québec...

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