Le paradis des saintes-nitouches

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(Québec) Il paraît que le Québec est devenu parano. On peut comprendre.

Hier encore, devant la commission Charbonneau, un ingénieur à la retraite de la Ville de Montréal, Gilles Surprenant, admettait avoir touché 600 000 $ en pots-de-vin sur des contrats d'égout. Mais n'allez pas croire qu'il s'agit d'une crapule. Non. Sous sa carapace, M. Surprenant possède un petit coeur tendre de citoyen modèle qui saignait. La preuve, il allait flamber son butin au casino, pour «remettre cet argent dans les coffres de l'État».

Heureusement, dans ce Québec de larmes et de boue, il reste une région candide. Un lieu dans lequel les soucis éthiques apparaissent aussi superflus que les conseils d'une diététiste dans un concours de mangeurs de hot-dogs.

Cet endroit béni des dieux, vous l'aurez reconnu, c'est la région de Québec.

Ici, le jour où Dracula deviendra directeur de la banque de sang de la Croix-Rouge, je vous parie qu'il s'en trouvera pour certifier qu'il ne s'agit pas vraiment d'un conflit d'intérêts...

Les scrupules d'éthique, c'est comme la sonnerie du réveil, le matin. Il n'y a qu'une seule chose qui soit pire que de l'entendre pour rien. C'est de ne jamais l'entendre...

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À Lévis, ma collègue Isabelle Mathieu a révélé que le directeur de l'urbanisme, Robert Cooke, a pris un congé pour travailler chez un promoteur, cet été. M. Cooke est ensuite rentré au bercail, au bout de trois mois...

Précision. Monsieur n'est pas allé faire l'ascension du Kilimandjaro, pour une oeuvre charitable. Ou prêter main-forte à la Fédération internationale de pétanque, dans sa croisade pour obtenir le statut de discipline olympique.

M. Cooke est allé travailler pour Groupe Dallaire, un des plus gros promoteurs immobiliers de la région. Celui-là même qui planifie un énorme projet à la tête des ponts. Un chantier évalué à 1,6 milliard $.

Ça ne fait pas de M. Cooke un bandit. D'ailleurs, la Ville assure qu'il évitera les dossiers reliés à son ancien employeur durant deux ans.

Ce qui laisse pantois, en revanche, c'est la candeur totale de la Ville. Comme si la proximité entre les promoteurs et les municipalités ne se situait pas au coeur de récents scandales. Comme si Lévis avait raté trois ou quatre épisodes...

Apparemment, la règle n'interdit pas un aller-retour de trois mois chez un promoteur. Et tout ce qui n'est pas formellement interdit par la règle est permis. À part de mettre sa tête dans le micro-ondes? Et faire pipi à côté de la toilette?

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De l'autre côté du fleuve, à Québec, la situation n'est guère plus rose. Au pays de Régis Labeaume, le mot éthique est devenu tabou.

Gare à l'imprudent qui ose le prononcer. Celui-là déclenche à coup sûr la colère de M. le maire. Autant agiter un chiffon rouge devant un taureau en furie.

James Bond a un permis de tuer. Davy Crocket détenait sans doute une sorte de permis de chasse. Et Régis Labeaume semble détenir un permis d'insulter quiconque n'accueille pas ses déclarations avec l'enthousiasme réservé à une bulle pontificale, au XVIIe siècle.

Cette semaine, c'était au tour du commissaire au lobbyisme, François Casgrain, de se faire invectiver.

Le maire n'accepte pas que M. Casgrain se penche sur une rencontre qu'il aurait eue avec Vincent Dufresne, son candidat dans le district de Saint-­Rodrigue. La discussion tournait autour d'un changement de zonage pour construire une terrasse à l'arrière de l'hôtel dont M. Dufresne est justement le directeur...

«Qu'il nous sacre patience», s'est exclamé Régis Labeaume. Pour lui, le commissaire n'est qu'un mécréant qui veut «se faire un nom».

Dans la foulée, M. Labeaume a déversé sa mauvaise humeur sur les journalistes, ces galeux pour qui il éprouve autant de tendresse qu'un lampadaire envers les chiens. Il est vrai que des collègues ont eu le front de s'interroger sur la situation de conflits d'intérêts qui pourrait guetter le candidat Dufresne, emmêlé dans ses chapeaux de conseiller municipal et de directeur d'hôtel.

«À cause de vous, les journalistes, il deviendra de plus en plus difficile de dénicher de bons candidats aux élections municipales», a prévenu Régis Labeaume en substance.

Ah oui? Ici, M. le maire exagère. Quand on voit le monde municipal actuel, au Québec, on se demande comment il pourrait vraiment tomber plus bas...

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