Lino derrière ses chaudrons

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(Québec) Au rythme où vont les choses, je ne serais pas surpris de lire prochainement des reportages dans les magazines populaires sur les spécialités de la pizzeria de Lino Zambito. «Lino derrière ses chaudrons», ce serait vendeur, surtout s'il nous livrait le secret de ses pâtes et de ses sauces...

Vous allez me dire que je charrie? Je vous réponds que c'est dans l'ordre du possible, après l'accueil réservé à ce corrupteur dimanche soir, sur le plateau de Tout le monde en parle.

J'aime bien cette émission. Mais si je l'ai regardée dimanche soir, c'était pour Zambito, même si j'ai suivi son témoignage au complet devant la commission Charbonneau. Comme tout le monde, j'étais curieux de voir le traitement qu'on lui réserverait.

J'ai sursauté en entendant les applaudissements à son arrivée sur le plateau. Les applaudissements, ce n'est pas spontané aux émissions de variétés; c'est planifié et commandé par un «meneur de claque». C'est donc une décision du producteur. Or, dans le cas de Zambito, c'était de trop. L'homme a admis avoir corrompu des gens et participé à un système de collusion qui a coûté des millions de dollars aux contribuables. Il ne méritait pas un tel accueil.

J'ai également sursauté lorsqu'il a répondu que s'il a déballé son sac devant la commission Charbonneau, c'est parce qu'il était assermenté...

Come on! Il y a des limites à rire du monde! Ce gars-là a joué dans les corridors de la mafia, il a truqué des appels d'offres, il a tenté d'empêcher la tenue d'élections municipales à Boisbriand, et il faudrait croire que son serment veut dire quelque chose? Ce n'est pas crédible. S'il a parlé, c'est parce qu'il s'est fait prendre et qu'il n'avait pas le choix.

Le clou de la soirée, c'est quand on lui a demandé combien coûtent les «extras» à sa pizzeria. C'était un beau jeu de mots, mais pas dans un tel contexte.

Bref, c'était de mauvais goût, et il me semble que Guy A. devrait s'interroger. Tout le monde en parle joue sur deux tableaux : les émissions de variétés et les émissions d'affaires publiques. Les vedettes et les politiciens s'y côtoient régulièrement. On ne peut pas traiter tout le monde sur le même pied. Zambito a été traité comme une vedette.

Le titre de la chronique de mon collègue Richard Therrien, dans le journal de lundi, décrivait très bien la situation : «De zéro à héros?» Zambito ne méritait pas le traitement réservé aux héros.

Les décrocheurs

L'ancien ministre Jean Cournoyer est monté dimanche dans la barque de ceux qui prônent la gratuité de l'éducation postsecondaire. M. Cournoyer a utilisé le même argument qu'on nous a servi le printemps dernier pendant la crise étudiante, à savoir que l'éducation est le meilleur investissement que puisse faire une société. Je veux bien. Mais avant d'investir l'argent qu'on n'a pas dans la gratuité à l'université, ne serait-il pas préférable de concentrer nos efforts sur le décrochage au secondaire?

Le Québec est la province canadienne où le taux de décrochage est le plus élevé. Terre-Neuve et toutes les provinces de l'Atlantique font mieux que nous. À quoi ça sert la gratuité à l'université, si nos jeunes n'en profitent pas parce qu'ils ont décroché au secondaire?

Il me semble que s'il y a une urgence dans le monde de l'éducation, c'est d'abord d'amener le plus grand nombre possible de jeunes jusqu'au cégep, et ensuite à l'université. S'il faut commencer quelque part, c'est par le début, non?

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