Vendredi, le gouvernement péquiste a annoncé son intention de bouger rapidement sur les questions d'intégrité. C'est normal. Dans le contexte de la commission Charbonneau, les élus doivent rassurer la population. Même le Directeur général des élections a senti le besoin, lundi, d'annoncer la mise en service d'une ligne téléphonique à l'intention des gens qui veulent dénoncer des contributions politiques ou des dépenses électorales illégales. Quand la maison est en feu, tout le monde veut collaborer.
Il ne faudrait toutefois pas oublier que les travaux de la commission Charbonneau ne font que débuter. On ne connaît pas encore l'ampleur de la gangrène qui a corrompu l'administration municipale de Montréal. On ne sait pas si elle a atteint d'autres paliers de gouvernement. Il serait peut-être sage, avant de lui appliquer une médecine de cheval, de connaître l'état de santé du patient. Le danger de la situation actuelle est que nos élus soient tellement empressés de montrer patte blanche qu'ils adoptent des mesures qui ne sont pas appropriées au problème que l'on veut régler.
Il n'est pas question, ici, d'attendre la publication du rapport Charbonneau avant d'agir. Mais l'urgence de la situation ne doit pas nous soustraire à l'obligation d'agir correctement.
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Les gouvernements ont la malheureuse habitude de réagir aux situations troubles au lieu de les prévenir. En 2002, Bernard Landry a créé en catastrophe le poste de commissaire au lobbyisme, à cause du scandale entourant des firmes comme Oxygène 9, qui monnayaient leur accès au cabinet. M. Landry avait d'abord promis un commissaire à l'éthique, mais il a épargné les parlementaires et décidé de surveiller uniquement les lobbyistes. On a vu depuis que c'est du côté de l'éthique qu'il aurait dû agir.
Jean Charest s'était également engagé à bouger sur l'éthique, mais il a fallu attendre que les scandales viennent ternir la réputation de son gouvernement pour qu'il passe aux actes.
Pauline Marois n'est pas dans la même situation. Elle est en début de mandat et n'a pas - encore - de squelettes à cacher dans le placard. Il lui sera plus facile et moins compromettant d'adopter les mesures législatives nécessaires pour assainir les moeurs politiques et la gestion des contrats publics. Raison de plus pour ne pas agir de façon précipitée et prendre le temps de bien soupeser les changements proposés.
Mme Marois dirige un gouvernement minoritaire. D'un strict point de vue partisan, il sera peut-être tentant de bouger rapidement pour mettre le Parti libéral et même la Coalition avenir Québec dans l'embarras, mais ce n'est pas une formule gagnante. Les libéraux, pour leur part, ont tout intérêt à collaborer avec le gouvernement s'ils veulent se refaire une virginité et regagner la confiance du public. Si Mme Marois veut inscrire les réalisations de son gouvernement dans la foulée de celles de René Lévesque, dont on a vanté l'héritage en fin de semaine, elle a tout intérêt à rechercher l'appui des autres partis pour bâtir son offensive sur l'intégrité. Des débats difficiles l'attendent sur les nombreux défis de son gouvernement touchant l'éducation, la santé ou les finances publiques, par exemple. Mais sur l'intégrité, les Québécois s'attendent à voir leurs élus travailler dans la même direction. C'est au gouvernement de donner le ton.